À Avignon, les Villas Françaises font leur Festival

Retour en France

• 21 octobre 2019⇒10 novembre 2019 •
À Avignon, les Villas Françaises font leur Festival - Zibeline

Les Villas Françaises font leur Festival, ¡ Viva Villa !, à la Collection Lambert d’Avignon. L’occasion d’une exposition et d’événements à l’aura sous-dimensionnée

La France soigne son prestige artistique à l’étranger : la Villa Kujoyama, la Casa de Velásquez et l’Académie de France, antique Villa Médicis créée par Louis XIV à Rome, sont nos ambassades artistiques. Elles accueillent chacune, chaque année, des dizaines d’artistes, les rémunèrent et diffusent leurs œuvres à Kyoto, à Rome, à Madrid. Mais, en dehors des mentions sur les bio des artistes, on voit peu de résultats de cette politique en France : c’est pourquoi ¡ Viva Villa ! a été créé il y a quatre ans, à la suite d’un rapport de la cour des comptes sur ces résidences préconisant, entre autres, une véritable diffusion en France.

Elle reste nettement sous-dimensionnée : comment se satisfaire que les 50 artistes présents, les millions dépensés par l’État dans chacun des trois lieux, abondés par la Fondation AG2R et la Région Sud spécifiquement pour l’événement, débouchent sur une visibilité publique si restreinte ? Les organisateurs se réjouissent d’avoir réussi, l’an dernier, à drainer 5800 visiteurs à la Villa Méditerranée : c’est bien peu !

Si on ne peut qu’approuver le fait que ¡ Viva Villa ! n’ait pas lieu à Paris, il est évident qu’un événement de cette ampleur et de cette qualité, résultat de l’investissement de tant d’argent public (et privé), devrait être diffusé dans plusieurs villes (le réseau des FRACs existe !), bénéficier d’une communication et d’une mise en valeur de chacun des artistes par l’édition de catalogues, papier et virtuel…

On peut noter néanmoins que l’événement prend de l’ampleur chaque année : l’exposition La Fin des Forêts est particulièrement riche, et elle entre en résonnance avec l’incomparable fonds contemporain de la Collection Lambert. Mais le musée avignonnais n’est pas connu pour sa fréquentation record, ni pour sa capacité à rayonner au-delà des remparts de sa ville. D’autant qu’au delà du week-end gratuit d’ouverture l’entrée est à 10 euros…

Le choix de ce port d’attache se comprendrait si, escale d’un voyage national, avec une communication efficace, à d’autres dates que la FIAC, il répondait à une exigence de diffusion avec les moyens de ses ambitions. Et si, plus globalement, une juste rémunération des artistes était pensée, au-delà des « parenthèses enchantées » des résidences.

Les œuvres

Mais le Sud a donc la chance, pour la deuxième fois, d’accueillir cet événement :  nombre d’œuvres sont intéressantes, et certaines passionnantes. Le parcours en 6 chapitres conçu par Cécile Debray, commissaire de l’exposition, s’articule autour de La Fin des forêts, images des arbres, écologie mais surtout résurgence, vestige, mémoire, effondrements et hybridations.

Photographies, peinture, gravures, installations, tous les médias plastiques sont là, en particulier les vidéos ; on y voit une artiste peinte en bronze qui fume et danse, statue animée, dans un musée (Ophélie Reynaud-Dewar); un éléphant qui traverse la Villa Médicis (Rebecca Digne) ; un tableau de Paolo Uccello qui laisse entendre ses bruits inattendus de bataille (Pauline Lafille) ; une Purification très belle, vidéo d’une femme malienne se lavant, projeté sur un écran de planchettes (Seydou Cissé).

Des gravures aussi, en particulier celles de Marie Bonnin autour d’un Balcon dans la forêt, comme la trace mémorielle que les livres laissent en nous ; et le travail mixte d’Hélène Giannecchini (littérature) et Stéphanie Solinas (photographie) qui mettent en regard mots et images, les vestiges persistants des statues et fresques romaines…

La programmation des arts vivants est à suivre à la trace : une seule représentation ! On a pu entendre le Bar/Bar pour mains de pianiste, pièce impressionnante de Giovanni Bertelli qui grondait, s’apaisait puis explosait remarquablement.

Chaque jeudi jusqu’au 10 novembre, il y aura des rencontres, projections et performance. En particulier, le 17 octobre, Olivia Rosenthal dira/jouera son Macadam Animal écrit pour partie au Japon.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019

¡ Viva Villa !
jusqu’au 10 novembre
Collection Lambert, Avignon
vivavilla.info

Photo : © Lili Reynaud-Dewar, I want all of the bove to be the sun, Villa-Médicis


Collection Lambert

5 rue Violette
84000 Avignon