Une saison bien remplie, mais qui garde encore sa part de mystère, au Théâtre des Salins de Martigues

Pleine saison

Une saison bien remplie, mais qui garde encore sa part de mystère, au Théâtre des Salins de Martigues - Zibeline

Le Théâtre des Salins à Martigues annonce une saison très fournie : registres variés, spectacles multiples et un événement inédit décliné en cinq rendez-vous secrets

« Je n’ai aucune raison d’être en colère », explique dans une interview l’une des révélations 2016 d’Afro Trap MHD. Le directeur du Théâtre des Salins Gilles Boukaert a choisi de commencer la saison sous de bons auspices. Une belle formule aussi, toute en légèreté, pour peut-être déjouer la somme d’aprioris que charrie encore toute la sphère du rap aujourd’hui. MHD pratique un art solaire et décomplexé, il n’a que 21 ans, et sait emporter son public avec ses mots et le délié de sa gestuelle.

On pourra se laisser ensuite porter par la marée de la musique de Steve Reich, guidés par les pulsations envoutées des dix danseurs de la compagnie Rosas d’Anne Teresa de Keersmaeker : reprise de Rain, l’un des spectacles les plus marquants de la chorégraphe belge, entré depuis sa création en 2001 au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris. Tourbillon, communion, irrépressible énergie qui traverse et subsiste, transformant la pièce en une expérience qui se distille bien longtemps après le choc du spectacle.

Le chant révolutionnaire s’approprie ensuite, grâce à la comédienne et chanteuse Norah Krief et sa Revue Rouge, les attributs du rock. Pourquoi pas en effet adopter les codes et les sons électriques pour interpréter les chants de lutte ? Avec ses complices Eric Lacascade à la mise en scène et David Lescot à la direction musicale, elle rend hommage et se fait le porte-voix des luttes prolétaires historiques et contemporaines. Elle chante les mots de Brecht, des incandescentes Pussy Riot, de Roda-Gil…

Nous pourrons découvrir le premier volet d’un travail en cinq chapitres écrits par Wajdi Mouawad autour de la famille, Domestique. L’auteur, qui interprète ici en solo le symbole du fils avec la pièce Seuls, retourne le sol de l’intime et arpente les sillons de ce qui sera une cartographie familiale décrite par cinq personnes depuis des angles différents. Il y a donc le fils, on pourra voir Sœurs au Cratère d’Alès cette année aussi, et viendront plus tard Frères, puis Père et enfin, Mère. Espérons que les différents membres de la famille pourront nous être présentés au fil de leur naissance à l’écriture.

Très en vogue : les moments privilégiés, dont on donne l’adresse et la teneur au dernier moment et aux seuls initiés –ceux qui auront la curiosité de s’inscrire aux cinq rendez-vous de la Collection secrète. Il y aura bien de la danse, puisque c’est le chorégraphe Frank Micheletti et sa compagnie Kubilaï Khan qui a été chargé pendant un an d’inventer des parcours, de provoquer des sensations, d’initier des découvertes. Terrain d’aventures : Martigues, ses lieux naturels, son architecture, son industrie, ses souvenirs, ses habitants. Pour le reste, il faudra suivre les instructions…

Aglaé, mise en mots et en scène par Jean-Michel Rabeux, distille les mots d’une prostituée, qui nous parle d’elle, de son métier, de sa vie de femme. Elle a peut-être 70 ans, ou peut-être ment-elle. La vérité est ailleurs. Claude Degliame, interprète fidèle de l’auteur, incarnera de sa voix grave les aléas d’Aglaé.

Catherine Marnas met en scène un nouveau Lorenzaccio, fidèle à Musset, et collant à notre époque..C’est aux Salins que la star de la chorégraphie japonaise Saburo Teshigawara viendra présenter en première européenne Sleeping water.

Reprise de la dernière pièce, présentée à Avignon, de Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe belge de renommée internationale : Babel (Words) interroge les différences, les connivences, et invente un monde ou peut-être quelque chose peut advenir.

D’autres rencontres, d’autres passions à partager, d’autres questionnements à affronter au présent de l’artistique : oui, quelque chose pourrait bien arriver.

ANNA ZISMAN
Octobre 2016

Les Salins, Martigues

Photo : Lorenzaccio – Catherine-Marnas © Pierre-Grosbois


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net