Le quartier de Noailles met un pied dans la porte du Musée d'Histoire de Marseille

Noailles for ever

• 13 septembre 2019⇒21 septembre 2019 •
Le quartier de Noailles met un pied dans la porte du Musée d'Histoire de Marseille - Zibeline

L’histoire populaire du quartier de Noailles s’écrit à vif, et entend bien entrer au Musée d’histoire de Marseille.

Lors des États généraux de Marseille, en juin dernier, s’est tenu un atelier* sur un thème souvent considéré comme mineur, face aux urgences sociales, environnementales ou sanitaires auxquelles font face les marseillais : l’embellissement de leur ville. « Or, embellir n’est pas seulement une question esthétique ni un intérêt superficiel réservé aux « bobos » gentrificateurs« , ont conclu les participants. Tout le monde aspire à une vie belle et bonne, et à une ville qui la rende possible. « Qui décide de ce qui est beau, de ce qui a de la valeur ou non ? Que peut-on entreprendre pour redonner du sens et de la beauté de nos existences, à l’endroit où l’on vit ? » se sont-ils demandé. Le noyau dur du premier atelier s’est élargi à d’autres personnes au fil de réunions ultérieures. Tous ont poursuivi leur travail de réflexion et amené des propositions concrètes, concernant principalement le quartier de Noailles, durement touché par les meurtriers effondrements d’immeubles en novembre dernier. Avec pour base commune le refus des projets d’artificialisation du territoire, aménagements touristiques, hôtels et boutiques de luxe, galeries commerciales, requalifications minérales et autres décisions prises par les pouvoirs publics sans l’avis de la population. Et l’envie de prendre le destin de leur quartier en mains.

L’une des pistes consiste à « inscrire les effondrements du 5 novembre et le drame de l’habitat insalubre dans l’Histoire de la ville de Marseille via son musée d’Histoire ». Laura Spica, habitante de Noailles et l’une des participantes du premier jour, précise que « L’écriture de l’Histoire – souvent le fait des puissants de ce monde – est un enjeu politique et social majeur, pas seulement pour ce que l’on retiendra du passé dans l’avenir mais également pour déterminer ce que l’on valorise au présent. À nous de déterminer ce qui nous semble important de valoriser (et donc de protéger, de défendre) dès à présent dans nos modes d’habiter, d’exister, de lutter, de s’organiser. »

Deux autres membres du groupe, Christine Breton et Marie Batoux, ont rencontré le directeur du musée d’Histoire de Marseille, qui a « accepté d’accueillir un objet de mémoire par quartier – Noailles et Belsunce pour un début », lesquels devraient être accueillis dans le cadre d’une collection temporaire. Pour elles, effectuer cette action le 21 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, « même de façon temporaire, c’est le moyen de mettre le pied dans la porte et de se laisser le temps de négocier par la suite une acquisition définitive ». Leur objectif est donc, à travers un processus d’élaboration populaire de cette collection, de rassembler le soutien le plus large à cette démarche historique.

« En deux mots, il s’agit d’organiser à Belsunce et à Noailles des « musées de la rue » pour présenter nos débuts de collection, choisir ensemble un objet temporaire par quartier pour aller en cortège les déposer au Musée d’Histoire. » Le rendez-vous est évident pour Noailles : il se fera rue du Musée. Des tables d’exposition seront installées dans la matinée du samedi 21 septembre, afin de présenter la collection et la compléter. Les habitants, voisins, visiteurs de l’exposition, sont invités à élire l’objet temporaire de leur choix à la fin de leur visite. Des crieurs de rue seront chargés de raconter aux passants l’origine des noms de rue du quartier, « pour amorcer une réflexion critique autour des choix toponymiques et pouvoir décider – dès novembre ? – quelles voies débaptiser, quelles autres rebaptiser, au moins symboliquement ».
Il ne restera plus aux nombreux participants attendus qu’à se rendre, vers 16 heures, au Musée d’histoire pour délivrer les objets retenus. Précision qui a son importance : « Il ne s’agit pas seulement d’objets matériels et factuels mais aussi oniriques, sonores ou poétiques. Les objets sont un prétexte : c’est le récit qui nous intéresse. Ce récit dit ce qui est et a été important, marquant ou décisif pour nous cette année en particulier, ou encore ces anecdotes qui n’ont l’air de rien mais qui en disent plus long que les discours, ces rêves endormis ou éveillés qui parlent de nos traumatismes conscients ou inconscients, ces liens qui nous unissent à l’effondrement, à la mobilisation, à nos voisins, à notre quartier, à la beauté ou la tristesse de nos expériences solo ou partagées, à ce qui a changé dans nos façons de vivre, d’habiter. »

Pour ceux qui souhaitent participer à la collecte d’ici le 21 septembre, une adresse e-mail a été créée: noailles.ruedumusee@gmail.com

GAËLLE CLOAREC
Septembre 2019

Lire notre entretien croisé avec Thomas Posetti et Soraya Guendouz sur les États généraux de Marseille, ainsi que notre retour sur le Forum écologie qui s’est tenu à cette occasion.

* Auquel la signataire de l’article a participé avec Selma Laghmara, alors en stage de journalisme au sein de la rédaction de Zibeline.

Photo : -c- Atelier Investir son quartier – embellir

Musée d’histoire de Marseille
2, rue Henri-Barbusse
13001 Marseille
04 91 55 36 00
www.marseille.fr