Spectacle partenaireVu par Zibeline

Paradigmes signifiants

 - Zibeline

Après les mémorables fulgurances de 2008, Christian Lacroix retrouve les lieux de ses premiers émois esthétiques, la figure tutélaire de Picasso mise en scène avec panache

Une des caractéristiques du musée Réattu est la recherche permanente de mise en réseau de signification des œuvres. Brisant la linéarité traditionnelle de l’accrochage son conservateur Michèle Moutashar s’ingénie à souffler au visiteur des connexions insoupçonnées, lors de ses visites commentées particulièrement. L’accrochage est conçu comme une médiation particulière avec parfois ses parts de mystère. L’Acte V dévoilé en début d’année sollicitait la part théâtrale des collections du musée à travers les projets de décor de Jacques Réattu, et des œuvres contemporaines, les installations de Jocelyne Alloucherie, Javier Perez, Nancy Wilson-Pajic…

Pour cet Acte V scène 2, l’éclairage se resserre sur la série offerte au musée par Picasso en 1971 auprès de laquelle s’invitent les créations scéniques de Christian Lacroix. Malgré la réduction des budgets (jusqu’où ira-t-on ?) les commissaires du projet ont su tirer leur épingle de ces enjeux délicats : faire s’imbriquer deux figures exceptionnelles dans un bel échange selon un parcours allant crescendo jusqu’à la dernière salle entièrement habitée/habillée par le couturier, devenu costumier depuis la fermeture de son entreprise de mode.

Ce sont Fellini et Almodovar réunis. Il faut au visiteur prendre son temps en profondeur, en observant un à un les portraits réalisés par Picasso vers ses quatre-vingt-dix ans, datés jour après jour, autant de formes d’autoportraits, autant de tentatives d’interroger les tenants de sa propre existence, comment le geste instaurateur expérimenté vient occuper l’espace de ces petits formats, entre dessin et peinture, prend l’apparence de la gravure (autoportrait de Dürer !), là où s’insinuent les bribes des portraits des chevaliers de Malte vus plusieurs décennies en arrière. Il faut fouiller du regard les moindres replis de matière, modes d’assemblage des pièces de tissus, anoraks et couverture de survie assemblés en un sculptural manteau bouffant (on pense au feutre salvateur pour Beuys), dans les lambeaux chamarrés des costumes élaborés pour les Caprices de Marianne chargés de puissance quasi chamanique. Une partie de la complexité du monde est ici, vraisemblablement.

CLAUDE LORIN

Les Picasso d’Arles, invitation à Christian Lacroix

jusqu’au 30 décembre


Musée Réattu
10 rue du Grand Prieuré
13200 Arles
04 90 49 37 58
http://www.museereattu.arles.fr/