Entretien avec François Noël, directeur du Théâtre de Nîmes

Pour un théâtre humaniste et solidaire

Entretien avec François Noël, directeur du Théâtre de Nîmes - Zibeline

Zibeline : Comment qualifieriez-vous la nouvelle saison ?

François Noël : Je l’ai voulue humaniste et solidaire car il y a des valeurs qu’il faut tenter de défendre par tous les moyens. La culture en est un. Au-delà de la programmation qui est la partie visible, je veux mettre en avant le travail de fond que nous réalisons auprès de publics particuliers, que ce soit à la Maison d’arrêt, avec la Fondation Abbé Pierre ou les scolaires. Beaucoup d’artistes que nous accompagnons jouent le jeu et se rendent sur le terrain, à la rencontre de ces personnes. J’espère que la programmation reflétera aussi cette dimension.

À travers quelles propositions, par exemple ?

Dès le spectacle d’ouverture, Humans, de la compagnie australienne Circa. Ce sont des artistes circassiens qui interrogent sur les limites des capacités humaines et la notion de dépassement de soi. En danse, Refuge, du chorégraphe Vincent Dupont, décode le système en apportant quelques clefs de compréhension. On peut faire le parallèle avec le mouvement des Gilets jaunes ou la question de l’aliénation par le travail.

La danse justement est toujours très présente. Quels spectacles vont marquer cette saison ?

Moving Alternatives est très intéressant. Anne Collod a mené un travail de recherche sur l’histoire de la danse contemporaine, ses origines. Elle s’est plongée ici dans les œuvres de Ruth Saint Denis et Ted Shawn, deux précurseurs desquels les principaux chorégraphes américains se sont inspirés. Parmi eux, la grande Trisha Brown dont j’ai souhaité le retour de la compagnie à Nîmes, à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa création. On accueillera également les 22 danseurs exceptionnels du Ballet du Grand théâtre de Genève qui demande régulièrement à un grand chorégraphe une création. Cette année, c’est Abou Lagraa qui s’y est collé, avec Wahada, sur la Messe en ut mineur de Mozart. Des compagnies plus petites sont également à l’affiche comme celle de Sylvie Pabiot pour son spectacle Standing up, dans lequel le corps, les silhouettes sont animés par des jeux de lumière.

On verra deux fois Israel Galván cette année…

Oui, mais dans deux registres totalement différents. Il viendra d’abord présenter El Amor brujo (L’Amour sorcier), sa création 2019, dans le cadre des 30 ans du Festival de flamenco dont la programmation est en cours de construction. Puis ce sera La Consagración de la Primaver, en trio avec les pianistes Sylvie Courvoisier et Cory Smythe. Dans le premier spectacle, le chorégraphe revisite le ballet emblématique de Manuel de Falla ; dans le second, il s’attaque au Sacre du printemps de Stravinsky. Galván, qui est toujours là où on ne l’attend pas, va accomplir une sorte de grand écart.

Le Théâtre de Nîmes s’implique particulièrement au côté des artistes.

Il est de plus en plus difficile pour les artistes de trouver les lieux et les équipes pour créer et diffuser leur travail. Si nous, structures culturelles, ne nous engageons pas dans l’étape de fabrication des œuvres, leur avenir est compromis. J’ai donc décidé de créer en 2014 le Bureau de production pour accompagner les différentes étapes. L’aventure a démarré et se poursuit avec Patrice Thibaud, rejoint par Franck Vigroux (compositeur et musicien de la Région Occitanie) et Les monstres de luxe, compagnie de Dan Jemmett et Valérie Crouzet. À travers les tournées à l’international de ces artistes, c’est aussi une manière d’exporter notre savoir-faire et de permettre au Théâtre de Nîmes de rayonner sur la planète. Par ailleurs, nous accueillons, en artistes associés, la chorégraphe Emmanuelle Huynh et l’Orchestre les Siècles, dirigé par François-Xavier Roth.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Octobre 2019

Photo : Refuge, Vincent Dupont © Marc-Domage


Théâtre Bernadette Lafont
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