Pister le Off

 - Zibeline

Avec «seulement» 1161 spectacles à l’affiche de la 47e édition (18 de plus qu’en 2011), le Off semble se stabiliser… Indicateur des difficultés grandissantes des compagnies qui se ruinent souvent pour participer au «plus grand marché du théâtre», aurait-il trouvé ses propres limites ? Le spectateur a encore de quoi se perdre dans un programme de près d’un kilo, rassemblant 975 compagnies et 104 lieux. Pour opérer un choix, le hasard fait (parfois) bien les choses… le bouche à oreilles aussi. Le Village du Off reprend du service à l’École Thiers, occasion de prendre le pouls du festival et de consulter les critiques. Sachant que l’une des cinq raisons qui font venir les compagnies au Off est la présence des journalistes. Même si Greg Germain, en conférence, qualifiait cette presse «de 4e pouvoir qui en a souvent trop».

Les historiques

Au Chêne Noir, Gérard Gelas reprend son impertinent Bibi, ou les mémoires d’un singe savant de Henri Frédéric Blanc (voir Zib’49) habité par Damien Remy ; et il crée Riviera avec Myriam Boyer dans le rôle de la chanteuse Fréhel, «l’inoubliable oubliée». Les Carboni nous plongent au cœur de Marseille avec l’opérette Le Pays des galéjeurs, Nasser Djemaï, dans Invisibles, nous conte l’émouvante tragédie des Chibanis (voir Zib 48) et Diastème présente des personnages rongés par le désespoir dans Fille/mère avec Evelyne Bouix.

Le Théâtre des Doms continue de nous réjouir avec «9 spectacles en liberté» issus de la création belge francophone avec un nombre conséquent de femmes artistes : cinq metteurs en scène, une chorégraphe, onze comédiennes et danseuses. À découvrir, une version puissante de La Mouette dans La nostalgie de l’avenir par la Cie Défilé, du cirque avec Wasteland, les coulisses d’un centre d’appels avec Une Société de services, une conférence décalée et polyglotte avec It’s so nice de la Cie Oh my god.

Darina Al Joundi, mise en scène par Alain Timar, ouvrira les journées du Théâtre des Halles dans Ma Marseillaise. La bouleversante auteur-interprète de Le jour où Nina Simone a cessé de chanter raconte un nouveau pan de son histoire libanaise. Le metteur en scène sera également sur le plateau dans Bonheur titre provisoire (voir p. 35). Puis, parmi les huit autres spectacles, Occident par la Cie In Situ (Zib’35), Comédie Tragiques de la Cie À brûle pourpoint et Dies Irae du Cabinet de Curiosités.

Au Balcon des reprises avec J’ai soif de Serge Barbuscia (Zib’24), Pazzi par Interface (Zib’49), Tango mon amour par la Compagnie Octavio de la Roza. Uppercuthéâtre joue Mickey-la-Torche, Dominique Pinon sera Le Revizor de Gogol. Aux Carmes, Philippe Caubère programme : on retrouve Philippe Genty dans La Pelle du Large d’après Homère suivi d’Une Odyssée par Irina Brook, Jean-Claude Drouot, Clémence Massart et Marsiho d’André Suarès… par Caubère.

Gérard Vantaggioli, au Chien qui Fume, reprend Ana non d’Agustin Gomez-Arcos avec Stéphanie Lanier et la magistrale Ana Abril, et accueille Clémentine Célarié, Christophe Alévêque dans Ciao Amore (zib’45), Sapho (au Petit Chien).

Les défricheurs

À la Fabrik théâtre, la Cie des Ouvriers reprend Explication des Oiseaux (Zib’51) et Isabelle Provendier Quoi dire de plus du coq ? (Zib’47). Le Kronope présente le Carnaval des Animaux et les Fourberies de Scapin (Zib’51) et le Théâtre du Maquis Le Cabaret des hérétiques et Les Bougres.

À la Manutention, Les Hauts Plateaux accueillent Christian Mazzuchini dans une très belle interprétation des textes de Christophe Tarkos La Tentation d’exister (voir Zib 41), Les Phasmes du Collectif Inouï, deux spectacles jeune public de Grégoire Callies. Antoine Hervé donnera La leçon de jazz d’un pianiste débridé à l’Ajmi.

À l’Université Sainte-Marthe, la Cie Art.27 livre le troisième opus des Olympides, une comédie citoyenne où l’humour est au service d’un enjeu majeur de notre société : l’eau.

Au Théâtre Golovine, on découvrira trois productions du Beijing Fringe festival, une comédie-hommage aux Secrétaires de la Cie Maritime, Roméo et Juliette par la Cie Dell’improvviso et de la danse avec Liebe Liberté par la Cie Gilschamber. La Naïve présente Monsieur Agop à l’Espace Alya, un message de tolérance et de paix par Jean-Charles Raymond, à partir de 8 ans. La Cie azHar y joue Magic Dust combinant image numérique et marionnette. À l’Entrepôt, Marie Provence présente au jeune public Pacamambo de Wajdi Mouawad (voir Zib 35) et au théâtre Alizé, Jeanne Béziers remanie le conte de Perrault dans Poucet le temps des mensonges. (voir Zib 50) Au théâtre de l’Oulle, la Cie Vous Avez Dit Biz’Art reprend Laurel et Hardy vont au paradis (Zib’52) et Luis de la Carrasca rend hommage aux plus grandes figures de Grenade dans Flamenco pa mi Graná. La Cie lyonnaise Al Andalus présentera Nuevo Flamenco au Collège de la Salle.

Créé à Festo Pitcho 2011, la Cie Faut Changer l’Eau du Bocal joue OpéraZibus, une fantaisie lyrique pour jeune public à l’Esperluette et Un peu de Poésie présente Le petit chaperon Uf et Ferré, Perret, Trenet et moi et moi et moi… au Théâtre des Vents. À La Luna, la Cie du Grand soir reprend La vie de Galilée, remaniée par Christophe Luthringer.

Les théâtres d’Outre-Mer se retrouvent à la Chapelle du Verbe Incarnée, dirigée l’été par Greg Germain ; le Cabaret de l’Impossible y joue Premiers voyages. Au Paris, le théâtre estampillé humour, Océanerosemarie joue La Lesbienne Invisible (voir p. 39) et à l’Etincelle, Nicolas Maury adapte ses Chroniques du Off (Ed. Alna) dans Fuck Off, un condensé franchement drôle des travers du festival. Il faudra être également attentif aux programmations du Théâtre du Girasole, la Manufacture, le Grenier à Sel, l’Ecole des Spectateurs, la Caserne des Pompiers, Présence Pasteur

DELPHINE MICHELANGELI

Juin 2012

 

Festival Off d’Avignon

Du 7 au 28 juillet

www.avignonleoff.com