Les films du PriMed 2020 à voir en ligne

Made in MarseilleVu par Zibeline

• 28 novembre 2020⇒30 novembre 2020 •
Les films du PriMed 2020 à voir en ligne  - Zibeline

Dans la Section Court Méditerranéen, le Primed, avait sélectionné 5 films : Douma Underground de Tim Alsiofi, où l’on suit aux abris des civils syriens sous les bombes ; I Naufraghi di Kerch de Stefano Conca Bonizzoni, qui parle d’une autre guerre, finie depuis 75 ans, mais dont certains fantômes n’ont toujours pas trouvé ni réhabilitation ni repos ; Heart, you deserve that ! de Lamia Idriss, qui nous raconte la pression subie par les femmes célibataires de 30 ans en Egypte. Et puis deux films marseillais, tournés à Marseille, réalisés dans le cadre des formations universitaires de la Région : La Terre passe d’Anne Raveau et Nicolas Travaux, produit par la SATIS d’Aubagne et Aix-Marseille Université et La Mi-Temps d’Anaïs Baseilhac par cette même Université et Anamorphose. L’occasion de découvrir trois jeunes réalisateurs prometteurs.

Héritage
La Terre passe s’appuie sur les travaux de l’universitaire Megan C. MacDonald à partir d’archives méditerranéennes. Le documentaire  repose sur un dispositif simple. Extérieur jour. Le Panier, le Vieux-Port, la rue St Fé, la Plaine : on est au centre-ville marseillais. Dans le flux piéton, une grande carte de France est posée sur le pavé, à hauteur des yeux. Sans explication. Elle interpelle puis interroge ceux qui s’arrêtent et découvrent qu’en lieu et place des villes françaises, ce sont les noms coloniaux de villes algériennes qui s’affichent. Constantine à la place de Marseille, Alger à celle de Paris. Les réalisateurs filment les réactions contrastées de chacun, révélant  une histoire franco-algérienne toujours vivante, dans les mémoires ou les fantasmes, au niveau familial ou collectif. Du rire des jeunes filles à l’incrédulité silencieuse de chibanis, de commentaires sur l’erreur du placement géographique des villes à la reconnaissance joyeuse de lieux connus, de l’humour bon enfant à la colère de ceux qui y voient une dénonciation raciste du « grand remplacement ». Propos spontanés, saisis dans le move, auxquels s’adjoint une parole posée, où les intervenants, assis, la fameuse carte réduite à un A4 entre les mains, donnent leur sentiment. S’entend alors une parole plus structurée. Qu’elle soit de l’ordre de l’intime avec les souvenirs de Dany Chastaing, petite fille à Alger, avant l’Indépendance, apprenant dans ses livres d’école une France de pâturages qui ne correspond ni à l’Algérie dite Française, ni au pays qu’elle découvre en 62.Ou plus universitaire, avec les explications de Samia Chabani, directrice de l’Association Ancrages, sur cette histoire-là lacunaire, dans laquelle toutes les familles algériennes ou « pieds-noires » n’ont pas été impliquées également mais dont toutes sont héritières. Comme la France de 2020 sans doute, aussi.

Chez Lorenzo
La Mi-temps nous plonge également dans un quartier central de la cité phocéenne : Belsunce. Et plus précisément dans le huis clos d’un salon de coiffure : Lorenzo Styl’. Une équipe entièrement féminine filmant des Marseillais -la plupart d’origine maghrébine- en train de se faire beaux : c’est plutôt insolite ! Et ça marche ! La jeune cinéaste a su apprivoiser ces mâles de tous âges, les approcher en gros plans au moment où ils s’abandonnent aux mains expertes de Lorenzo et lâchent prise ; elle a su capter à travers leur gouaille, leur humour, un petit bout de leur vérité. Tel s’offrant une coupe de joueur de l’OM, tel affichant, par un rasage savant en forme de cœur, son amour pour une Belle, tel père amenant tel fils pour un moment partagé et complice. Tel cabotinant devant la caméra, chantant, tchatchant. Tels encore discutant des larmes des hommes. Anaïs Baseilhac vient des Beaux-Arts mais aussi de l’Anthropologie, cette science qui part d’une unité sociale de faible ampleur pour proposer une analyse générale de la société dans laquelle elle s’insère. On retrouve de cette démarche dans ce premier film qui interroge avec bienveillance et modestie, la masculinité. 

ÉLISE PADOVANI
Novembre 2020

Visionnage en ligne sur primed.tv du samedi 28 midi au lundi 30 novembre midi

Photo : La mi-temps d’Anaïs Baseilhac © XDR