Lecture de Kateb Yacine par Mohamed Kacimi et Manon Worms, le 15 novembre à Marseille

Nedjma, étoile éternelle

• 15 novembre 2019 •

Nedjma ne s’éteint pas. Si son histoire est prisonnière d’un roman, son esprit révolutionnaire souffle encore le zéphyr de la liberté. Personnage iconique de la littérature algérienne moderne, Kateb Yacine la décrite séduisante, courtisée, mariée, déracinée, mythique, paradoxale. Le fantasme de la femme orientale. Mais aussi, il l’a voulu allégorique.

Le cœur, au centre, bouillonne. Les branches s’éloignent, incandescentes. Ainsi s’incarne l’Algérie dans la poésie de Nedjma (étoile en français). Un pays millénaire qui rappelle son peuple à ses origines. Un peuple dépossédé de son histoire, qui peine à avancer dans le même sens. Fort de son contexte historique colonial, le roman est le symbole d’une Algérie en mal d’identité, prisonnière d’une union impossible avec la France. Il raisonne comme le prélude d’une guerre révolutionnaire bientôt déclenchée.

L’auteur disait qu’« il s’agissait à l’époque de montrer en français que l’Algérie n’était pas française ».

Le personnage est plus vivant que jamais en 2019. Le 22 février, un soulèvement populaire spectaculaire venait surprendre l’Algérie, les Algériens et le monde. La bien nommée « révolution du sourire » balaye la présidence insolite d’Abdelaziz Bouteflika en moins de deux mois. Elle est menée par une nouvelle génération, que la décennie noire n’a pas traumatisé. Elle y va à coup de blagues, de slogans satiriques, de hashtags ironiques. Plus personne ne lui fait peur, plus personne ne l’impressionne. Elle a porté atteinte au moral des généraux. Elle se rebelle deux fois par semaine en manifestant sur l’ensemble de son territoire. Et elle est soutenue par les marches de la diaspora à l’étranger. Nedjma vit encore. Il s’agit, aujourd’hui, de montrer en arabe, en français et en anglais, que l’Algérie mérite une vraie démocratie.

DJAMILA AÏNENNAS
Novembre 2019

Kateb Yacine par Mohamed Kacimi et Manon Worms le 15 nov à 19h, au TNM La Criée, Marseille