Rencontre avec Dominique Bluzet, directeur des Théâtres et directeur exécutif du Festival de Pâques

« Nous sommes les militants du partage de la Musique, du partage de l’excellence »

Rencontre avec Dominique Bluzet, directeur des Théâtres et directeur exécutif du Festival de Pâques - Zibeline

Le Festival de Pâques fête cette année sa 8e édition. Fidèle à sa formule gagnante, il ne s’en aventure pas moins sur d’autres fronts. Entretien avec Dominique Bluzet, son directeur exécutif

Zibeline : Comme chaque année, une Passion de Bach sera donnée pour le vendredi saint. Pour cette édition, ce sont Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre qui s’y attellent.

Dominique Bluzet : Oui, bien sûr ! Nous jouons toujours la Passion selon Saint Jean et la Passion selon Saint Matthieu en alternance. J’ai créé ce festival pour pouvoir y jouer une Passion par an ! Cela me tenait particulièrement à cœur. La question de la relation au sacré, qu’on y croie ou non, occupe de toute évidence une place importante. On a pour habitude de dire qu’un musicien ou qu’un ensemble s’approprient une œuvre. Je pense que c’est le contraire. On ne peut pas jouer une Passion comme on peut accompagner mollement, parfois, un opéra en fosse. On ne peut qu’être transcendé par la musique, par son propos, on ne peut que contempler sa propre fin. Je demeure convaincu que ce questionnement métaphysique, de même que cette musique transcendante, demeurent universels.

Beethoven occupera également une grande partie de la programmation.

Oui, que voulez-vous, en France, on adore fêter les naissances, les morts. C’est un peu sinistre, vous ne trouvez pas ? Je n’ai pas ce culte-là de l’anniversaire. On peut s’intéresser à Beethoven tous les jours de sa vie ! Mais beaucoup de musiciens ont eu envie de profiter de cette occasion pour porter un regard particulier sur ce compositeur. Cela avait l’air de compter pour eux.

Vous vous risquez également à un exercice inédit pour le festival : le ciné-concert !

L’idée nous est venue en évoquant la question du jeune public, qui m’interroge beaucoup. C’est certes un peu un cliché, mais cela se vérifie malheureusement souvent : le spectateur de musique classique est blanc, âgé, CSP++… Or, je pense que ce que cette musique a de formidable, c’est qu’elle peut toucher tout le monde. On se fait une image de la musique classique qui est très élitaire alors que c’est quelque chose de fondamentalement populaire. Lorsque vous écoutez Mozart, lorsque vous fermez les yeux, ça vous touche. Il n’y a pas besoin d’être un intellectuel pour aimer la musique classique ! Les concerts dits pour enfants ne sont pas forcément le meilleur vecteur pour la partager. Mais autour d’un film de Charlie Chaplin… Disons que ça a de la gueule ! Ce sont des choses dont on se souvient. Ce que nous voulons, c’est créer des souvenirs inoubliables pour faire revenir ce public. Et puis, avant tout, je suis un grand fan de Charlie Chaplin !

Vous avez également organisé un certain nombre de Masterclasses …

Oui, plusieurs masterclasses effectivement. La transmission fait évidemment partie de nos priorités. D’où une entreprise nouvelle pour nous cette saison : la délocalisation d’un certain nombre de concerts, gratuits, à l’échelle de la région. Nous nous rendrons dans des endroits plus retranchés, même atypiques, à La Valette-du-Var à Toulon et à Aix : une cour d’école, un EHPAD, le Théâtre National de Nice, une église -la Cathédrale d’Embrun. Nous voulions offrir des concerts, qui seront donc gratuits, mais dont nous pouvions choisir les publics. Car l’idée n’est évidemment pas de proposer des aubaines, mais de travailler avec les associations. Le public que l’on choisit, c’est celui qui n’a jamais accès à la musique. Nous sommes les militants du partage de la musique, du partage de l’excellence. L’idée c’est d’enfin en faire un rapport d’égalité. Ce partage est normal : cette musique appartient à tout le monde, autant à nous qu’à ceux qui en sont privés. Dans la République de la culture, on est égaux en droits ! On a recherché des mécènes pour nous aider dans cette démarche. La région s’y est également beaucoup impliquée.

