Le Pointu, festival musical Indépendant, les 7 et 8 juillet sur l'île du Gaou

Pointu et (très) fréquentable

• 7 juillet 2018⇒8 juillet 2018 •
Le Pointu, festival musical Indépendant, les 7 et 8 juillet sur l'île du Gaou - Zibeline

Nous devons être nombreux à pester contre les têtes d’affiche récurrentes de certains grands festivals : un phénomène reflétant la maladie capitaliste du monde du spectacle dont s’emparent les grandes conglomérats comme AEG ou LiveNation et leurs impératifs de retours sur investissements. Mais au lieu de s’énerver, choisissons l’antidote : Pointu a mis toute sa belle énergie à imaginer un festival dégagé de toute pression commerciale (le festival est gratuit) et serti d’artistes rarement vus sous nos latitudes. Indépendant, libre et créatif, Le Pointu est depuis quatre ans un de nos festivals préférés dans la région ! Sa tenue sur l’île du Gaou souligne l’écart conséquent d’avec son prédécesseur Les Voix du Gaou, dont la surenchère de décibels et de publics menaçait le petit écosystème insulaire. « Pointu », ce festival l’est fièrement en alignant les signatures anglo-saxonnes sans concessions. Au premier titre, le 7 juillet, les Godspeed You! Black Emperor, groupe montréalais culte avec leur post-rock héroïque et opaque. Alors que leur sixième album Luciferian Towers les a vu renouer en 2017 avec un parcours commencé il y a quinze ans, leur musique, revendicatrice sous des allures cryptiques, démontre que le rock reste encore un territoire d’expression à la liberté folle pour attaquer symboliquement Babylone. Le même soir rayonneront leurs compatriotes des Suuns dont le concert en mars à l’Espace Julien à Marseille, restera en mémoire comme un sommet d’art-rock tortueux et étourdissant. Le même soir les Sleaford Mods exposeront leurs propres arguments : un punk-électro testard et décomplexé, parfait échantillon made in UK d’une exception culturelle brillamment entamée avec The Streets. Moins connue, la pop rock de Spring King et des Toulonnais de Flashing Teeth ouvriront le ban.

Le 8 juillet, la tête d’affiche de cette édition débarque : Thee Oh Sees fait figure de groupe-phare d’un revival rock garage californien fort en décibels et en vibrations. Emmené par l’infatigable John Dwyer depuis 2003, le quatuor enchaîne albums (parfois deux dans la même année comme en 2016) et tournées, sa formation fluctuante se cristallise depuis 2015 autour d’une paire de batteurs qui singularisent le groupe. Leur son ? Une grande lampée de rock primaire et sale, qui n’a rien à envier aux Stooges et carrément ravageur sur scène… Jim Jarmusch dit d’eux qu’ils sont « le plus grand groupe de rock en activité », rien que ça. Des icônes accompagnées d’autres bruyants angelenos, les brillants skaters de Fidlar et leur punk tout en tensions. L’Américain Soft Moon sera bien le seul a exposer un univers plus introspectif, très inspiré de la new wave anglaise torturée. Loin de ces univers assez frustes, le Français Carpenter Brut fait figure de relève de l’électro de Kavinsky avec ses synthés héroïques et ses ambiances de film de science fiction mâtinés de hard rock maximaliste. Quant à Deep Vally, ce seront malheureusement les seules filles de la prog, mais on imagine que leur duo glam-rock spectaculaire ne laissera pas leur part aux chiens.

HERVÉ LUCIEN
Juillet 2018

Photo : Thee Oh Sees © Mini Van Photgraphy-

Le Pointu
Île du Gaou,Six-Fours-les-Plages
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