Entretien avec Jean-Marc Aymes, directeur artistique du festival Mars en Baroque

Mars en baroque attaque sa dix-huitième édition

• 29 février 2020⇒31 mars 2020, 29 février 2020⇒31 mars 2020 •
Entretien avec Jean-Marc Aymes, directeur artistique du festival Mars en Baroque - Zibeline

Zibeline : Mars en baroque s’articule cette année autour d’une nouvelle thématique, celle du salon, après une saison 2019 consacrée à celle de l’atelier du musicien. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce choix de programmation ?

Jean-Marc Aymes : Il nous semblait intéressant de montrer que la musique, c’est comme l’architecture : un matériau que l’on sculpte. Après cette incursion vers l’atelier, vers ce « côté cuisine » de la musique, nous voulions cette année nous aventurer « côté salon ». Je tenais à projeter en ouverture du festival un chef-d’œuvre méconnu du cinéma : Le Salon de Musique de Satyajit Ray. Un pur chef-d’œuvre ! Il montre que la musique a eu sa place dans les salons, lieu qu’on imagine davantage pour des échanges littéraires. En France, c’est vraiment au sein de ces salons du XVIIIe siècle que la musique a pu se développer. Nous nous sommes laissés guider par ce film, par cette idée d’une musique à l’échelle intime. Nous avons eu la chance de pouvoir nous associer à l’IIMM (Institut National des Musiques du Monde) d’Aubagne pour cette soirée d’ouverture. Patrick Barbier, qui a publié aux éditions Grasset un très bel ouvrage, Pour l’amour du baroque, précèdera la projection du film, et un concert de musique indienne le conclura. Mêler les différents versants du spectacle vivant, je trouvais ça génial !

Il faut dire que le mélange des genres est au cœur du projet depuis plusieurs éditions…

Le baroque, au sens étymologique, c’est aussi le mélange, l’impureté ! Depuis pas mal d’années nous perpétuons le cadre des conférences, mais nous nous intéressons aussi au spectacle vivant. Et nous avons à cœur de confronter le baroque à d’autres styles. La musique contemporaine, grâce à notre partenariat avec Musicatreize, évidemment. Le baroque fait partie d’un patrimoine, qu’il faut faire vivre ! Et la musique de la Renaissance est également passionnante, elle est pourtant peu jouée… alors qu’Aix-en-Provence a été une cour extraordinaire pour ce répertoire. D’où l’organisation cette saison de Week-ends Renaissance, petites formes passionnantes. Josquin des Prés est un grand nom de cette époque, mais il n’est connu que pour ses apports à la polyphonie. On connaît peu ses pièces plus monodiques, d’où leur programmation pour cette édition !

Les enjeux de l’interprétation sur instruments d’époque se sont déplacés du baroque vers d’autres répertoires.

Bien sûr ! La recherche sur les instruments anciens déborde du seul baroque : c’est pourquoi nous programmons depuis plusieurs éditions l’Armée des Romantiques, qui interprètera du Brahms. Brahms qui a assimilé un héritage baroque, contrapuntique et bachien considérable -il a composé des Variations sur le style de Haendel, notamment. Nous voulons élargir au spectre du spectacle du vivant, celui de l’époque musicale, ainsi que celui de l’interprétation « historiquement informée », comme on dit ! L’interprétation ne va d’ailleurs pas sans un questionnement du texte même. D’où notre programme dédié à Urbain VIII : on sait qu’une musique officielle était jouée pour le Pape dans la Chapelle Sixtine mais aussi, pour les Vêpres, dans ses appartements. Nous nous sommes intéressés aux compositeurs joués dans ce cadre, dont le célèbre Miserere d’Allegri. C’est une œuvre mythique et paradoxale : le Pape refusait de la diffuser et en a refusé la publication. Plusieurs compositeurs sont allés l’écouter et l’ont retranscrite, mais avec un siècle de retard, donc avec des ornementations qui n’étaient pas celles pratiquées à l’origine. Nous avons donc commandé à un spécialiste de ces ornementations de le recréer dans le style d’origine. Afin d’entendre, peut-être, le VRAI Miserere d’Allegri…

Vous avez également mis l’accent, cette année, sur un répertoire méconnu : les femmes compositrices !

On sait qu’il y avait en Italie, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, un nombre considérable de compositrices. Un concert sera notamment consacré cette année à Barbara Strozzi. En France, on connaît Elisabeth Jacquet de la Guerre, mais c’est un peu tout. D’où le Parnasse au féminin, programme dédié à ce répertoire du Concert de l’Hostel Dieu. Et la conférence de Marie-Paule Vial sur les salons féminins, où étaient reçus les intellectuels, les écrivains… Nous voulions donc rendre hommage à un répertoire mais aussi à cette forme de politique culturelle parallèle et indispensable.

Indispensable, mais réservée alors à une seule élite et à un rôle politique certain.

Effectivement. La musique représentait alors le pouvoir, elle mettait en valeur la force politique du monarque. Difficile d’oublier, en contemplant le Château de Versailles par exemple, qu’il a vu le jour grâce au sang du peuple. Mais c’est évidemment pour cela que ces concerts, leur médiation, nos conférences mais aussi notre programme Musique à l’hôpital, sont capitales. C’est notre but, notre mission finalement : faire de cette musique privée, élitiste, un bien commun.

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Février 2020

Mars en baroque
Du 29 février au 31 mars
Divers lieux, Marseille
04 91 90 93 75
marsenbaroque.com

Crédit Photos
Jean-Marc Aymes © Eric Bourillon
Le Concert de l’Hostel Dieu © Florent de Gaudemar

Bibliothèque de l’Alcazar
14 Cours Belsunce
13001 Marseille
04 91 55 90 00
http://www.bmvr.marseille.fr/

Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône
20 rue Mirès
13 003 Marseille
04 13 31 82 00
http://www.biblio13.fr

Salle Musicatreize
53 Rue Grignan
13006 Marseille
04 91 00 91 31
musicatreize.org