Les 20° Rencontres d'Averroès, édition MP2013

Reconstruire l’horizon de paix

• 28 novembre 2013⇒1 décembre 2013 •

Depuis 20 ans les Rencontres d’Averroès rassemblent un public toujours plus nombreux venu écouter intellectuels, chercheurs et artistes «penser la Méditerranée des deux rives». L’édition 2013 sera particulièrement riche !

Bernard Latarjet le répète : les Rencontres d’Averroès sont depuis le début de la candidature un volet essentiel de la programmation de la capitale culturelle. Parce que l’événement est d’importance, mais surtout parce que MP2013 y a puisé son esprit : méditerranéen, et voulant élaborer une pensée. Thierry Fabre, créateur et directeur des Rencontres, précise que cette édition est exceptionnelle à plusieurs titres. Parce que, coproduite par MP2013 (à hauteur de 200 000 € supplémentaires), la manifestation comptera 5 tables rondes au lieu des 3 habituelles, et qu’elles seront précédées de conférences introductives. Ensuite parce que cette édition «rétro-prospective» ne se centrera pas, comme chaque année, sur un thème,  mais fera un point, et ouvrira des perspectives, sur les multiples questionnements qui depuis 20 ans ont permis d’affirmer la Méditerranée comme une échelle de pensée pertinente.

Mais il ne s’agit pas pour Thierry Fabre «d’embaumer cette édition». Il aime à affirmer que les Rencontres sont une «université populaire» même si le terme n’est pas à la mode, et que le public y a un talent fou. Les universitaires doivent sortir de leurs codes, dialoguer et exprimer simplement leur pensée complexe, ce qui est le plus difficile des exercices…

Ainsi, Alain de Libera fera la conférence inaugurale (le 28 nov) et participera à la première table ronde avec entre autres Barbara Cassin, débat traditionnellement historique, portant cette année sur Athènes, Jérusalem, Cordoue, héritage partagé ou dénié ? (le 29 nov à 10h). À 15h la deuxième table ronde interrogera les fractures de ce «continent liquide». Le lendemain, à 10h, Irène Théry introduira un questionnement sur Féminin/masculin, liberté ou/et domination, enjeu universel mais particulièrement pertinent autour du Mare Nostrum. Plus prospectives, les deux dernières tables rondes interrogeront l’impossible paix (le 30 nov à 15 h) et la Méditerranée créatrice, table ronde réunissant des artistes (le 1er déc à 11h).

Un ensemble de questionnements riches, complémentaires, qui devrait permettre de faire le point sur l’ensemble des problématiques actuelles. En effet en présentant cette édition Thierry Fabre, désemparé et grave, soulignait combien le présent ressemblait peu aux horizons de paix que l’on imaginait en 1994, lorsque les accords d’Oslo et la Conférence de Madrid permettaient d’envisager un futur apaisé. Notre avenir est bien plus sombre : «l’Europe est devenue une citadelle imprenable, les Révolutions arabes n’ont pas les lendemains qu’on espérait, la Syrie est en guerre, l’Espagne et la Grèce sombrent et espèrent une Aube dorée fasciste, Israël s’enferme dans son colonialisme…». Et lorsqu’on lui demande s’il croit que l’élaboration d’une pensée, le débat, le dialogue, peuvent encore être des armes pour éviter le pire il soupire. «Que faire d’autre ? Il faut arrêter le Méditerranisme qui met tout à la sauce du jour et revenir à ce qui nous lie et ce qui nous sépare. Pour combattre la montée du Front national et les horizons de guerre, il faut apprendre de l’histoire, et écouter l’autre. Faire assoir à la même table Israélien (Denis Charbit ndlr) et Syrien (Salam Kawakibi) va aujourd’hui de soi lors des Rencontres. Cela n’a pas toujours été possible, et seuls ces chercheurs peuvent poser ensemble les bases intellectuelles qui pourront peut-être construire des avancées politiques.»

On l’espère, encore.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2013