Tour d’horizon des solutions envisagées pour la 4e édition de la BIAC

Place au cirque, quoi qu’il en coûteVu par Zibeline

• 1 février 2021⇒21 février 2021 •
Tour d’horizon des solutions envisagées pour la 4e édition de la BIAC - Zibeline

Chapiteaux en berne pour la 4e édition de la BIAC ? Tour d’horizon des solutions envisagées pour maintenir un semblant de cirque à échelle de la région Sud.

La 4e édition de la Biennale Internationale des Arts du Cirque devait initialement se tenir du 21 janvier au 21 février. Plusieurs scénarios sont à l’étude pour maintenir a minima une présentation des plus récentes créations, même si elles ne devraient être accessibles qu’aux professionnels. Entretien avec Guy Carrara et Raquel Rache de Andrade, co-directeurs de la BIAC et de la compagnie Archaos.

Zibeline : De quelle manière les décisions successives dévoilées au fil des mois ont-elles influé sur l’organisation de cette 4e BIAC ? 

Guy Carrara et Raquel Rache de Andrade : Le plan B est intervenu très tôt. Dès le mois de mars dernier nous avons modifié l’installation des chapiteaux. Au lieu d’une programmation marseillaise regroupée dans un seul gros Village de chapiteaux, qui se tenait depuis 2017 sur les plages du Prado, nous l’avons répartie sur plusieurs sites -Esplanade du J4, Vieille Charité, Cité des Arts de la rue-, avec des chapiteaux moins grands. Ensuite est venu le plan C : l’ouverture de la BIAC, initialement prévue le week-end des 23 et 24 janvier, s’est déplacée de la Friche Belle Mai au Centre de la Vieille Charité. Puis le plan D a été pensé pour tenir compte du couvre-feu, impliquant des changements d’horaires. Des modifications ont aussi été apportées sur le projet Circus Link, une plateforme européenne pilotée par Archaos : il devait initialement démarrer à l’été 2020 durant des festivals au Portugal, au Danemark et en République tchèque. Nous avons finalement négocié pour qu’il soit lancé durant la BIAC, et qu’il se poursuive durant les festivals à l’été 2021. 

Aujourd’hui, quel scénario envisagez-vous le plus probable ? 

Nous avons beaucoup tricoté. Si nous le pouvons bien sûr, nous conserverons le plan D, qui consiste à présenter des spectacles du 1er au 21 février, car pour l’instant rien ne dit que les spectacles ne pourront pas avoir lieu en salles. Or, ils représentent 85 à 90% de notre programmation. Mais nous avons aussi commencé à travailler sur un plan E, qui serait un renforcement des rencontres professionnelles. Les deux sessions initiales -du 3 au 5 février puis du 10 au 12 février- pourraient s’étaler chacune sur 4 jours au lieu de 3. Ces deux journées supplémentaires seraient dédiées à la présentation de créations, entre 17 et 20, accessibles seulement aux professionnels.

Et concernant la programmation sous chapiteaux ? 

Nous prendrons des décisions mi-janvier, pour savoir si nous les montons ou pas. C’est une logistique complexe qui se prépare en amont, les compagnies doivent charger leur structure et décors, le Village se monte longtemps en avance… Si des spectacles doivent être annulés durant cette édition, ce seront hélas en priorité ceux-là. Pour le reste, tout reste inchangé pour l’instant. Quoiqu’il en soit, la semaine de rencontres professionnelles étoffée aura lieu. Soit dans le cadre de la Biennale, soit, au pire, toute seule ! À moins bien sûr d’un nouveau confinement général, il reste encore possible à ce jour pour les professionnels de se déplacer afin d’aller voir des présentations de créations, dans le respect de toutes les mesures de sécurité bien entendu. Certains artistes travaillent à leur nouveau spectacle depuis deux ans : ce qui est important pour nous, c’est de conserver la possibilité pour eux de montrer leur travail, afin qu’ils puissent tourner ensuite. Un certain nombre de nos partenaires sont d’accord pour jouer le jeu sur ces temps de rencontres -tels que Vitrolles, le ZEF et La Criée à Marseille, le festival des Élancées, le Pôle au Revest-les-Eaux dans le Var, La Garance à Cavaillon, le 3bisf, le Bois de l’Aune ou encore la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence…

JULIE BORDENAVE
Janvier 2021

Photo : Dans ton coeur, Akoreacro © Richard Haughton

 

Création féminine et langage des corps

Artiste phare de la programmation, Yoann Bourgeois présentera son processus de recherche autour de la suspension, notamment à travers Les paroles impossibles, sa dernière création utilisant la parole discursive en tant que « lieu du pouvoir et de la domination ». De Raphaëlle Boitel à Baro d’Evel en passant par Boris Gibé, difficile de lister les nombreux temps forts, têtes d’affiche ou pépites à découvrir. Sous chapiteau, des incontournables tels qu’Attention Fragile ou Johann Le Guillerm au J4, Lonely Circus et Martin Palisse au Centre de la Vieille Charité, Akoreacro à la Cité des arts de la rue. Signalons la poursuite d’une thématique féminine entamée en 2019 (21 spectacles dans 27 lieux différent ; exposition de Yohanne Lamoulère et Justine Fournier au J4 ; installations de Cécile Léna au J4 et à la Cité des arts de la rue). « L’écriture au féminin » constituera aussi le sujet d’une table ronde, dans les cadres des rencontre professionnelles sur des sujets aussi variés que l’éco responsabilité, la mobilité européenne, ou encore la notion de répertoire. Une tournée s’organise pour la première fois dans les musées, de la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence au musée Fernand Léger de Biot en passant par le Mucem et les Beaux-Arts de Marseille. 

L’homme canon © Philippe Laurencon

À Cavaillon, La Garance chapeaute une programmation de haute voltige. La compagnie Pré-O-Coupé présente sa nouvelle création, Presque parfait ou le paradis perdu : le charismatique Nikolaus, clown jongleur pince-sans-rire, féru de démonstrations par l’absurde et de rire métaphysique, y creuse ses interrogations. Entouré de « trois disciples », il y orchestre un chaos acrobatique autour de la création du monde et du péché originel. Sous chapiteau, le facétieux Cirque Aïtal présentera ensuite son désormais classique Pour le meilleur et pour le pire, pérégrinations survitaminées d’un couple explosif, le colosse Victor et la lilliputienne Kati, autour d’une vieille Simca 1000 rouge. Enfin, à ne pas louper, L’homme canon de Rémi Luchez, véritable coup de cœur d’Avignon 2019 : sur les envolées a capella de la chanteuse Lola Calvet, tantôt folkloriques tantôt pop, l’acrobate y déploie ses équilibres toujours sur la brèche, teintés de délicatesse, d’humour et d’émotion à fleur de peau.

JULIE BORDENAVE
Janvier 2021

4e Biennale internationale des arts du cirque
1er au 21 février
biennale-cirque.com