Vu par Zibeline

Mozart à la Noce

 - Zibeline

La mise en scène aixoise des Noces de Figaro réconcilie les plus rétifs avec la réactualisation à l’opéra. En mariant l’intelligence, la finesse, le talent à une posture réservée (les génies de Mozart, Beaumarchais et da Ponte devraient y pousser !), mise au service de la musique et du propos, Richard Brunel réussit où d’autres exaspèrent. En faisant fi des inévitables anachronismes du livret, à l’instar du «droit de cuissage» ou de la «dot», la transposition de l’action du «château» vers des bureaux modernes et appartements bourgeois d’un «comte» devenu juge et magistrat de sa ville, on se prête volontiers aux jeux subtils du décalage. Peut-être les situations fonctionnent-elles parce l’idée forte de l’ouvrage, créé en 1786 au temps des Lumières, a été clairement perçue et remodelée autour du mot «justice» ? On sourit lorsque Figaro prend les dimensions d’un canapé clic-clac, comme lorsque Chérubin vient s’y cacher, on retrouve sans grincement les scènes familières de dissimulations, travestissements, coup de théâtre, quiproquos, pardon final… De surcroît, la dramaturgie (Catherine Ailloud-Nicolas), habilement conçue comme un grand plan-séquence où les actes s’imbriquent, en tuilage et sans «cut», génère des surprises, nous guide, grâce à des décors tournants (Chantal Thomas), de la réception vitrée du cabinet de juristes aux appartement de Madame qui, enceinte (la soprano l’est réellement… de 7 mois !), délaissée par son mari, confectionne des robes de mariées, du bureau du patron, «addict» au sexe, au jardin rédempteur…

Au pied du plateau, les instruments d’époque du Cercle de l’Harmonie (dir. Jérémie Rhorer) sculptent des espaces sonores anguleux, qui, au gré de nuances et tempos mesurés, laissent chanter des voix remarquablement distribuées. Patricia Petibon, pétillante Suzanne, Malin Byström, somptueuse Comtesse, Paulo Szot brillant Almaviva, Mario Luperi (Bartolo), l’une des plus grandes basses verdienne des années 80/90 reconvertie en buffa de luxe, l’excellent Kyle Ketelsen dans le rôle-titre ou le Chérubin magistral de Kate Linsdsey contribuent au succès d’une entreprise qui marie l’art du chant à la théâtralité, de grandes voix à l’authenticité musicologique… Autant d’atouts indispensables à Aix !

JACQUES FRESCHEL

Juillet 2012

 

Les Noces de Figaro

Jusqu’au 27 juillet

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence

 


Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
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