9e édition du festival Parallèle avec comme triptyque : Abstraction, disparition, réinvention

Parallèle mais pas rectiligne

• 26 janvier 2019⇒3 février 2019 •
9e édition du festival Parallèle avec comme triptyque : Abstraction, disparition, réinvention - Zibeline

Petit cousin d’Actoral, ce festival pluridisciplinaire se consacre à la jeune génération d’artistes internationaux

Abstraction, disparition, réinvention. C’est le triptyque qui fera office de fil rouge pour cette 9e édition du festival Parallèle. Trois termes auxquels l’ensemble des propositions est lié. « On vit dans une société du concret, du matériel, de l’image plaquée, estime Lou Colombani, directrice et fondatrice de la manifestation. On a besoin d’aller vers quelque chose de plus abstrait autour d’enjeux cruciaux pour penser la société de demain. »

Trois expositions

Pour démarrer cette réflexion, Parallèle invite le public à découvrir trois expositions. À première vue rassemble des premières photographies que laisse, comme un don, chaque étudiant de l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) d’Arles en quittant l’établissement. « C’est une manière de dire qu’il est important pour nous d’accompagner les premiers gestes. C’était l’année idéale pour cela puisque l’ENSP déménage et que la librairie Maupetit, qui accueille l’exposition, fête ses cent ans ». Autre coréalisation, avec Art-cade et la galerie Ho cette fois, pour La Relève, exposition qui réunit les œuvres d’artistes sortant de différentes écoles supérieures d’arts visuels, retenues après un appel à projets. Enfin, Mes témoins dévoilent les dessins de Silvia Costa, metteure en scène et chorégraphe, obnubilée par des visites nocturnes de fantômes qui la regardent et la questionnent.

Spectacles politiques

Parallèle fait surtout la part belle au spectacle vivant dans des formes politiques. Pas au sens discursif, mais dans la manière dont elles révèlent les préoccupations de la société et relaient les mutations à l’œuvre afin provoquer un changement de point de vue et d’ouvrir un champ de questionnement sur la possibilité de réinventer le monde. « Notre volonté est que la nouvelle génération sente que c’est à elle de le faire », explique Lou Colombani qui se déplace beaucoup à l’étranger. Avec Yes Godot, le metteur en scène irakien Anas Abdul Samad, dont c’est la première venue en Occident, revisite la pièce de Beckett qu’il transpose à Bagdad d’où émerge la sublimation de la violence vécue dans une ville meurtrie par les guerres. Dans sa langue maternelle, le farsi, le genre n’intervient pas pour définir une personne.

Dans sa performance chorégraphique Farci.e, Sorour Darabi, artiste iranien.ne en transition, interroge cette violence de la langue à laquelle il.elle s’est heurté.e en venant étudier la danse en France, jusque dans son apprentissage du mouvement.

Cuckoo, de Jaha Koo, est un périple à travers les vingt dernières années de l’histoire coréenne, racontées par trois autocuiseurs à riz transformés en robots dotés de la parole. Un regard pertinent sur la Corée du Sud, pays le plus touché par la crise économique asiatique de 1997 et qui détient le taux de suicide chez les jeunes le plus élevé au monde.

Maud Blandel explore quant à elle le phénomène du tarentisme, pratique traditionnelle du Sud de l’Italie originellement païenne, récupérée par la religion catholique et dénaturée par l’industrie touristico-folklorique. Pour la première en France de Lignes de conduite, la chorégraphe suisse interroge la spectacularisation d’un rituel.

Après une précédente création qui eut un grand retentissement lors d’une édition antérieure, Marion Siéfert présente Le grand sommeil. Le projet initial à deux interprètes, une fillette de 11 ans et une danseuse n’ayant pu aboutir, c’est cette dernière, Helena de Laurens, en solo, qui donne corps à un personnage hybride, renvoyant aux deux âges, celui des adultes et de la préadolescence.

Attaché à l’idée de faire « sortir les spectateurs de leurs certitudes d’Occidentaux », le festival programme Amanda Piña et Nina Santes. La première, chilo-mexicaine, se penche avec The jaguar and the Snake sur les mouvements et coutumes qui disparaissent du fait de la colonisation et de la mondialisation, quand la seconde travaille sur la figure de la sorcière dans Hymen Hymne.

À découvrir aussi, l’intrigante installation vidéo de l’artiste suédois Markus Öhrn, Bergman in Uganda, un miroir à double face entre Europe et Afrique.

Et tant d’autres choses encore !

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2019

Festival Parallèle
26 janvier au 3 février
Divers lieux, Marseille
04 91 99 00 27 plateformeparallele.com

Photo : Farci.e, Sorour Darabi © Mehrdad Motejalli