La saison culturelle 2019-2020 du Théâtre National de Nice

Nice, théâtre national et public

La saison culturelle 2019-2020 du Théâtre National de Nice - Zibeline

Après des mois de négociations pour la nomination de sa directrice, le Théâtre National de Nice propose une saison enthousiasmante.

La nomination d’Irina Brook, qui avait pris en 2014 la suite de Daniel Benoin, avait été douloureuse et disputée. Sa succession l’a été plus encore, mais Muriel Mayette est finalement  directrice du Centre Dramatique National de Nice, préférée à Frédéric Bélier-Garcia (CDN d’Anger) et Jean Boillot (CDN de Thionville), ainsi qu’à Zabou Breitman et à Michel Boujenah.

Son atout face à ces célébrités ? Son expérience des missions d’un établissement public. Elle a en effet dirigé la Comédie Française, seule femme à ce jour à avoir occupé cette fonction d’Administratrice générale, puis la Villa Médicis. Nommée le 9 août à la direction du TNN (prise de fonction en janvier 2020), elle n’a pas préparé la saison, pas plus qu’Irina Brook qui en a laissé le soin à Thierry Tordjman, directeur par intérim, et Ella Perrier, secrétaire générale.

Et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont bien fait le travail ! Muriel Mayette se dit « en accord total avec cette programmation » qu’elle a « découvert avec bonheur ». Elle explique qu’elle comprend « l’histoire de ce lieu » qui « est reparti avec une énergie extraordinaire ».

Car le TNN avait du mal à affirmer sa place dans cette ville, traditionnellement plus friande de culture muséale et d’événementiel que de théâtre. Les années Irina Brook ont (enfin) inscrit la maison nationale dans les missions d’un Centre Dramatique National en termes de productions, coproductions, soutien aux compagnies régionales, travail en direction des jeunes et des scolaires… Mais le « taux de remplissage » des salles était en-dessous de 70% : elles ont éloigné le public habituel du lieu, attiré par le théâtre Anthéa d’Antibes, très bien financé, où Daniel Benoin poursuit sa carrière et invite beaucoup de têtes d’affiche.

Il était donc crucial pour CDN de Nice de réussir sa saison, lancée tardivement, et de retrouver sa place de tête de pont, tout en conservant ses missions de service public.

Une saison pour tous

Ella Perrier, qui connait bien le public niçois, sait qu’il a besoin de « quelques repères », mais aussi « d’audace, de surprises et de diversité » qui soient « des ponctuations de la saison » plutôt que « des cycles rapprochés ». Il s’agissait donc de construire des parcours possibles, divers, certains rassurants et d’autres moins, fondés sur un abonnement de 4 spectacles minimum.

Il y aura  un « classique » par mois, entendez un texte de répertoire dramatique ou littéraire : Georges Dandin mis en scène par Jean-Pierre Vincent, le Voyage en Italie de Montaigne dramatisé par Michel Didym, Proust par Charles Tordjman, Candide par Arnaud Meunier, Rabelais par Félicien Chauveau, Le Jeu de l’amour et du hasard par Benoît Lambert… Et Je suis invisible ! d’après Le songe d’une nuit d’été, par Dan Jemmet : un seul Shakespeare cette année !

Créations

Plus de femmes du côté de la création, produite ou coproduite par le TNN : Linda Blanchet, jeune artiste soutenue également par le ZEF (Merlan) à Marseille, créera Killing robots, entre fiction et documentaire, sur les rapport de l’homme aux robots ; Sonia Belskaya met en jeu son propre texte, J’ai rêvé d’un cafard, plongée dans une enfance soviétique ; Marie Rémond reprend André, petit bijou d’humour décalé sur André Agassi ; et Samuel Charieras crée Le 20 novembre, de Lars Norén, violent monologue d’un terroriste, monstrueux d’humanité (ou l’inverse ?).

Il y aura aussi des têtes d’affiche : tout d’abord avec trois de nos stars régionales, tous trois dans leurs dernières créations particulièrement réussies : Gravité d’Angelin Preljocaj, Lewis versus Alice de Macha Makeïeff, L’Amour Vainqueur, délicieuse opérette d’Olivier Py (voir notre compte-rendu ici). Puis avec Mohamed el Khatib qui met en scène Bourdieu avec Nathalie Baye et Julie Depardieu, avec Zabou Breitman qui reprend LOGIQUIMPERTURBABLEDUFOU, Jean-François Zygel qui a 4 fois carte blanche musicale et poétique, Bartabas à Toulon, le théâtre Semianyki dans LoDka, Victoria Thierrée Chaplin qui met en magie sa fille…

Car les genres « non dramatiques » seront davantage présents au CDN : tout d’abord la danse contemporaine, qui souffre d’un déficit de diffusion dans le département : Angelin Preljocaj, mais aussi Josette Baïz avec La Finale, qui mêle tous les styles de hip hop, de pop et de krump, la reprise de Press, de Pierre Rigal, solo stupéfiant qui joue avec les murs… et les Ballets de Monte Carlo qui célèbrent Nijinsky.

Une place nouvelle est faite à la musique, avec Jean François Zygel mais aussi avec le Nice jazz Festival qui invite Asta, Sarah Lenka, Lucky Peterson puis Kyle Eastwood ! Et l’attention aux enfants et aux spectacles tout public est renouvelée, avec en particulier Le Rossignol et l’empereur mis en marionnettes par Yeung Faï et Polis comme les galets, un spectacle visuel sur le harcèlement scolaire de Thierry Vincent (Cie B.A.L.)…

À ne pas rater ? Portait de Ludmilla en Nina Simone, mis en scène par David Lescot, musical, engagé, superbe ; La fin de l’homme rouge, de Svetlana Alexievitch, mis en scène sans manichéisme par Emmanuel Meirieu, porté par 7 acteurs fantastiques (André Wilms, Anouk Grinberg, Evelyne Didi…) ; le Syndrome du banc de touche, solo sur le fait de ne pas être choisi, de et avec Léa Girardet mise en scène par Julie Bertin ; et enfin, parce qu’il n’est jamais venu à Nice alors qu’il habite tout près, Pippo Delbono, pour une Gioia sans Bobo, aujourd’hui décédé, mais habité par son esprit, sa joie, son infinie tendresse.

À découvrir le cœur ouvert !

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2019

Théâtre National de Nice
04 93 13 90 90
tnn.fr

Photo : La Gioia, Pippo Delbono © L. Del Pia


Théâtre National de Nice
Promenade des Arts
06300 Nice
04 93 13 90 90
tnn.fr