33e édition du Printemps des Comédiens à Montpellier, du 31 mai au 30 juin

Printemps : collection masculine

• 31 mai 2019⇒30 juin 2019 •
33e édition du Printemps des Comédiens à Montpellier, du 31 mai au 30 juin - Zibeline

Tout a commencé bien avant le premier lever de rideau (Mont Vérité, la création hybride théâtre/danse de Pascal Rambert et Rachid Ouramdane) du Printemps des Comédiens. Dès la parution sur un site d’informations culturel montpelliérain (Lokko) d’un article passant sous silence l’énorme disparité entre hommes et femmes parmi les artistes invités. Une centaine d’artistes ont signé un texte incisif et drôle, « La Gueulante », publié sur les réseaux. C’est qu’il faut en effet « beaucoup d’humour pour encaisser chaque jour ce mépris. » Signé : Les fucking women fucking. Au chiffre accablant de moins d’un quart de femmes chez les chorégraphes et les metteur.e.s en scène dans la programmation 2019, Jean Varela, directeur du festival, en appelle au temps braudelien, ce temps long conceptualisé par l’historien Fernand Braudel. Belle référence, qu’il convoque pour appuyer sa conception de l’engagement public, paquebot à piloter au long cours. Car si la question de la parité est au cœur de la réflexion actuelle, c’est plus précisément sur la problématique de l’égalité (d’accès à la culture, à la formation, des artistes entre un territoire et un autre…) qu’il concentre l’action de son équipe (dont il est d’ailleurs le seul homme avec le directeur technique). Opposé aux quotas, il sera toujours « plus attentif à instituer la parité, dès lors qu’on parle d’art ». Patience, donc… Temps long, aussi, dans la formation du public, qui peu à peu se familiarise avec des textes et des propositions scéniques qu’il n’aurait « pas pu proposer il y a 5 ans. » Les habitudes s’aiguisent, les femmes n’ont qu’à fourbir leurs armes pour la suite. Et tenir bon.

Donc. On attend du beau monde au Domaine d’O. Julien Gosselin, qui après Les particules élémentaires (Houellebecq) ou 2666 (Bolano) adapte Le marteau et la faucille de Don DeLillo, extrait de son pantagruélique spectacle (Joueurs, Mao II, Les Noms) présenté à Avignon 2018. Frank Castorf pour la première française de son Don Juan, 4h30 de pure immersion théâtrale. Marcel Proust, avec Un instant, de Jean Bellorini, qui fait se rencontrer la mémoire de l’écrivain et celle de la comédienne Hélène Patarot, qui nous livre ses souvenirs du Vietnam. Jérôme Deschamps réinvente la comédie ballet pour un Bourgeois gentilhomme baroque et festif, où il endossera les habits de M. Jourdain. Et… Isabelle Adjani, revenue au théâtre à l’invitation de Cyril Teste, d’après le scénario du chef-d’œuvre de Cassavetes, Opening Night.

Des chouchous, aussi. Alain Béhar, qui continue son hallucinant voyage poétique, après ses magnifiques Vagabondes : La clairière du grand n’importe quoi promet un déluge de mots, un « récit géo-poétique ». Nicolas Oton (Machine Théâtre) adapte Crime et châtiment (Dostoïevski) avec le magnétique Frédéric Borie. Et terminons par une metteure en scène : Katia Ferreira (Le 5e quart), qui avait présenté une première étape lumineuse de son First trip (adaptation du Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides) au festival 2017, revient avec la version finalisée de son incursion dans l’Amérique corsetée des années 70. Une, plus les 5 héroïnes du texte. Ça fait déjà 6 sacrées bonnes femmes.

ANNA ZISMAN
Mai 2019

Printemps des Comédiens
31 mai au 30 juin
Domaine d’O et autres lieux, Montpellier
04 67 63 66 67 printempsdescomediens.com

Photo : First Trip © Pascale Cholette


Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr