La programmation riche, diverse, engagée et haletante du Festival de Marseille, du 15 juin au 9 juillet

Marseille est le monde

• 15 juin 2017⇒9 juillet 2017 •
La programmation riche, diverse, engagée et haletante du Festival de Marseille, du 15 juin au 9 juillet - Zibeline

Jan Goossens, directeur du Festival de Marseille, l’affirme : Marseille est une ville monde, et mérite un Festival à sa mesure. Tout en créations !

Pour le nouveau directeur du Festival de Marseille il n’y a pas d’opposition entre local et international : les artistes d’ici viennent de tous les horizons, et ceux d’ailleurs rencontrent la ville. Le meilleur exemple en est Dorothée Munyaneza, qui habite Marseille, et danse dans Samedi Détente le génocide rwandais. Jamais vu à Marseille, le spectacle a tourné partout, et vient de bouleverser le Théâtre de la Ville après Nîmes et Toulon (voir  www.journalzibeline.fr/critique/samedi-a-vif-et-a-danser/).

D’autres artistes Marseillais seront là, de ceux qui puisent leur art dans le multiculturalisme de la ville : la réalisatrice Bania Medjbar, et son Crime des anges qui suit les petits trafics d’Akim, marseillais en déroute ; Georges Appaix qui poursuivra son parcours alphabétique en créant What do you think, avec toujours le même amour des mots qui dansent et des corps qui pensent et conversent ; et les directeurs du Ballet National de Marseille qui proposeront 7even,  par sept danseurs du Ballet et sept chorégraphes invités à créer sept séquences autour du corps intime (Ula Sickle, Faustin Linyekula, Eric Minh Cuong Castaing, Nacera Belaza, Ayelen Parolin, Joeri Dubbe et Amos Ben-Tal). Et trois metteuses en scène d’ici liront, en musique, des textes africains : Dorothée Munyaneza a choisi Anguille sous roche, un roman époustouflant du jeune comorien Ali Zamir, Eva Doumbia lira Communauté de Léonora Miano, et Julie Kretzschmar Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila.

Mais Marseille sera présente au delà de ses créateurs. Les Marseillais seront sur scène, et dans les œuvres. À l’ouverture d’abord, où José Vidal reprendra son Rito de Primavera (Sacre du printemps) avec ses interprètes chiliens, et des Marseillais : 40 danseurs pour affronter l’élan vital de Stravinsky. Puis à la Criée, avec le collectif Rimini Protokoll : leurs 100% City ont déjà donné la parole aux habitants de 25 villes. Le 100% Marseille réunira 100 Marseillais, de tous âges et de toutes origines sociales, pour brosser un paysage composite (et toujours drôle) à travers l’expertise quotidienne  des habitants.

Découvrir le Sud

Mais le Festival de Marseille sera aussi l’occasion de découvrir de grands artistes internationaux : ainsi le Grupo de rua Niteroy de Bruno Beltrão, qui viendra présenter à Marseille la première française de sa dernière création : le chorégraphe brésilien et sa troupe issue des rues de Rio réinvente un hip hop politique, poétique, d’une incroyable énergie. Dans cette création il sera question des migrants « ces pionniers d’un monde ouvert »…

Migration encore et monde en mouvement avec Sanctuary, de Brett Bailey : l’artiste sud-africain a recueilli des témoignages de réfugiés en Europe, en particulier à Marseille, et invite les spectateurs à s’enfermer avec eux dans le sanctuaire de leurs récits d’exil.

Un événement percutant, venu d’Afrique du Sud : avec The last King of Kakfontein, Boyzie Cekwana danse la protestation, pulvérise les abus de pouvoirs, dans son pays mais aussi chez Trump. Partout où les tyrans ridicules ont mis a bas la démocratie.

Car le Festival de Marseille s’associe au Festival d’Avignon pour présenter un focus sur l’Afrique Subsaharienne : Serge Aimé Coulibaly, incroyable interprète de Platel et de Sidi Larbi Cherkaoui, propose avec Kalakuta Republik de faire entendre le désir de liberté de la jeunesse du Burkina Faso. Sur la musique de Fela Kuti, une danse effrénée et libératoire.

Musique encore avec la Caravane du Festival du désert : depuis 2013 le grand festival du Nord Mali ne peut avoir lieu à Tombouctou. La caravane en exil passera cette année par Marseille, avec Terakaft, un groupe de rock touareg, les Marseillais MaClick, et le Ali Farka Touré Band.

Retrouver les grands

Rabih Mroué se met à la danse ! Le metteur en scène libanais, comédien, plasticien, qui collabore souvent avec Lina Majdalanie (anciennement Lina Saneh) fera danser le Dance on Ensemble, ce groupe de danseurs de plus de 40 ans qui passe commande aux plus grands. Rabih Mroué a accepté d’écrire Water between Three hands pour eux, avec eux, pourvu qu’ils parlent, de leurs souvenirs, de leurs corps, en dansant… Il  présentera également, avec Lina Majdalanie, un spectacle plus habituel de son style, qui joue sur la vérité décalée d’un théâtre faussement documentaire : So little time met en scène un  martyr libanais qui n’est pas mort…

Nacera et Délia Belaza occuperont la rue : la chorégraphe et sa sœur, qui inventent depuis une vingtaine d’année une danse lente, répétée, proche du recueillement sinon de la transe, veulent faire Procession afin de lover leurs gestes précautionneux dans la réalité de la ville.

Comme elles on l’a souvent vue grâce à Dansem : Bouchra Ouizguen reprend Corbeaux, avec ses danseuses marocaines vêtues de noir, et propose une installation vidéo, Corbeaux-traces, créée pour le Festival, et qui puise aux sources des histoires entrevues dans sa pièce maîtresse créée en 2014.

Meg Stuart est invitée en coréalisation avec Marseille objectif danse, qui sait jeter un œil expert sur la danse américaine, en particulier celle des femmes. Until your hearts stop est une performance créée en 2015 pour six danseurs et trois musiciens, entre jazz et rock, rencontres et évitements.

Et puis il y aura Julien Gosselin : le jeune metteur en scène (30 ans) fait vibrer les plateaux de fureur et d’invention. Ses Particules élémentaires donnaient au roman de Houellebecq une force de vie qui en détournait le propos délétère. Son 2666 renversant de talent, a enthousiasmé le Festival d’Avignon 2016. Il met ici en scène, avec 12 comédiens de l’école supérieure de Strasbourg, une création d’Aurélien Bellanger. Sur l’accélération des particules, le tunnel sous la manche, la jungle de Calais. Tous ces endroits de transformation radicale des frontières…

Une programmation riche, diverse, engagée et haletante, qui laissera place à des fêtes régulières, des ateliers de la pensée, et qui a su créer des réseaux avec les grands festivals européens et les acteurs du territoire, en suscitant des créations, et en coproduisant la plupart des spectacles. Chapeau !

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2017

Festival de Marseille
15 juin au 9 juillet
04 91 99 00 20
festivaldemarseille.com

Photo : Kalakuta Republic, Serge Aimé Coulibaly c Doune Photo