Le ZEF, scène nationale de Marseille : une programmation de haute volée

Ouvert aux quatre vents

• 28 septembre 2019⇒28 juin 2020 •
Le ZEF, scène nationale de Marseille : une programmation de haute volée - Zibeline

Le ZEF, scène nationale de Marseille résultant de la fusion du Théâtre du Merlan et de la Gare Franche, lance sa première saison. Enthousiasmante !

Il ne s’agit pas d’une fusion acquisition, d’un mariage forcé, d’une absorption (lire notre article Le Zef vent debout). L’union est consentie, désirée, par les équipes rassemblées, les directions, les tutelles. Et Le Merlan/Gare Franche, que nous appellerons désormais par son nom, propose cette année une cinquantaine d’événements, de tous genres, pour tous, en une explosion d’enthousiasme.

Qui passe d’abord par une collaboration étroite, dans et hors les murs, avec les structures du territoire : la saison commence par Actoral, finit par Oh les Beaux Jours, et accueille entre temps le Festival Parallèle, les Écritures du Réel, les Rencontres à l’Échelle, le Printemps de la danse, Avec le Temps, la Biennale du Cirque… Autant de manifestations originales, créées et soutenues par des acteurs du territoire attentifs aux écritures contemporaines, de quelque discipline qu’elles soient. Il s’agit, comme le déclare Francesca Poloniato, de faire « avec » le public, les salariés, les autres opérateurs culturels.

« Avec » les artistes d’ici

La même attention est portée aux artistes et compagnies qui travaillent sur le territoire régional, souvent aidés à la production : cela commence par Arnaud Saury qui s’enferme dans des Chambres pour converser avec un danseur ou un lanceur de couteaux, et se poursuit avec la création, coproduite, d’Hamlet par Alexis Moati et Pierre Laneyrie. Coproduction également d’une Chambre à soi d’Edith Amsellem (voir ci-dessous) et création de Superstructure, un texte de Sonia Chiambretto dont Hubert Colas met une nouvelle fois en scène l’écriture jaillissante, plongée dans le réel et les années noires algériennes.

Gilles Cailleau sera présent également, revisitant Carmen, sa liberté de femme du peuple, et « déplaçant » l’opéra vers la Gare Franche, avec une belle équipe de chanteurs, l’Ensemble Télémaque et Raoul Lay à la réécriture de Bizet.

Côté danse l’attention aux artistes d’ici n’est pas moindre : un Coup de Grâce, création de Michel Kelemenis sur les attentats du 13 novembre ; une autre d’Emanuel Gat ainsi que Yooo !!!, son spectacle jeune public ; Sébastien Ly, Arthur Perole

Accueillir les autres

Les spectacles venus d’ailleurs sont tout aussi bien accueillis : le troisième volet de la trilogie de Baptiste Amann, Des Territoires, est coproduite, Pippo Delbono dispense sa Gioa si empathique, Emma Dante présente sa Scortecata, conte drolatique palermitain… et côté danse, comme toujours au Merlan, une programmation de choix : Thomas Lebrun, Fattoumi/Lamoureux, Raphaëlle Delaunay, Fatoumata Bagayoko...

Avec, en écho, des séances de cinéma, des ateliers nombreux, des rencontres informelles ou littéraires, des scolaires bien préparées, des plateaux ouverts, une programmation pour tous les jeunes publics particulièrement soignée, des expositions photographiques conçues avec Yohanne Lamoulère, et la venue de Mélissa Laveaux puis de Brigitte Fontaine !

Au ZEF la fête est continue, les usages culturels partagés, les artistes invités à la rencontre… la première saison a le vent en poupe !

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2019

Le ZEF, scène nationale, Marseille
04 91 11 19 20 merlan.org

Photographie : La Scortecata © Festival di Spoleto – Ph. ML Antonelli-AGF


Coup de gueule

Virginia à la bibliothèque

Le spectacle d’Edith Amsellem, qui va tourner dans les bibliothèques de Marseille, Gap, Port-de-Bouc, La Valette-du-Var, est coproduit par le ZEF et par la Criée. Ce n’est pas un hasard : les deux directrices de ces établissements nationaux savent que leur combat pour la parité dans le spectacle vivant est un leurre si les écrivainEs ne sont pas lues par les lycéens.

Un garçon de 15 ans m’a montré, après son premier jour de Lycée, son programme littéraire de l’année. Pas une femme. Et dans le tableau synoptique distribué par sa jeune enseignantE, une seule femme parmi cinquante noms*, dont les insignifiants frères Goncourt, le lourdingue Hérédia, le poussif Péguy, le pâteux Sainte-Beuve.

Edith Amsellem fait le même constat : « Cette année ma fille, en première littéraire, a passé les épreuves anticipées du BAC. Lorsque j’ai découvert la liste des textes que son enseignante lui faisait préparer pour l’examen oral de français, je suis tombée des nues. Sur 38 textes présentés, seulement 4 étaient signés par des femmes. Face à la réalité des chiffres je me demandais : sans transmission aux jeunes générations, comment les femmes vont-elles pouvoir prendre leur place au patrimoine ? »

À ceux qui disent qu’il n’y a pas d’écrivainEs dans notre histoire littéraire, répondons Marguerite de Navarre, Louise Labé, Madame de Sévigné, Sappho, Madame de Lafayette, Olympe de Gouges, George Sand, Colette, Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute… Et envoyons-les écouter cette Chambre à soi, pamphlet de Virginia Woolf qui explique comment les hommes ont empêché les femmes d’écrire, et comment certaines sont devenues, malgré eux, d’immenses écrivaines.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2019

* Pas Césaire ni Senghor ni Glissant ni Kateb Yacine, notre patrimoine littéraire n’est peuplé que d’hommes blancs.

Photographie : Virginia à la bibliothèque © Edith Amsellem