À Montpellier, le Printemps des Comédiens lance la saison des festivals

Printemps inexorable

• 10 juin 2021⇒26 juin 2021 •
À Montpellier, le Printemps des Comédiens lance la saison des festivals - Zibeline

Réduit mais cohérent et passionnant, à Montpellier le Printemps des Comédiens démarre la saison des festivals.

Le Printemps des Comédiens est la tête de proue de la saison des festivals. En temps de grève des intermittents, ou de pandémie, c’est du côté du Domaine d’O qu’on observe comment la période s’annonce. Il donne le ton de l’été, et s’il doit être annulé, cela représente malheureusement le début d’une cascade d’annonces sinistres dans les autres lieux. Cette année, c’est une sorte de renaissance qui transparait dans la programmation de Jean Varela, son directeur. Même s’il a fallu réduire un peu la voilure (30 spectacles au lieu des 44 prévus), la moisson sera belle, à l’image de ce festival qui, bien mieux que d’être le premier sur le calendrier, figure parmi ceux dont les propositions sont les plus intéressantes.

La création et la fidélité sont les deux « critères » qui priment cette année. En ouverture (10 au 13 juin) Cyril Teste allie les deux. Poursuivant son travail entre vidéo live XXL et plateau à échelle humaine (Opening Night, Festen, Nobody), son interprétation de La Mouette est très attendue. Sur une traduction d’Olivier Cadiot, il déploie le texte épidermique de Tchekhov en superposant les plans (gros sur les écrans, plastiques dans la scénographie de Julien Boizard), produisant une multiplication des affects, du plus intérieur au plus universel. The Hamartia Trilogy, du Coréen Jaha Koo, décline en un solo documentaire les croisements, cocasses et tragiques, entre cultures orientales et occidentales. Une performance multi supports, en compagnie d’un autocuiseur sud-coréen (11 au 13 juin). Théâtre documentaire aussi, la première en France de El País sin duelo (Cristian Flores, 11 au 13 juin) : trois femmes, trois générations s’affrontent autour du secret qui pèse sur leur famille depuis la dictature militaire chilienne. C’est une enquête douloureuse que la Cie Los Barbudos a menée, où se découvre peu à peu le drame de la persécution des femmes sous le régime de Pinochet. Un travail salvateur.

Un de plus, un de moins
Julien Bouffier adapte le roman de Laurent Mauvignier, Dans la foule, qui plonge dans la catastrophe du stade du Heysel (1985). Le metteur en scène montpelliérain choisi ici d’être au plus près des corps, dans un spectacle très physique, où la sensation prime plus que le récit en mots ; comme ces voix des supporters dont il conserve la langue (italien, wallon, français), maelström de violence et de terreur, approchées par des caméras qui scrutent les mécanismes d’une tragédie (18 au 20 juin). Montpelliéraine aussi, Caroline Cano interroge la fête ; oui, mais au regard de la solitude. L’acuité de son regard (déjà saluée dans Je vous l’avais promis ou Regards en biais) lui permet de faire entendre les silences et les pensées secrètes, tout ce qui mine, autant qu’il nourrit, la joie ostentatoire des retrouvailles (17 au 19 juin).

Et puis : Jean-François Sivadier (Un ennemi du peuple, Ibsen), Peter Brook (Tempest project), Robert Cantarella (Hugo, théâtre complet, avec les élèves de l’ENSAD) et beaucoup d’autres. Un Hamlet de moins (d’après Shakespeare), dernière création de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano (directeurs des 13 vents) posera la question, en creux, de ce que signifie rejouer la pièce la plus célèbre du monde. Une confrontation des pouvoirs, les élisabéthains, et ceux du royaume des images d’aujourd’hui. Passé et actualité se répondent et se confortent, entre farce et tragédie, avec Shakespeare en sus.

ANNA ZISMAN
Juin 2021

Printemps des Comédiens
10 au 26 juin
Domaine d’O et autres théâtres de la Métropole, Montpellier
printempsdescomediens.com

Photo : La mouette © Simon Gosselin