MP2013 lance une rétrospective intégrale Robert Guédiguian

MP2013 avec Robert

MP2013 lance une rétrospective intégrale Robert Guédiguian - Zibeline

 

C’est à La Criée qu’a démarré le 23 avril le voyage avec Robert. Robert, c’est Guédiguian, une des deux «figures emblématiques» du cinéma à qui MP13 a décidé de rendre hommage du 19 au 30 juin, le deuxième étant René Allio dont une rétrospective sera présentée en novembre. MP2013 a donc emmené le cinéaste et sa bande en navette maritime du Vieux Port à l’Estaque, à l’Alhambra, pour ce qui était aussi une «entrée en matière» de la programmation cinéma MP 2013, voyage agrémenté d’une escale à La Ciotat, à l’Eden, doyenne des salles de cinéma du monde qui rouvrira le 9 octobre et accueillera le Festival Cris du Monde en novembre.

Ont donc été rapidement évoqués Pier Paolo Pasolini, la force scandaleuse du passé qui commence le 14 mai, les Itinéraires cinématographiques comme Ecrans voyageurs qui se poursuit en plein air, le ciné concert, Monte Cristo, le fantôme du Château d’If, Etoiles et cinéma, le programme de dix films proposés dans les parcs de Marseille à partir du 26 juillet. Oubliées : les premières Rencontres Internationales des Cinémas Arabes que MP 2013 coproduit avec AFLAM  (voir ici). On peut s’interroger !

Robert en livre et en films

Ce fut aussi l’occasion pour Christophe Kantcheff de présenter son superbe livre, Robert Guédiguian, cinéaste, publié aux éditions Le Chêne, dans lequel il sort de l’exégèse de Robert, pour analyser et traduire son univers et sa vision du monde.

C’est aussi ce qu’ont fait brillamment son monteur Bernard Sasia et Clémentine Yelnik. Ils ont plongé durant un an dans l’œuvre du cinéaste qui a «le sentiment d’une mission accomplie, qui a été le porte parole de gens qui n’ont pas la parole, rendant ainsi la parole à son père et qui est très fier de ce qu’il a accompli». Constitué de scènes des films, remontées, commentées souvent avec humour, Robert sans Robert, dont c’était la deuxième projection après la Cinémathèque française, est un vrai film qui nous donne envie de revoir l’œuvre, qui nous parle avec finesse du travail de monteur et nous offre un voyage dans les strates du temps. Il sera projeté à l’Alhambra ainsi que le documentaire de Richard Copans, En vérité, je vous le dis.

Et l’on pourra également voir et revoir les films de Robert durant douze jours, ses 17 longs métrages, présentés, le soir, par le cinéaste ou un des membres de la Tribu (voir ci-dessous son abécédaire) Gérard Meylan, Ariane Ascaride, Jean- Pierre Darroussin, Gérard Boudet qu’on retrouve dans presque tous les films depuis Le dernier été, sorti en 1980 jusqu’aux Neiges du Kilimandjaro en 2011, en passant par Marius et Jeannette, le film qui l’a fait largement connaître…

Au Fil d’Ariane

C’est le titre du prochain film que le cinéaste commence à tourner le 13 mai dans la région, avec tous ses acteurs, «laissant tout le monde s’exprimer car la mise en scène, c’est aussi laisser chacun faire ses propositions

Dans les salles, dans les rues, allez donc retrouver Robert !

ANNIE GAVA
Mai 2013

 

Rétrospective intégrale Robert Guédiguian :

du 19 au 23 juin

La Criée, Marseille

du 23 au 30 juin

L’Alhambra, Marseille

 

GUÉDIGUIAN DE A à Z

À l’occasion de la programmation MP2013 de la rétrospective intégrale, Robert Guédiguian, un abécédaire que nous avions publié en 2008…

comme Amour, Amitié et Ariane Ascaride : «J’adore les histoires d’amour»

En 1974, Robert connaissait déjà ses amis de toujours, Gérard Meylan et Malek Hamzaoui, quand il rencontre sa Muse, son Amour, son actrice fétiche, Ariane, à Aix. Il la rejoint à Paris et il la dirige, seule professionnelle, dans son premier film, Dernier été, co-réalisé avec Franck Le Witta.

