Une 75e édition du Festival d'Avignon tournée vers l’avenir

L’utoPy

• 5 juillet 2021⇒25 juillet 2021 •
Une 75e édition du Festival d'Avignon tournée vers l’avenir - Zibeline

Plus que jamais, le directeur du Festival d’Avignon infuse sa volonté de diffuser un théâtre qui soit porteur de valeurs et d’inspirations positives pour mieux penser le monde.

Il était l’un des plus optimistes l’an dernier. Jusqu’au dernier moment, Olivier Py pensait qu’envers et contre tout, dans la cité des papes, le théâtre sortirait vainqueur. Il avait finalement fallu annuler, et ce fut l’un des coups les plus durs de tout l’été culturel. Fort de la prolongation de son mandat à la direction du Festival d’Avignon, il propose une 75e édition toute tournée vers l’avenir, où la culture, le spectacle vivant devraient pouvoir faire advenir « une effraction du possible ». En ayant en tête ce qu’il se passe dans l’après d’une représentation : qu’en reste-t-il ? Son désir de programmateur, ou, plus justement, la mission qu’il s’octroie cette année, est que les spectateurs repartent avec un capital d’émotions et de force qui lui fasse penser que « demain sera différent ». Célébrant la République, « qui n’organise pas un mécénat d’État mais garantit l’espace et le temps d’une rencontre libre ». Ne pas regarder le passé pour le regretter, ne pas scruter l’avenir pour le craindre, mais Se souvenir de l’avenir, comme le proposent Edgar Morin et Nicolas Truong avec leurs invité·e·s (Christiane Taubira, Judith Chemla…) dans le cœur battant de la ville festivalière, le 13 juillet à la Cour d’Honneur. Le penseur du siècle incarne en effet cette utopie intellectuelle et sensible qu’invoque chaque année Olivier Py, et il partagera quelques moments de sa vie pour nous guider vers demain. Isabelle Huppert occupera aussi la scène du Palais des Papes, en Lioubov, héroïne tourmentée de La Cerisaie mise en scène par Tiago Rodrigues. Sa vision de la dernière pièce de Tchekhov intègre la ligne générale de l’édition 21 : les temps qui changent ne sont pas seulement synonymes de perte, ils sont aussi le ferment d’espoirs d’un nouveau monde.

Encore et toujours
L’iconoclaste metteur en scène sud-africain Brett Bailey nous plonge dans l’Ancien Testament, avec un Samson cathartique, qui porte l’humiliation des peuples asservis, jusqu’à aujourd’hui. La rage aussi et surtout, dans une figure qui pousse sa révolte entre chants lyriques et électro. Violence et poésie, qui transcendent les siècles. Anne-Cécile Vandalem conte, d’après l’incroyable film documentaire de Clément Cogitore, Braguino, l’histoire d’un conflit ancestral, et l’échec d’une utopie, que les jeunes de la communauté dévastée devront réactiver (Kingdom). Y aller voir de plus près, c’est ce que propose Maguy Marin et ses 4 interprètes danseurs. D’après La guerre du Péloponnèse de Thucydide, ils cherchent, tels des archéologues, où se nichent les mécanismes qui engendrent les conflits. Mieux comprendre, mieux appréhender la suite. Tandis que Baptiste Amann reprend en intégralité sa trilogie Des territoires (débutée en 2013), fresque monumentale de 7 heures concentrée sur trois journées, traversant les révolutions -1989, la Commune, et la Révolution algérienne.

Révolution aussi, des sens cette fois, dans les Histoires de bananes, riz, tomates, cacahuètes, palmiers. Et puis des fruits, du sucre, du chocolat d’Eva Doumbia, qui propose avec Autophagies un questionnement sur la dimension politique de la nourriture. Ce que nous mangeons raconte aussi l’histoire de la colonisation, de l’esclavage. Encore et toujours : mieux comprendre, pour mieux agir ? Mieux sonder pour surmonter l’insupportable, aussi : Marie Ndiaye a écrit, pour Nicole Garcia, les paroles intérieures d’une professeur de français confrontée au suicide d’une élève victime de harcèlement scolaire (mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia).

Aux côtés de nombre d’autres artistes qui composent la toile réflexive pensée par Olivier Py, son propre spectacle est donné dans le jardin de la Bibliothèque Ceccano. Un feuilleton en 10 épisodes (un par jour) où des amateurs, des élèves de l’école régionale d’acteurs de Cannes et Marseille et des professionnels se lancent à l’assaut d’un Hamlet à l’impératif. Sur un texte inédit du metteur en scène, tous nous inviterons à réfléchir à ce qu’est jouer, agir-exister. To be or not to be ? En entrée libre, cela va de soi. 