Vous retrouvez pour la plupart de ces concerts plusieurs collaborateurs de longue date.

Suivant les années, on suit certaines personnes, mais on essaie de ne pas avoir de collaborateurs attitrés –Renaud Capuçon est notre directeur artistique, mais à part lui… Philippe Jaroussky, Jérémie Rhorer deviennent des habitués. Martha Argerich a cette complicité importante avec Renaud, de même qu’Anne-Sophie Mutter. Ce sont de grandes signatures. Nous voulions également cette année mettre l’accent sur le violoncelle, avec six des plus grands violoncellistes français, tous présents sur deux programmes : les Suites pour violoncelle de Bach et les Sonates pour violoncelle de Beethoven. Et ce dans deux cadres : une église et au Théâtre du Jeu de Paume. L’idée, c’était de rendre hommage à une génération de violoncellistes, mais aussi à cet instrument qui n’est pas l’instrument royal du soliste. Et pourtant, le violoncelle est un instrument d’une grande noblesse, c’était l’instrument-roi au XVIIIe siècle ! Voilà donc notre nouveau principal collaborateur : le violoncelle ! J’en ris, mais on parle souvent des compositeurs, des musiciens, et plus rarement de l’instrument, quand on évoque les répertoires. Ils ont pourtant une identité forte… Et cela compte aussi, pour comprendre la musique et son écriture. De même que l’approche des formations telles que le Philharmonix ou le Sirba Octet, qui vont vers une légèreté, vers une prise de distance vis-à-vis de la musique. Cette philosophie m’intéresse beaucoup !

Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA
Mars 2020

Quelques dates au programme
-4 avril, 20h30, Concerto pour violon de Tchaïkovski, Renaud Capuçon, Orchestre de la MonnaieGTP, Aix
-5 avril, 19h, récital Philippe Jaroussky avec l’Ensemble ArtaserseGTP, Aix
-7 avril, 20h30, Salve Regina, Stabat Mater de Haydn, Kammerorchester de Bâle, Grand chœur de ZurichGTP, Aix
-8 avril, 14h30, Concert gratuit Le Maestro c’est vous, Symphonie n°5 de Beethoven, Le Cercle de l’HarmonieCours Mirabeau, Aix
-8 avril, 20h30, Missa Solemnis de Beethoven, Le Cercle de l’Harmonie, dir. Jérémie RhorerGTP, Aix
-9 avril, 20h30, Prélude à l’après-midi d’un faune, Concerto n°4 de Rachmaninov, Orchestre du Mariinsky, dir. Valery GergievGTP, Aix
-10 avril, 20h30, Passion selon Saint Jean, Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowsk GTP, Aix
-11 avril, 20h30, Concert romantique (Schumann, Franck, Beethoven), Renaud Capuçon, Martha ArgerichGTP, Aix
-12 avril, 16h, Grand concert gratuit pour les Aixois (sur réservation), Thomas Leleu, Lucienne Renaudin Vary, dir. Jean-Philippe DambrevilleCathédrale St Sauveur, Aix
-13 avril, 19h, Symphonie n°9 de Mahler, London Philarmonic Orchestra, dir. Vladimir JurowskiGTP, Aix
-14 avril, 18h, Ciné-concert The Kid, Orchestre régional Avignon-Provence, dir. Philippe BéranGTP, Aix
-15 avril, 20h30, Concert Monteverdi, sacré et profane English Baroque Solistes, dir. John Eliot GardinerGTP, Aix
-16 avril, 20h30, Programme Stravinski : Le Sacre du Printemps, L’Oiseau de Feu, Concerto pour violon en ré majeur, Isabelle Faust, Ensemble Les Siècles, dir. François-Xavier RothGTP, Aix
-17 avril, 20h30, Suites pour violoncelle seul de Bach, Emmanuelle Bertrand, Marc Coppey, Ophélie Gaillard, Anne Gastinel, Jérôme Pernoo, Xavier PhillipsÉglise du Saint-Esprit, Aix
-18 avril, 20h30, Concert lyrique de Juan Diego Florez et Lisette Oropesa, Orchestre de l’Opéra de Lyon, dir. Christopher FranklinGTP, Aix

Photo Dominique Bluzet © Caroline Doutre

 

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Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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