Rencontre avec Patricia Petibon, de retour sur scène à Apt

« On ne peut pas vivre en apnée ! »Vu par Zibeline

• 11 juillet 2021⇒13 juillet 2021 •
Rencontre avec Patricia Petibon, de retour sur scène à Apt - Zibeline

Zibeline : Le concert que vous allez donner le 13 juillet est doté d’un programme tout à fait particulier.

Patricia Petibon : En effet ! Il a fait l’objet d’un enregistrement il y a huit ans, intitulé Nouveau Monde avec l’ensemble de musique ancienne La Cetra, dirigé par Andrea Marcon. Ensemble qui sera présent à Apt, sans son chef, mais qui peut compter sur Éva Borhi en premier violon : c’est une violoniste extraordinaire ! Il faut dire que cet ensemble ne ressemble à aucun autre : il est bouillonnant, cosmopolite -on y retrouve des espagnols, des français, des suisses…

Le cosmopolitisme et le métissage sont d’ailleurs les thèmes fondateurs de ces « Métamorphoses Baroques », qui explorent des territoires inédits…

La grande thématique de ce Nouveau Monde était celle de la traversée : nous voulions aller de l’Europe à l’Amérique, et y toucher terre comme Christophe Colomb. Les musiques populaires de l’Amérique du Sud y tiennent une place primordiale. Nous voulions les confronter à la musique dite savante, et montrer quels liens ces traditions pourtant opposées pouvaient entretenir. La quête de la transcendance, de la beauté, passe autant par le goût d’une musique populaire, intuitive, ou de l’improvisation que par la musique écrite. La joie, contagieuse, de la musique, n’est pas antinomique avec la profondeur et le sérieux. L’idée de l’exotisme, au sens noble du terme, me fascine. Cela passe évidemment par le choix d’instruments un peu particuliers tels que la cornemuse, des percussions ou des flûtes peu usitées… Mais aussi par des choix scéniques que vous aurez l’occasion de découvrir !

Est-ce ce goût de l’exotisme qui vous a poussée à des choix de carrière hors du champ du « pur » lyrique, ou de la nature même de votre voix ?

J’ai en effet toujours cultivé une forme de métissage artistique. Mais il est vrai que je suis allée parfois hors du contexte de l’opéra ou du récital, ma voix pouvant se plier au registre du jazz ou de la pop. On apprend son métier avec l’opéra : c’est, physiquement, l’exercice le plus difficile. Je me destinais au départ exclusivement à ce domaine-là, mais la musique baroque, qui constitue une part importante de mon identité, s’est révélée à moi après ma rencontre avec William Christie et Nikolaus Harnoncourt. Ce sont des musiciens qui m’ont confortée dans le sens de la liberté, tout en me familiarisant avec l’Abécédaire de cette musique. Ma voix s’est développée de façon plus « cool » qu’avec du Verdi par exemple, j’ai pu la ménager. Mon parcours est inhabituel en France : à l’époque -lointaine ! (rires)- où j’étais étudiante, il n’y avait pas de cours de chant sur la musique actuelle, contrairement aux États-Unis par exemple. Plein de chanteurs lyriques vont par exemple chanter à Broadway. La formation sur le jazz vocal y est aussi plus complète : cela se travaille, beaucoup !

On vous retrouvera d’ailleurs dans du Bernstein la saison prochaine.

En février prochain à Bastille oui ! Dans A quiet place, mis en scène par Krzysztof Warlikowski. C’est un metteur en scène passionnant avec lequel j’ai eu le bonheur de travailler sur plusieurs projets ! Je reviendrai également au Théâtre des Champs-Elysées sous la direction d’Éric Ruf pour la reprise de son magnifique Pelléas et Mélisande. Un nouvel opus se prépare également avec Andrea Marcon et la Cetra. J’aurai aussi l’honneur de mettre en place avec Héloïse Gaillard une académie ! Ce désir de transmission me titillait depuis longtemps, et je suis très heureuse de pouvoir enfin lui donner forme ! On ne peut pas vivre hors de ça, hors de la transmission du partage, en apnée … Il faut revenir à la vie !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Juillet 2021

Concert donné le 13 juillet dans le cadre des Musicales du Luberon
04 90 72 68 53 musicalesluberon.fr

Photo © Bernard Martinez