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Les Suds à Arles : « les cultures en relation, sans peur »

Mondialité musicale

• 10 juillet 2017⇒16 juillet 2017 •
Les Suds à Arles : « les cultures en relation, sans peur » - Zibeline

La 22e édition du festival Les Suds à Arles se déroulera du 10 au 16 juillet, avec entre autres M et Calypso Rose.

« Comment consentir à l’autre, sans renoncer à soi ? » À la question d’Édouard Glissant, la directrice des Suds à Arles, Marie-José Justamond, répond par un festival et une programmation minutieusement construits. Et qui, comme y appelle l’auteur martiniquais, mettent à l’honneur « des cultures en relation, sans peur ».

« Toi, qui que tu sois, Je te suis bien plus proche qu’étranger. » C’est ce vers de la poétesse Andrée Chedid qui a été choisi pour illustrer la première grande soirée au théâtre antique dont le personnage central n’est autre que son petit-fils, le très populaire – M –, qui présentera son nouveau projet, Lamomali. L’intérêt de Matthieu Chedid pour le continent africain n’est pas une nouveauté, mais il se concrétise avec ce spectacle aux côtés de trois artistes maliens : le griot et joueur de kora Toumani Diabaté, son fils Sidili et la chanteuse Fatoumata Diawara. En première partie, Alsarah & the Nubatones, originaires du Soudan, proposeront une synthèse sonore entre Afrique noire et du Nord. Le lendemain, le Nigérien Bombino, nouveau porte-drapeau du blues du désert, précèdera la doyenne du calypso primée aux Victoires de la musique, Calypso Rose. Enfin, l’espagnole Sílvia Pérez Cruz revient quatre ans après son premier passage à Arles, cette fois accompagnée d’un quintet à cordes. Elle partagera l’affiche avec le chanteur soufi Nourredine Khourchid et les derviches tourneurs de Damas.

Mais on le sait, aux Suds se limiter aux têtes d’affiche revient à passer à côté de l’essentiel du festival : les artistes en découverte, ceux plus pointus ou plus rares, d’autres encore qui bousculent, défrichent et décloisonnent. C’est le cas de Niño de Elche qui pulvérise le flamenco à coups d’onomatopées, de poésies contemporaines, de krautrock. Le bouillonnement musical en Corée du Sud irrigue de nombreux festivals occidentaux. Cette année, Arles ne fera pas exception. Dans la lignée de Jambinai, Black String puise dans la musique traditionnelle pour créer un post-rock onirique. Leur compatriote Youn Sun Nah est devenue un phénomène international. Sa voix exceptionnelle explore aussi bien le jazz, la soul, le scat que sa propre culture. En coproduction avec le festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, la création du oudiste Thimios Atzakas, Udopia -dont ce sera la première date en France- est un vagabondage entre les musiques modale et d’improvisation de Grèce et des Balkans. Autre odyssée, au Maghreb cette fois, avec Amel Brahim-Djelloul et l’Ensemble Amedyez qui mêle une soprano et ensemble arabo-andalou pour revisiter nouba algéroise, maalouf tunisien, traditionnels kabyles ou séfarades.

Le cadre post-industriel du parc des anciens ateliers SNCF continueront d’accueillir les nuits des forges à la programmation à la fois très actuelle et novatrice. À retenir, la révélation sud-africaine BCUC et l’unique date en France de The Ex, pionniers néerlandais de l’underground. Enfin, deux événements particuliers tels que sait les concocter le festival arlésien sont à noter : l’escale de La caravane culturelle syrienne avec un concert de Khaled et Mohanad Al Jaramani inspiré par la musique classique d’Alep et la première date en Europe d’Orpheus XXI, projet réunissant des artistes réfugiés autour du violiste Jordi Savall. Car y a-t-il meilleure définition non pas des mais de la musique du monde que celle proposée par les Suds : « la musique que fait et qui fait notre monde aujourd’hui ».

THOMAS DALICANTE
Juin 2017

Les Suds
Arles
10 au 16 juillet
04 90 96 06 27 suds-arles.com

Photographie : BCUC © Laura McCullagh