Le festival Parallèle aura bien lieu. Entretien avec sa directrice Lou Colombani

Parallèle réinvente la ligne

• 22 janvier 2021⇒31 janvier 2021 •
Le festival Parallèle aura bien lieu. Entretien avec sa directrice Lou Colombani - Zibeline

Ne pas annuler, mais au contraire présenter un festival enrichi de créations spécialement conçues pour son site Internet : c’est ce qu’a impulsé la directrice du festival, Lou Colombani. Entretien.

Zibeline : À quoi ressemblera Parallèle cette année ?

Lou Colombani : Nous avons choisi de maintenir les commandes aux artistes, en payant ce sur quoi on s’est engagé, et, dans la mesure du possible, les faire jouer devant des professionnels du spectacle, puisque ça c’est autorisé, et des programmateurs. Faire en sorte que Parallèle puisse rester une plateforme, et que les artistes puissent montrer leur travail. Nous n’avons pas imprimé de programme, puisque de toutes façons il aurait été obsolète dix fois, et avec les économies que cela nous fait faire, on a développé un site Internet particulier, qui est une sorte de plaquette numérique, qui nous permet de faire évoluer les configurations, les contenus.

Comment tout cela s’organise vis-à-vis des artistes invités ?

On réfléchit avec chacun à la manière la plus juste de partager son travail sur notre site, et, dans la plupart des cas, il se trouve qu’on produit un projet qui est nouveau.


Lou Colombani © Agnès Mellon

Une création née de la création, en quelque sorte.

Exactement. Plutôt que de remplacer le projet scénique par une captation sur notre site, nous pensons avec les artistes à une forme qui part de leur travail, qui sera un projet satellite au projet initial, adapté à son support. Cela suppose pour nous de produire un nouveau projet. Ce qui est assez joli, c’est que cela peut fédérer aussi d’autres partenaires, si l’artiste est déjà en lien avec eux. Et nous avons mis tous les artistes en lien avec Margaux Vendassi, vidéaste du festival, qui réalise des films avec eux, basés sur leur projet, qui seront diffusées sur le site.

Tout le monde n’a peut-être pas choisi cette alternative ?

En effet, Madeleine Fournier, qu’on accompagne en production et diffusion, a préféré jouer sa pièce, qui est une création, que beaucoup de professionnels veulent voir. Cela va jouer à Montévidéo, pour une petite jauge. Et il y aura probablement, ce n’est tout à fait confirmé, un live streaming pour le public. Comme pour Dalila Belaza qui crée Rive pour les danseurs du Ballet National de Marseille. C’est vraiment du cas par cas, pour surtout ne pas amoindrir le travail des artistes, en proposant des réponses adaptées. Avant de prendre une décision, on les consulte. Emmanuel Eggermont par exemple, qui devait jouer au ZEF : ce n’est pas une création, c’est un spectacle lourd à monter ; il nous a remercié de l’avoir sollicité, trouvant en effet que c’est trop lourd à mettre en œuvre pour un public de 20 professionnels. Il nous proposera donc une vidéo. 

C’est une façon dynamique de contourner la contrainte.

Même si bien sûr, ce qui nous manque, c’est d’avoir des expériences collectives et sensibles, toutes ces choses qui sont le propre du spectacle vivant. En fait, dans cette situation-là, soit on est dans l’abattement, soit on est dans la colère et la révolte, soit on se demande ce qu’on peut faire pour que les artistes en souffrent le moins possible : rester inventifs, faire travailler les esprits et les imaginaires pour que cela crée quelque chose.

Vous avez choisi de maintenir les dates prévues initialement pour cette 11e édition du festival, plus qu’un éventuel report.

Oui, parce que nous sommes accueillis par des lieux partenaires, donc on doit rester dans les créneaux qui nous avait été alloués. Et puis, pour les artistes, c’est rassurant : ils n’en peuvent plus de toutes les annulations, les reports, ils deviennent fous, à gérer des plannings. Et il y a aussi un gros besoin de la part du public, de voir des nouvelles choses. On va quand même proposer une forme ouverte, Anne-Sophie Turion et son projet Grandeur nature, qui est une marche dans le quartier de la Barasse. Quant aux professionnels, ils ont aussi besoin de se réunir. Donc cette année, nous mettons en place des rencontres professionnelles pour que les artistes, les producteurs, les programmateurs, directeurs d’établissement, puissent parler de ce qu’on traverse, formuler ce qui ne fonctionne pas, ce vers quoi on veut aller, ce qu’on veut ne surtout pas lâcher. Ces journées de travail et de réflexion pourront donner lieu à une sorte de publication, qui pourrait avoir valeur de manifeste.

Propos recueillis par ANNA ZISMAN
Janvier 2021

Parallèle, Festival international des pratiques émergentes
22 au 31 janvier
plateformeparallele.com

Photo : Mascarades, Betty Tchomanga © Farah Mirzayeva