Les histoires de René Allio du 20 au 24 novembre à l'Alhambra Cinémarseille puis au MuCEM

René Allio, le cinéaste digne

• 20 novembre 2013⇒24 novembre 2013 •
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Les histoires de René Allio du 20 au 24 novembre à l'Alhambra Cinémarseille puis au MuCEM - Zibeline

La programmation cinéma du MuCEM s’était ouverte en juin 2013 par la projection sur l’esplanade du Fort St Jean de Transit, adaptation du roman d’Anna Seghers par René Allio (lire ici Zib’64). Marseille-Provence 2013 dans son automne avancé, invite derechef ce cinéaste, dit inclassable, fils d’immigré italien, né à Marseille en 1924 et dont l’œuvre, qui ne cessa d’y revenir, fut bien peu diffusée. Rendre hommage à René Allio, réalisateur, peintre, décorateur, scénographe internationalement reconnu, collaborateur de Planchon, fondateur en 1979 d’un Centre Méditerranéen pour la Création audiovisuelle, point de ralliement d’artistes ayant choisi de travailler loin de Paris, admiré par Robert Guédiguian qui produisit avec lui son dernier documentaire Marseille, la vieille ville indigne, semble une évidence, voire une réparation. Pendant qu’en parallèle s’organisera à Paris une rétrospective, on pourra voir ou revoir, les 20 et 21 novembre à l’Alhambra et les 23 et 24 au MuCEM, 9 films d’une oeuvre qui n’en compte qu’une douzaine. Des films où la part sensible demeure majeure, où Allio met en lumière au propre comme au figuré les «minuscules». Petites gens qui réagissent au monde environnant, à la «société-souricière» révélant les aliénations collectives tout en explorant leur propre vérité.

Deux films «historiques» et «ruraux» : Moi Pierre Rivière ayant égorgé ma mère ma sœur… et Les Camisards. Le premier de 1976 s’enracine dans la terre normande et après Michel Foucault, se penche sur le cas d’un petit paysan dont les crimes monstrueux perpétrés le 3 juin 1835 scellent le destin. Film bouleversant d’une précision et d’une maîtrise qui fait penser tout à la fois, à Bresson, Millet, Rembrandt et au scalpel d’un légiste. Le deuxième de 1972, s’appuyant également sur des faits réels, narre un épisode de la révolte protestante cévenole contre le pouvoir royal, 17 ans après la révocation de l’Édit de Nantes. Peu de moyens, beaucoup d’intelligence, un esprit libertaire dans le sillage de 68. On retrouvera aussi deux portraits de femmes inoubliables : d’abord, Berthe incarnée par Sylvie dans La vieille femme indigne, premier long métrage de 1965, adaptation d’une nouvelle de Brecht, qu’Allio transporte au Chemin de la Nerthe. Une Berthe dont les yeux bleus aigus défient l’incompréhension de ses proches face à son désir de vivre, enfin ! Puis, cheveux grisonnants, blouse informe, Jeanne interprétée par Simone Signoret dans Rude journée pour la reine (1973). Reine par antiphrase (mais est-ce bien sûr ?) qui du fond de sa banlieue blême, rêve sa vie grâce aux histoires à l’eau de rose du cinéma et des magazines populaires. Deux films encore où Marseille tient la vedette : L’Heure exquise, documentaire autobiographique (1981) et Retour à Marseille (1980), film nostalgique qui, au gré des déambulations de Raf Vallone dans une cité qu’il ne reconnaît plus, ressuscite comme pour le réalisateur les fantômes des lieux. L’hommage s’achèvera le 24 nov en présence de Serge Toubiana avec deux titres moins connus : La Meule, court-métrage de 1964 et le romanesque Matelot 512. Une vraie reconnaissance pour cet artiste mort en 1995, dont l’expression cinématographique correspondait à la synthèse de tous ses talents.

ELISE PADOVANI

Novembre 2013

Les histoires de René Allio
du 20 au 24 novembre
Alhambra CinémarseilleMuCEM, Marseille

Partenariat avec Shellac, la cinémathèque française et la SACD et l’INA
Sortie d’un coffret DVD le 3 décembre, éditions Shellac Sud

Photo : Moi Pierre Rivière… de René Allio © Les Films du Losange


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