«Dernier été raconte, en les  transposant, tous les événements de ma vie à ce moment-là (…) c’était bel et bien la fin de l’adolescence.»

 

comme Agat-Film, la société de production fondée avec les amis : «Je suis très fier des films que nous produisons, de la manière dont nous fonctionnons, de la politique de salaires et du partage des richesses à Agat (…) Faire la preuve que l’idée de la communauté n’est pas définitivement rayée de l’humanité me plaît énormément.»

 

A l’Attaque, le troisième «conte», où Guédigian a réinvesti les genres qu’il aime, comédie musicale, roman-photo, BD, Guignol : «des genres populaires par excellence !»

 

B comme Bonheur

«Nous sommes tous possédés par une conception molle et confortable du bonheur. Et pour reprendre une belle citation de cinéma dans Le Plaisir d’Ophuls, adapté de Maupassant : Le Bonheur n’est pas gai.»

L’Argent fait le bonheur, en 1992, dont la morale serait : «Ne soyons pas mendiants, soyons voleurs !»

 

comme Brecht : «Il m’aide à penser moi-même.»

 

comme Baldwin James, un écrivain noir américain dont le roman, Si Beale Street pouvait parler a inspiré Robert  pour son huitième film, À la place du cœur, mal perçu par la critique mais que le cinéaste défend : «Certes, glorifier des personnages populaires est, du point de vue des bourgeois, inacceptable. ,»

 

C comme Conscience de Classe : «J’ai grandi dans un monde de solidarité, à travers des luttes, avec des gens qui avaient une conscience de classe qui, de spontanée est devenue consciente plus tard. J’ai toujours été concerné par ce qui se passe autour de nous. Je regarde le monde d’où je suis né.»

 

D comme Dada, Jean-Pierre Darroussin, rencontré par Ariane au Conservatoire :

«C’est un acteur large, puissant, qui peut absolument tout jouer. C’est pour lui que j’ai écrit le personnage de Dada, dans Ki lo sa ?» (1985), dont deux photogrammes se retrouvent dans Mon Père est ingénieur (2003)

 

Dieu vomit les tièdes, tourné à Martigues en 1989. La tribu logeait dans des foyers Sonacotra et mangeait à la cantine municipale.

 

Comme Dedans/Dehors : «Je suis dedans/dehors tout le temps ! (…) Dedans, il y a des tas de cinéastes que j’aime comme les Frères Dardenne et  Ken Loach ou que je n’aime pas, comme Wong Kar Wai et Tarentino. Je ne suis pas QUE dans le cinéma (…) Je me préoccupe du public à mort ! C’est même surtout pour ça que je fais des films : pour parler aux gens, pas pour que ça reste entre nous.»

 

E comme Estaque, capitale de la géographie «guédiguienne» connue du monde entier depuis Marius et Jeannette en 1996. Qui a oublié la mappemonde du générique, flottant au-dessus du port, emblématique de l’universalité de ce conte ?

 

comme Engagement : ayant adhéré au PC en 1968, il l’a quitté en 1980, en désaccord avec la ligne de rupture de l’union de la gauche. «Jamais sans ce désir de changer le monde, je n’aurais fait des études d’abord, du cinéma ensuite (…) Je ne vois pourquoi ni comment j’en serais là sans le PC. Il faut forcer les gens  à s’éduquer. Si on n’oblige pas un enfant d’ouvrier à aller à l’école, il n’ira jamais.»

 

F comme Figurants : ce sont souvent des membres de la famille et de son équipe, au début par nécessité financière, puis par volonté affective : «Une façon d’inscrire les corps et l’âge des gens qui m’entourent (…) Lorsque je dirige une scène de foule, comme la distribution des manteaux de fourrure lors de l’ouverture de Lady Jane, je les connais toutes, je les appelle par leur prénom !»

 

G comme Guédigian, Grégoire, le père, électromécanicien, dont les beaux bras noueux fascinaient Robert, enfant.

