La saison 2020-2021 duThéâtre Joliette à Marseille

Retours à la JolietteVu par Zibeline

La saison 2020-2021 duThéâtre Joliette à Marseille - Zibeline

Une programmation riche qui fait la part belle aux textes politiques et poétiques.

Que nous réserve la nouvelle programmation du Théâtre de la Joliette ? D’abord une valse lente pour reprendre le rythme avec des soirées gratuites au nombre de places limité, jusqu’au 19 septembre (réservation indispensable, Covid oblige !). Et notamment un spectacle tous publics de la Cie Les sens des mots, en association avec l’IRD, Je suis vert, où l’on réalise qu’il n’y a pas de planète B ; et une abracadabrante histoire de canards en plastique jaune et de glaciers du Groenland de et par Frédéric Ferrer, À la recherche des canards perdus.

En octobre le cycle de Pascal Rambert sera incontournable. Il met en scène Arthur Nauzyciel dans le sombre monologue d’un homme au bord du gouffre et de la mort, De mes propres mains. Et deux duos : l’amour perdu mais jamais oublié dans Reconstitution, et la violence de la séparation avec Clôture de l’amour. Un programme comme un coup de poing, un portrait-reflet de nos parcours amoureux avec des acteurs remarquables. En novembre, précipitez-vous sur la dernière création de Christian Mazzuchini qui, avec Je suis venu vous dire, vous emportera dans un délire réconfortant, mais ne vous y trompez-pas, Mazzuchini sait être grave sans en avoir l’air ! 

Faire société

Le thème de la discrimination raciale et sexiste est abordé frontalement au cours de la saison par Ntando Cele, artiste noire qui vit à Berne, avec Go Go Othello où le problème des artistes noires dans un pays de blancs est posé, tout autant que la place du corps de la femme noire dans l’imaginaire de l’homme occidental (novembre). Eva Dumbia met quant à elle en scène le jeune Drissa qui voudrait être blond, comme les autres (blancs !). À noter également Chasser les fantômes d’Hakim Bah et le collectif ildit ! eldit ! qui nous confrontera aux difficultés des couples mixtes. Autre sujet ancré dans le social, celui de la lutte durant 1336 heures des salariés de la société Fralib de Gémenos : le comédien Philippe Durand se fait le porte-parole de leurs luttes. Solidarité encore avec Abysses de l’auteur italien Davide Eni, mis en scène par Alexandra Tobelaim, qui nous revient du Grand Est pour partager ces histoires de sauvetage, privé et collectif.

Deux compagnies dirigées par des femmes seront en résidence longue. Clara Le Picard, Cie à table, ausculte avec perspicacité le rôle des objets dans nos vie (L’endroit de l’objet) et celui du cerveau dans nos peurs et nos désirs (Cerveau en mars), tandis que Marion Aubert et Marion Guerrero, Cie Tire pas la nappe, s’interrogent avec humour sur les difficultés de Télémaque pour se construire en l’absence de son père Ulysse (L’Odyssée en février).

Les plus jeunes ne sont pas oubliés avec Cataquiem, spectacle de clowns contemporain, où il est question de toutes les sortes de « catas » qui peuvent survenir dans une vie (Cie Transport en commun, texte de Philippe Delaigue) et Mon prof est un troll de Dennis Kelly, mis en scène par Vincent franchi (Cie Souricière) qui va certainement enthousiasmer les enfants. Puis la reprise de Le voyage de Penazar de François Cervantes créé il y a déjà 20 ans et dont on ne se lasse pas, avec l’immense Catherine Germain.

Reprise aussi de Fuck America, judicieusement adapté par Haïm Menahem du roman d’Edgar Hilsenrath en remplacement de la création de Supervision de Sonia Chiambretto dont les répétitions n’ont pu se faire à cause du confinement. En revanche elle proposera avec Yohann Thommerel, Ilots, réflexion sur les mécanismes d’exclusion, notamment ceux des ghettos.

De quoi retrouver avec enthousiasme le chemin de ce théâtre accueillant !

CHRIS BOURGUE
Septembre 2020

Photo : Fuck America © Laurent Schneegans

Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr