Entretien avec Hélène Soulié pour l'intégrale en 6 épisodes de la série MADAM

Merci MADAM !

• 5 juillet 2021⇒8 juillet 2021 •
Entretien avec Hélène Soulié pour l'intégrale en 6 épisodes de la série MADAM - Zibeline

La metteuse en scène et chercheuse de réel Hélène Soulié prépare, avec sa Cie montpelliéraine Exit, l’intégrale de la série MADAM au Théâtre Jacques Cœur à Lattes. 6 épisodes qui bousculent le genre et les genres.

Zibeline : Que représente la démarche du projet MADAM ?

Hélène Soulié : Mon travail développe l’idée de la rencontre : aller vers des personnes qui vont nous faire changer de route, grâce au croisement de points de vue. Le projet MADAM ne part pas d’un texte préalablement écrit, mais d’une matière de mots et d’histoires recueillies auprès de groupes de femmes identifiés, et des chercheuses, des autrices et des actrices. J’étais sur un questionnement autour des problématiques de genre, d’identité, des frontières, d’assignation. Et pour éviter le manque de dialectique, j’ai donc constitué une série.

Comment se sont organisés les sujets des 6 épisodes ?

Je voulais évoquer la représentation des corps dans l’espace public. Le premier a été créé à partir d’un groupe de féministes musulmanes, il a donné une impulsion très forte au projet : on s’est inscrit immédiatement dans un féministe intersectionnel, queer, c’est-à-dire au croisement des dominations de races, de classes et de genres, et non pas dans un féminisme occidental première ou deuxième vague. J’avais aussi envie de rencontrer des graffeuses, pour aborder encore la représentation de la sexualité, de la visibilité dans l’espace public. Puis des sportives : c’est relié à une histoire personnelle, je voulais être handballeuse quand j’étais petite, et je ne l’ai pas fait, donc ça me questionnait. Je suis allée en montagne, en bord de mer, sur la toile, parce que pour moi c’est aussi un espace public, en zone urbaine, en zone rurale. Avec toujours cette idée de rencontrer des personnes qui font quelque chose ensemble. Donner des figures, des exemples, de femmes qui posent des actes : des hakeuses, des bergères, des femmes marins embarquées sur le navire humanitaire de Banksy.

MADAM #4 Je préfère être une cyborg qu’une déesse © Marie Clauzade

Et ensuite, comment s’est fait le choix des expertes, des actrices et des autrices ?

J’ai constitué au préalable un pool d’autrices, avec qui j’avais envie de travailler. Et un pool de chercheuses [sociologue, géographe, grammairienne…, ndlr]. Et donc à partir de là, j’ai réfléchi à qui serait sur quoi. C’est donc une distribution sensible, en connaissance des territoires des unes et des autres. 

Vous vous plongez seule dans le travail de terrain ?

Non, avec tout le monde, sauf les expertes. On a d’abord été accompagnées par deux anthropologues [Aurélie Marchand et Lauréna Favier, ndlr], spécialisées dans les questions de genre, puis on a compris comment rentrer en contact, en relation. Et d’un épisode à l’autre, nos intérêts, nos quêtes ont pu évoluer.

Avec les expertes, je travaille beaucoup l’entretien que nous aurons sur le plateau, où elles vont intervenir avec leur savoir, mais aussi en tant que personne. Ce n’est pas une conférence, ça, elle peuvent le faire à l’université. Ce qui m’intéresse, c’est d’arriver à quelque chose qui soit sensible, un vrai dialogue avec moi. On écrit ensemble. 

Êtes-vous d’accord avec l’appellation Théâtre documentaire pour qualifier votre travail ?

Je ne suis pas une fanatique du théâtre dit documentaire, qui va mettre sur le devant de la scène des personnes qui viennent raconter leur histoire. Car moi je cherche une langue, une écriture qui permette de regarder les choses différemment. En passant par un point de vue de mise en scène, sans se prendre le réel de plein fouet. Envisager ensemble ces choses qui arrivent, qui nous arrivent, et rester actifs face à tout ça.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNA ZISMAN
Mai 2021

MADAM, Manuel d’Auto Défense À Méditer #4
Je préfère être une cyborg qu’une déesse
5 au 8 juillet
Le Train Bleu, Avignon
theatredutrainbleu.fr

Photo : Hélène Soulié © EXIT – 2021