Les Arts éphémères investissent le parc de Maison Blanche, à Marseille pour la 12e année

Mon espace, l’espace de l’autreVu par Zibeline

• 2 octobre 2020⇒25 octobre 2020, 9 octobre 2020⇒13 octobre 2020, 14 novembre 2020⇒23 novembre 2020 •
Les Arts éphémères investissent le parc de Maison Blanche, à Marseille pour la 12e année - Zibeline

Maison blanche, la mairie des 9e et 10e arrondissement de Marseille, a installé dans son parc pour la 12e année consécutive des œuvres plus ou moins éphémères, inscrites dans cet espace majestueusement arboré

D’habitude la manifestation se déroule en mai, mais les circonstances sanitaires ont imposé un changement de calendrier donnant aux artistes qui ont le plus souvent conçu des projets spécifiques la possibilité de montrer le résultat de leurs recherches. Cette année, le thème choisi par les deux commissaires, Martine Robin et Isabelle Bourgeois, était la proxémie. Ont-elles eu d’étranges intuitions de ce qui allait bouleverser nos vies, nos habitudes, nos plaisirs ? Quoiqu’il en soit, elles déclarent avoir déterminé ce choix dès décembre 2019. Concernant le rôle des distances dans les relations interpersonnelles dans l’espace, le thème de la proxémie interpelle, évidemment.

Rumen Dimitrov et derrière Diego Bustamante © CB

 

Prenez vos distances !
C’est ce que disaient souvent les profs d’éducation physique ; on le faisait en tendant chacun son bras dans le dos de celle ou celui qui était devant. L’occupation de l’espace a préoccupé les artistes avec originalité ; chacun s’est interrogé en fonction de sa personnalité. Certains, comme Jean-Pierre David avec son Ban de sardines volant, Floryan Varennes avec Punctum saliens, essaient l’évasion par les airs, de même que Marco Godinho fait gonfler dans le vent onze étendards immaculés qui symbolisent les états européens sans signe distinctif, Sans titre. En face, l’artiste bulgare Rumen Dimitrov élève d’énormes poissons, Fish passages, formés de branches taillées, matiera bruta, tandis que d’autres jouent avec des miroirs qui laissent voir ce qu’il y a derrière eux et créent un confinement (Julie Amengual & Anthony Moreno, deux étudiants de Luminy) et qu’Emmanuel Lagarrigue y a ajouté des poutres entaillées par des messages en morse qui sont des citations littéraires et philosophiques. L’écriture est d’ailleurs présente avec une œuvre de Richard Baquié (disparu en 1996) prêtée par le FRAC ; elle se nomme L’aventure et suggère en lettres de ferraille de partir « plus loin ». Une étudiante, MaDi, propose deux kakemonos avec des lettres de plus en plus petites qui s’inspirent des panneaux utilisés par les ophtalmologistes pour vérifier la vision, Entre-Nous. Veut-elle suggérer que nous ne nous voyons plus, de près ou de loin ? Ailleurs le marseillais Diego Bustamante cherche plutôt le rapprochement par des tasseaux de bois grossier assemblés de façon empirique, consolidés par du ruban adhésif orange, Solide mais éphémère. Deux artistes se distinguent en utilisant des matériaux de chantier : Karine Debouzie transforme avec Rhizome des drains agricoles jaunes et inertes en éléments animés qui occupent le bassin comme des monstres aquatiques, et Esmeralda da Costa fabrique des caisses de résonnance avec des tuyaux turquoise, Close to you, dont on joue pour communiquer, questionnant en cela les technologies de communication et les surprises des rencontres. 

Notons aussi la seule pièce qui interpelle les formes humaines, L’Avant-scène de Christian Lapie. Il s’agit d’un groupe de figures de bois calciné sans bras, ni visage ; spectres annonciateurs de catastrophes ? Créée en 2003, elle appartient au Conseil départemental et semble vouloir témoigner de l’inquiétude des moments troublés que nous vivons.

CHRIS BOURGUE
Octobre 2020

Pour la première fois la manifestation des Arts éphémères s’élargit vers le Centre d’Art intercommunal d’Istres (2 au 25 octobre), et la Villa Tamaris de La Seyne (14 au 23 novembre). Elle est soutenue par la Ville de Marseille, le département, les Musées, le FRAC, l’INSEAMM (école d’Art et conservatoire), le centre d’Art d’Istres et la Villa Tamaris de La Seyne 

Arts éphémères
jusqu’au 13 octobre
Maison blanche, Marseille
arts-ephemeres.fr

Photo : De gauche à droite, creations de Marco Godinho, Christian Lapie et Karine Debouzie © C.B.