 

comme Gérard Meylan, l’ami d’enfance, son «jumeau», son condisciple au lycée Victor Hugo, son camarade de militantisme, secrétaire et «orateur» de la cellule de PC de l’Estaque, un des  témoins de son mariage en 1975. «Gérard a un physique d’acteur ; il est très beau au sens où je l’entends ; sans qu’il «fasse rien», son visage, son corps racontent déjà une histoire.»

Gérard qui a tourné dans tous ses films à l’exception du Promeneur du Champ de Mars

 

H comme Malek Hamzaoui, le troisième larron, deuxième témoin de mariage, le directeur de production de six de ses films: «Malek, nous l’avons «attaqué» au baby foot, dans le bar où j’ai filmé la scène de mariage de Lady Jane.»

 

I comme Impressions «J’ai l’impression que le paysage disparaît avec moi. L’image exacte, c’est la «peau de chagrin» : à chaque fois que je retourne à Marseille, je m’aperçois que certains décors que j’ai filmés ont disparu. Je suis heureux d’avoir filmé ça, mais le temps passant, il est normal que tout cela disparaisse…et moi avec !»

 

J comme Jean-Louis Milési, co-scénariste de neuf des quinze films, jusqu’au dernier, Lady Jane, rencontré pour L’Argent fait le bonheur. «Il  a plein d’idées, c’est une mine, il rebondit sans arrêt. Il possède une verve  que je n’ai pas.»

 

K  Ki lo sa ?, troisième film, né de ses amertumes politiques et cinématographiques, écrit en quinze jours, tourné dans la villa d’une cousine en dix-huit jours, son film le moins cher. Durant le tournage, l’équipe a mangé des tomates, du jambon et des pêches, et s’entassait dans une 4L.

Film qui n’a pas eu de distributeur et qui n’a été projeté que dans des rétrospectives.

 

L comme Lady Jane, un polar très noir : «Je ne savais pas quoi faire, quoi dire, comment démarrer. Je me suis tourné vers les invariants : revenir à Marseille (après deux films tournés ailleurs) et partir d’un genre précis, pour me rendre compte de ce que pensais au moment où je faisais le film. On y voit une parabole du monde actuel (…) Pour Ariane, je voulais aller au bout du côté «Electre», une silhouette noire, à la fois vengeresse et victime. Lady Jane parle de vengeance, sentiment qui produit des choses négatives et dont on doit se protéger.»

 

comme Langue : «Marseille est ma langue. On fait des films avec une lumière, des décors, des corps. Quand je tourne ailleurs, j’ai l’impression de parler une langue étrangère. Le cinéma, c’est «piquer» le Réel et ça me gênait au début ; à Marseille, je me sentais autorisé. »

 

comme Marseille, «une ville-monde, peuplée de gens divers et variés, de riches, de pauvres, de noirs, de blancs… malgré l’évolution urbaine qui chasse les pauvres du centre-ville (…) Marseille reste une ville où le monde entier est présent»

 

comme Marius et Jeannette qui décrit la renaissance de la capacité de deux «cabossés» de la vie à être heureux. «Cette romance populaire se terminera bien car il le faut» « Il faut ré enchanter le monde», telle est la morale que Robert Guédigian voulut faire passer à la terre entière en 1997 !

2 millions 700 000 spectateurs ont vu ce film qui dit que «tout est possible, non seulement politiquement, mais amoureusement, sexuellement, à tout âge, à tout moment et dans tout milieu social. C’est encourageant ! Plus encourageant, je ne vois que La Vie est belle de Franck Capra, véritable anti-dépresseur !»

 

comme Marie-Jo et ses deux amours dont le parti pris est de montrer les corps tels qu’ils sont«J’ai voulu  dénoncer la manière dont nos sociétés exploitent le corps humain et  la sexualité»

 

comme Morale qu’on pourrait dégager de chacun de ses films, à la manière des Fables de La Fontaine ; ainsi dans À la Vie , à la Mort : «Aimons-nous les uns les autres» ou dans Lady Jane, «La Vengeance ne sert à rien, ni à ceux qui l’assouvissent, ni à ceux qui la subissent.»

