Maïmouna Doucouré obtient le Prix Alice Guy 2021 pour Mignonnes

Prix Alice Guy 2021Vu par Zibeline

Maïmouna Doucouré obtient le Prix Alice Guy 2021 pour Mignonnes - Zibeline

Alice Guy, contemporaine des frères Lumière mais bien moins re-connue, fut pourtant une vraie pionnière du 7e Art : première réalisatrice de fiction, de péplum, de making of, et même première femme à créer une Société de production aux USA avant Hollywood ! Depuis le printemps 2018, grâce à la journaliste Véronique Le Bris, un Prix porte son nom et récompense le meilleur film de production majoritairement française, réalisé par une femme durant l’année écoulée.

Pour sa 4ème édition, le Prix Alice Guy a été attribué ce vendredi 26 mars 2021, à Mignonnes de Maïmouna Doucouré. Sorti en août 2020 puis diffusé sur Netflix, Mignonnes avait suscité une vive polémique attisée par des élus ultraconservateurs du Texas. Zibeline avait découvert ce joli film à la 70e Berlinale, et l’avait apprécié :

Mignonne : adj ou n. Qui a de la grâce et de la délicatesse. Charmante, jolie, menue, gentille / Affectueusement : jeune fille

Ah qu’elles sont loin de cette définition, les Mignonnes du premier long-métrage de Maïmouna Doucouré ! Car si elles sont jeunes et jolies, ces fillettes de 11 ans parlent de cul, jurent, chahutent, se battent, tweetent sans gentillesse, et font des 400 coups qui feraient passer Antoine Doinel pour un enfant de chœur. Les Mignonnes, c’est pourtant le nom qu’Angelica, Coumba, Jess et Yasmine ont choisi pour leur groupe de twerk, une danse sensuelle venue de la culture noire. L’index mouillé sur la bouche, moulées dans leur tee-shirts brassières, nos fillettes se déhanchent dans des postures provocantes. Amy emménage avec sa mère et son petit frère dans un nouvel appartement, en proche banlieue parisienne. La famille sénégalaise, musulmane, respecte la tradition. Le père, qui a pris une deuxième épouse, doit les rejoindre pour le mariage. On suit le parcours de cette petite fille, écartelée entre son milieu familial et cette bande de « dévergondées » à laquelle elle veut appartenir. Sous le voile noir à la mosquée, au milieu des corps contraints et cachés, elle regarde en cachette des vidéos pour trouver l’inspiration de nouvelles « choré ». Grand écart entre deux représentations des femmes, unies dans une même aliénation. On peut éprouver un certain malaise à voir ces corps à peine pubères hyper sexualisés. Cette liberté-là est un leurre et un autre type de formatage. Entre la robe longue de princesse africaine qu’on veut imposer à Amy pour le mariage de son père et le petit short qui sculpte ses fesses, comment Amy peut-elle se construire ? La réalisatrice franco-sénégalaise, sans souci du politiquement correct, se glisse dans le regard de la fillette, et explore cette zone incertaine et mouvante entre l’enfance et l’adolescence. Tout est juste dans ce premier long-métrage, et particulièrement la direction d’actrice : Fathia Youssouf est proprement époustouflante dans le rôle d’Amy et so… CUTIE  !

ELISE PADOVANI
Mars 2021

Le Prix Alice Guy 2021 sera officiellement remis à la réalisatrice, au Max Linder Panorama à Paris, lors d’une soirée ouverte au public, durant laquelle des courts métrages d’Alice Guy et le film primé seront projetés. La date sera communiquée dès que possible.

Photo : Copyright Bien ou bien Productions 2018