26ème édition du Festival Nuits Métis au plan d’eau Saint-Suspi à Miramas

Nuits Métis, apôtre de la diversité

• 28 juin 2019⇒29 juin 2019 •
26ème édition du Festival Nuits Métis au plan d’eau Saint-Suspi à Miramas - Zibeline

À Miramas, la 26e édition du festival des musiques actuelles du monde poursuit son engagement culturel et citoyen, du local au global

En décembre 2018, la Coalition française pour la diversité culturelle attribuait son prix éponyme au Festival Nuits Métis. Ce regroupement national d’organisations professionnelles de la culture (cinéma, télévision, spectacle vivant, édition, musique, arts graphiques et plastiques et multimédia) récompense chaque année une association ou une initiative qui a pour vocation de favoriser l’accès à la culture et de mettre en valeur la diversité culturelle, sous toutes ses formes. Cette Coalition est la nouvelle appellation du Comité de vigilance pour la diversité culturelle créée en 1997 au moment de la bataille contre l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI), négocié à l’OCDE. Tout un symbole. D’autant plus que le festival ancré à Miramas est le premier à recevoir cette distinction dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Ce prix signe la reconnaissance à un niveau national de l’inlassable travail depuis plus de 25 ans de l’association Nuits Métis en faveur de l’accès à la culture pour tous et d’une certaine vision du vivre ensemble », réagissait son président Mehdi Haddjeri. Une ambition que l’on retrouve dans cette 26e édition avec deux impondérables : la gratuité et l’éco-responsabilité. Au-delà de promouvoir l’image d’un festival soucieux de limiter son impact négatif sur l’environnement, cette démarche vise surtout à sensibiliser public, équipes et artistes à la question des déchets, de l’énergie et des carburants, de l’eau et d’une consommation favorisant les produits et producteurs locaux et bio. Tout au long de l’année, l’association porteuse de l’événement mène des actions et médiations culturelles. La Batucada de la famille Géant en est l’une des concrétisations avec un spectacle de déambulations associant marionnettes monumentales, habitants des quartiers populaires, musiciens professionnels et amateurs.

Côté musique, le plan d’eau Saint-Suspi va accueillir, cette année encore, dans son écrin verdoyant, une programmation à la fois régionale, nationale et internationale, alliant scène émergente et talents confirmés et qui consacre une belle place aux artistes féminines. Parmi elles, Neshume, duo régional qui, avec son projet Les Oreilles d’Aman, revisite les musiques klezmers. À la clarinette et à l’accordéon, Léa Platini et Mathilde Dupuch s’approprient le répertoire traditionnel juif ashkénaze qu’elles enrichissent d’airs immémoriaux d’Europe de l’Est et de l’Orient. Les Bordelais de Jive Me ont déjà séduit l’Angleterre, le Canada, l’Allemagne et les États-Unis avec leur électro swing boosté par des touches hip hop et groovy. Un cocktail vintage euphorisant, adouci par la voix de Tara Guéraçague. Tout aussi envoûtante, la chanteuse haïtienne Moonlight Benjamin habite la scène telle une prêtresse de vaudou caribéen aux incantations électrisées aux rifs saturés d’un blues rock à la coloration seventies. L’esprit de la transe sera également au rendez-vous avec Gabacho Maroc. Enjambant la Méditerranée autant que les esthétiques musicales, le groupe franco-maghrébin connecte les rythmes gnawa à ceux du reggae, de l’afro-beat, du rap et d’Afrique de l’Ouest. Une alchimie cosmopolite pour un dialogue instrumental entre gumbri, oud ou n’goni aux accents world-jazz. Cap sur l’Orient avec Markus & Shahzad Santoo Khan, formation née d’une improbable rencontre sur les réseaux sociaux. Quand un virtuose français du oud croise le fer avec un éminent chanteur pakistanais de qawali sur un tapis volant de musiques électroniques, les chants sacrés sûfis conjuguent dub et maqam.

Un festival populaire et intergénérationnel brassant les grands courants musicaux planétaires ne peut ignorer deux tendances lourdes particulièrement appréciées du public : le reggae et le rock festif latino. Mais dans un genre comme dans l’autre, l’abondance n’est pas synonyme d’originalité. Pour ne pas se tromper, Nuits Métis a pioché parmi les plus incontestés : les Californiens de Groundation pour l’esprit roots jamaïcain et Che Sudaka, dans la famille des bombes de scène hispanophones. Les premiers se sont taillé une place à part dans le paysage international, adoubé par le gotha du genre et respecté pour leurs fusions inspirées. Les seconds font feu de tout bois : cumbia, ska, ragga, quarteto, dub… Rien ne résiste à ce collectif, mené par deux argentins arrivés sans papiers à Barcelone dans les années 2000, dans la lignée d’un Manu Chao et son Radio Bemba.

Sofiane Saidi & Mazalda

Il est celui que les musiciens et proches de Rachid Taha ont choisi pour leur concert hommage, en novembre dernier, dans une salle archi-comble de la banlieue parisienne. Car la voix abrasive et magnétique de Sofiane Saidi vient rappeler que le raï est définitivement une musique du futur. Ses chansons imbibées de blues algérien et de groove vaporeux apprivoisent sans mal les atmosphères psyché-rock orientales de Mazalda, cette armada lyonnaise de synthés analogiques et guitares hypnotiques, bercée par les traditions populaires du monde entier. Si l’ensemble évoque les grandes heures du raï des années 80, les envolées vocales du parisien originaire de Sidi-Bel-Abbès lui confèrent une dimension cosmique, libérant un puissant chant d’exil qui semble dès lors replacer les rythmes trépidants du mbalax sénégalais, mêlés aux derboukas ou autres flûtes de roseau au cœur de la piste de danse.

LUDOVIC TOMAS
Juin 2019

Festival Nuits Métis
28 & 29 juin
Plan d’eau Saint-Suspi, Miramas
04 90 58 98 09 nuitsmetis.org

Au programme

28 juin
Groundation, Gabacho Maroc, Markus & Shahzad Santoo Khan, Moonlight Benjamin, Neshume/Les oreilles d’Aman
29 juin
Che Sudaka, Sofiane Saidi & Mazalda, Jive me, Canapacoustik, Bénédikt

Photo : Sofiane Saidi & Mazalda © Aurore Vinot