Le festival Chorégies d’Orange fête ses 150 ans, du 19 juin au 6 août

Orange : à 150 ans, un coup de jeune spectaculaire

• 19 juin 2019⇒6 août 2019 •
Le festival Chorégies d’Orange fête ses 150 ans, du 19 juin au 6 août - Zibeline

Après avoir été menacé, le vénérable festival fête cette année ses 150 ans avec des affiches de prestige et une ambition artistique renouvelée.

L’édition des 150 ans du plus vieux festival de France a bien failli ne jamais avoir lieu. L’année dernière, les Chorégies d’Orange, qui avaient accumulé un déficit supérieur au million d’euros, étaient menacées de disparition. Elles n’ont été sauvées que par leur récupération in extremis par une SPL (Société Publique Locale) qui a remplacé l’association loi 1901 en charge du festival. Une SPL présidée par Renaud Muselier, et où siège le maire d’extrême-droite d’Orange Jacques Bompard.

Depuis l’arrivée de ce dernier en 1995, la part de la contribution de la Ville n’avait pas été revalorisée. Certes, le festival s’autofinance à 85%, mais les faibles subventions pour un événement de cette ampleur, les aléas divers (on pense à l’annulation du récital Alagna en 2013) et des difficultés de remplissage ont creusé un large déficit. Jean-Louis Grinda, nouveau directeur du festival et également à la tête de l’Opéra de Monte-Carlo, avait constaté à son arrivée que le choix consensuel des mêmes grands classiques années après années avait lassé les spectateurs. Comme quoi l’ambition artistique ne va pas forcément à l’encontre des considérations économiques…

En conséquence, la programmation 2019 a su réaliser un excellent compromis entre classicisme et innovation. Si les deux dates du rare Mefistofele de Boito avaient peiné à remplir le Théâtre Antique en 2018, cela ne devrait pas être le cas cette année avec l’unique représentation d’une autre rareté, jamais jouée à Orange mais à l’aura toute autre : Guillaume Tell (12 juillet), le dernier opéra de Rossini en français. Une ambiance monégasque règnera sur la soirée, avec Jean-Louis Grinda lui-même à la mise en scène, l’Orchestre de Monte-Carlo et des solistes accomplis désormais bien connus des spectateurs de la région (l’excellent Nicola Alaimo dans le rôle-titre, Jodie Devos, Nicolas Courjal, et Annick Massis).

Autre équilibre entre tradition et nouveauté avec les deux dates du Don Giovanni (2 & 6 août) de Mozart, étrangement absent d’Orange depuis 1996. Le casting vocal impressionne une nouvelle fois avec des références internationales dans tous les rôles clés, avec notamment Erwin Schrott dans le rôle-titre, Nadine Sierra et Karine Deshayes dans celui de ses conquêtes, et Adrian Sâmpetrean en Leporello.

En plus de la traditionnelle soirée Musiques en Fête et du Concert des Révélations de l’Adami, la programmation comprendra deux soirées de prestige : la Nuit Espagnole du grand Placido Domingo le 6 juillet, et le récital de la superstar lyrique Anna Netrebko le 20 juillet, accompagnée par son très talentueux époux, le ténor Yusif Eyvazov.

Ces Chorégies n’ont pas sacrifié les belles initiatives des dernières éditions. La danse s’invitera de nouveau avec Roméo et Juliette de Prokofiev par Jean-Christophe Maillot (17 juillet), directeur des Ballets de Monte-Carlo. Le concert Pop the Opera, qui rassemble collégiens et lycéens de la région autour de chœurs d’opéra et de musique pop connaîtra le 22 juin sa troisième édition. Un ciné-concert consacré à Faust sera donné par le pianiste Jean-François Zygel. Quatre récitals seront par ailleurs donnés Cour St Louis.

Surtout, le vénérable festival s’ouvrira aux musiques de demain avec Light From the Outside World, dialogue entre les musiques classique et électronique interprété par son auteur, le DJ américain Jeff Mills et l’Orchestre Régional Avignon-Provence. De belles promesses pour l’avenir !

Coup de coeur
La « Symphonie des Mille » de Mahler – coup de cœur

Mahler aimait dire de sa Huitième Symphonie qu’elle était sa « Messe ». Cette œuvre majeure et monumentale possède une structure singulière : d’abord un hymne latin rappelant un motet contrapuntique, puis une composition d’une heure basée sur la scène finale du Faust de Goethe. L’orchestration de la partition, l’une des plus opulentes de la musique symphonique, l’effectif de trois chœurs et de huit solistes ont immortalisé le surnom de « Symphonie des Mille » : 1 029 musiciens étaient en effet présents lors de la première à Munich en 1910.

Pour restituer cette œuvre hors du commun (mais très accessible), l’Orchestre National de France et l’Orchestre Philarmonique de Radio France seront exceptionnellement associés le 29 juillet, sous la direction du chef finlandais Jukka-Pekka Saraste. Le prestigieux Chœur philarmonique de Munich se joindra au Chœur et à la talentueuse Maîtrise de Radio France. Le plateau de solistes promet l’excellence, avec notamment les talentueuses sopranos wagnériennes Meagan Miller et Ricarda Merbeth. Le prix des billets pour cette Huitième Symphonie étant deux fois inférieur à celui des opéras, il serait dommage de s’en priver !

PAUL CANESSA
Juin 2019

Chorégies d’Orange
19 juin au 6 août
divers lieux, Orange
04 90 34 24 24 choregies.fr

Photo : Don Giovanni © 2015 – Alain Hanel