 

N comme Notre-Dame de la Garde, le scénario d’une farce macabre, dont personne ne voulait entendre parler en 1984, qui n’a jamais été tourné, et qui voulait montrer un monde où les valeurs d’amour, amitié et de solidarité n’existaient plus du tout.

 

Comme Nostalgie, sentiment du temps qui passe sans regret du «paradis perdu» «Revisiter, filmer au même endroit, monter un plan tourné en 1980 et un autre des mêmes acteurs en 2004, juxtaposer deux photos, faire l’inventaire de ce qui a changé, c’est une activité intellectuelle, ludique, excitante»

 

0 comme Ouvrier : «Je clame haut et fort q’un fils d’ouvrier DOIT faire du cinéma ou de la littérature et qu’il faudrait qu’il y en ait plus, afin que cette parole soit présent et représentée dans le monde dans lequel nous vivons.»

 

P comme Pasolini dont Robert a vu tous les films au cinéma le Breteuil avant sa fermeture, et lu tous les livres, un vrai coup de foudre ! comme Perroquet Bleu, bar à matelots, le lieu de tous les fantasmes  de l’adolescent dont il a enfin poussé la porte en écrivant le scénario de À la Vie, à la Mort !

 

comme Promeneur du Champ de Mars, adapté du livre de Georges Marc Benamou, proposé par Frank le Wita, avec Michel Bouquet interprétant Mitterrand : « Je voulais un acteur qui soit le théâtre incarné, et Bouquet est naturellement théâtral !

 

Q comme Quinze films réalisés en 27 ans dont treize tournés dans le Midi.

 

R comme Rouge Midi, son deuxième film,  co-écrit avec Frank le Wita, dont la plupart des personnages sont inspirés de personnes qu’il a connues, et dont la projection à Cannes, en mai 1984, lui a laissé un souvenir horrible, des spectateurs ricanant  et échangeant des commentaires sur le physique des comédiens.

 

S comme Seul ? «Je n’ai jamais rien fait seul… j’aime être seul avec du monde !»

 

T comme Toni  de Jean Renoir, vu à la télé, qui a touché Guédigian et lui a révélé que le cinéma pouvait parler des gens qu’il connaissait «Pour moi, aujourd’hui encore, le film le plus marseillais du monde c’est Toni. Il n’est pas besoin d’être marseillais pour faire des films marseillais ! (..)Seules les qualités d’un regard font que les films sont vrais, bons et beaux. »

 

comme Tribu et Troupe « Lorsque nous nous retrouvons, se met en place en un clin d’œil une communauté étonnante, un moment d’Utopie, où nous allons à nouveau confronter notre histoire à l’Histoire, c’est- à-dire continuer à vivre »

 

U comme UN plan : «un des plus beaux que j’aie  tourné, le dernier plan de À la Vie, à la Mort ! Le film vient de parler de l’homme nouveau à naître, et le point passe de Marie-Sol qui est enceinte, à la ville entière vue de la Bonne Mère : c’est quand même… gonflé ! Et en plus, la phrase du patron, «C’est tous ensemble que nous fabriquerons un bel avenir à nos enfants !» est indispensable d’un point de vue militant : car je pense, moi, que c’est tous ensemble entre pauvres, mais pas avec ce type-là ! Tout ce que j’ai appris de Brecht est dans ce plan…»

 

V comme Voyage en Arménie (Le) «Je suis allé en Arménie pour la réouverture d’un cinéma à Erevan et j’ai été touché par le fait qu’on était connu là-bas : on était, sans le savoir, ambassadeurs de ce pays. Autant  assumer ce rôle ! Belle pression : on a fait ce film.»

 

comme la Ville est tranquille un des films les plus noirs, où le cinéaste voulu parler de ce qui lui faisait le plus peur, en ce début de siècle : le chômage, la misère, la drogue, la corruption politique, toutes les «mauvaises choses qui grouillent».

 

W, X, Y, Zibeline !

ANNIE GAVA

Alhambra
2 rue du Cinéma
13016 Marseille
04 91 46 02 83
http://www.alhambracine.com/

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/