Les Suds, du 11 au 17 juillet, en Arles

Nuits et jours, des Suds debout

• 11 juillet 2016⇒17 juillet 2016 •
Les Suds, du 11 au 17 juillet, en  Arles - Zibeline

Les Suds à Arles ont toujours fait de la politique. Au sens noble, premier du terme, et finalement le seul qui vaille : penser et construire l’organisation collective de la cité des humains. Quels rapports avec les musiques du monde ? C’est Marie-José Justamond, directrice du festival, elle-même, qui l’explique : « Faire humanité ensemble, c’est développer un humanisme concret, en rassemblant des hommes et des femmes de bonne volonté autour d’un rituel artistique et des moments symboliques qui invitent à la Beauté, en incitant à renouer avec toutes nos émotions, qui ici font sens, parce qu’elles ouvrent à l’Autre. »

En termes de programmation, qu’est-ce que cela signifie ?

Ce sont, par exemple, deux artistes, l’une de culture arabo-maghrébine, l’autre latino-américaine qui disent leur amour de la chanson française. Yuri Buenaventura, qui a popularisé la salsa colombienne dans les années 90 en France, a été l’un des premiers artistes invités aux Suds, en 1998. Passé à la postérité par sa reprise risquée de Ne me quitte pas, il rend un nouvel hommage au patrimoine musical tricolore. Quant à la Tunisienne Dorsaf Hamdani, elle imagine un dialogue chanté entre les répertoires de Barbara et de l’icône orientale Fairouz.

« Faire humanité ensemble », c’est aussi rendre justice à des populations stigmatisées en rappelant leur apport dans la continuité tant historique que culturelle comme c’est le cas des communautés cousines gitanes et tsiganes. Le cante jondo et punk-rock des Balkans se succèderont donc sur la scène romaine du théâtre antique avec Tomasa « La Macanita » puis Emir Kusturica and The No Smoking Orchestra. Dans la cour de l’archevêché, nous découvrirons Aynur, à la voix lumineuse, qui incarne le renouveau de la musique kurde.

« Faire humanité », n’est-ce pas après tout prendre conscience de la beauté, de la virtuosité et les mettre en partage ? Dans cette optique, plusieurs rendez-vous dont un majeur avec Anouar Brahem, oudiste, tunisien lui aussi, qui, en configuration quartet, nourrit son jazz de l’héritage classique du monde arabe. Que seraient les musiques du monde sans croisements esthétiques provoqués ou inattendus ? C’est le cas du duo Vincent Segall-Ballaké Sissoko, violoncelle-kora, accueilli une première fois pour un Moment précieux en 2010.

Membre du cercle restreint des artistes fétiches du festival, Danyèl Waro, figure incontestée du maloya, (re)revient à Arles où chacun de ses passages est une communion cathartique.

Nouveauté de cette 21e édition, la bien nommée nuit Transelectro, au pied du chantier de la tour imaginée par l’architecte Frank Gehry, dans le parc des anciens ateliers SNCF. Trois concerts pour voyager du Liban en Argentine, en passant par l’Egypte avec La Yegros, Egyptian Project et Bachar Mar-Khalifé.

Les Suds à Arles, ce sont aussi des artistes émergents. Parmi eux, Yelli Yelli et Si Moh, deux jeunes musiciens d’origine kabyle, deux voix touchantes et deux démarches personnelles autour de leur héritage culturel.

THOMAS DALICANTE
Juin 2016

Les Suds
du 11 au 17 juillet
Arles
04 90 96 06 27
www.suds-arles.com

Photo : La Yegros -c- Juan Maglione Lautaro Isern