ANNA ZISMAN
Juin 2021

Festival d’Avignon
5 au 25 juillet
Divers lieux, Avignon, Vedène, Villeneuve lez Avignon
festival-avignon.com

Photo : La Petite dans la forêt profonde, Pantelis Dentakis © Domniki Mirtopoulou



Sujets pluriels

Plastic Platon, Juglair © Anna Rizo

Après 20 ans de « Sujets à vif », les « Vive le sujet ! » avaient été inaugurés en 2019. Rencontre entre les disciplines, collusion entre les domaines et les univers, la formule est restée la même : le Festival et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) ont cette année proposé à quatre auteurs et quatre autrices, de sensibilité et formations différentes, de choisir chacun·e leurs complices pour inventer huit performances. Découvertes et sensations assurées. Liberté de ton et sujets sans frontières !
On pourrait dire que David Wahl pratique l’exercice par nature : depuis 2013, ses Causeries croisent et réunissent les pôles entre savant et populaire, imaginaire et science. Avec Olivier de Sagazan, il évoquera (avec humour et sérieux, puisqu’il connait l’art du mélange), le lien, s’il y en a un, entre pierre et chair (Nos cœurs en terre). Le circassien Juglair, avec Julien Fanthou et sous le regard extérieur de François Chaignaud, propose un corps à corps entre Drag King et Queen, deux êtres qui se retournent la peau pour tout mélanger, les sexes, les bras, les idées (Plastic Platon). Mélange encore, entre les pratiques chorégraphiques : Aina Alegre développe son projet d’étude autour du martèlement ; avec Yannick Hugron, c’est une polyphonie de mémoires du corps, fragments de récits relatant les danses populaires basques, qui sera restituée (Étude 4, Fandango et autres cadences). D’autres cocktails sont à découvrir, petites formes expérimentales, cœur de la création qui s’interroge et invente, dans l’énergie du dispositif, qui en fait presque des one shot.
ANNA ZISMAN
Juin 2021

Série 1 : 7 au 9 et 11 au 13 juillet
Série 2 : 7 au 13 et 18 au 24 juillet
Jardin de la Vierge, Lycée Saint-Joseph



Coup de cœur


Misericordia, Emma Dante © Masiar Pasquali

Emma Dante
Elle revient. Avec deux pièces, une dont c’est la première en France, et une création. Emma Dante, auteure et metteure en scène italienne, éblouissante auscultrice des corps, ceux qui disent et taisent les folies intérieures, les souvenirs, les tensions, est installée dans sa ville natale de Palerme avec sa compagnie Sud Costa Occidentale. Et chacun de ses spectacles est un événement. Cette année, donc, Misericordia arrive au Lycée Mistral. Une histoire de famille (Le Sorelle Macaluso, en 2014, montrait comment Dante sait parler de ces tréfonds-là). Celle-ci est misérable. Arturo est un enfant attardé entouré de trois femmes. Il est incarné par le danseur Simone Zambelli. Un quatuor poignant, détonnant, qui rend hommage aux mères, toutes les mères. La statuette de sucre fait parler et virevolter les morts. Ceux que convoque un vieillard, le dernier vivant de la famille, en se pliant à la tradition sicilienne qui veut que le jour de la Toussaint, fabriquer une effigie sucrée fait revenir les défunts. Et ça marche. Vivement la rencontre, sur scène.
ANNA ZISMAN
Juin 2021



Au programme

Entre chien et loup, Christiane Jatahy, 5 & 6, 8 au 12 juillet, Vedène
La Cerisaie, Tiago Rodrigues, 5 & 6, 8 au 12, 14 au 17 juillet, Cour d’Honneur
Bouger les lignes. Histoires de cartes, Bérangère Vantusso, 6 au 9 juillet, Chapelle des Pénitents Blancs
Hamlet à l’impératif !, Olivier Py, 6 au 10, 12 & 13, 15 au 17, 19 au 23 juillet, Bibliothèque Ceccano
Fraternité, conte fantastique, Caroline Guiela Nguyen, 6 au 9, 11 au 14 juillet, La FabricA
Penthésilé.e.s, Amazonomachie, Laëtitia Guédon, 6 au 8, 10 au 13 juillet, Villeneuve-lez-Avignon
Samson, Brett Bailey, 6 au 8, 10 au 13 juillet, Lycée Aubanel
Mister Tambourine Man, Karelle Prugnaud, 6 au 10, 13 au 17, 19 au 24 juillet, divers lieux
Ceux-qui-vont-contre-le-vent, Nathalie Béasse, 6 au 8, 10 au 13 juillet, Cloître des Carmes
Kingdom, Anne-Cécile Vandalem, 6 au 10, 12 au 14 juillet, Lycée Saint-Joseph
Y aller voir de plus près, Maguy Marin, 7 au 10, 12 au 15 juillet, Théâtre Benoît-XII
Des territoires, trilogie, Baptiste Amann, 7 & 8, 10 au 12 juillet, Lycée Mistral
La dernière nuit du monde, Fabrice Murgia, 7 au 10, 12 & 13 juillet, Cloître des Célestins
Lamenta, Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen, 7 au 9, 11 au 15 juillet, Avignon Université
Pinocchio(live)#2, Alice Laloy, 8 au 10, 12 juillet, Lycée Saint-Joseph
Liebestod, Angélica Liddell, 8 & 9, 11 au 14 juillet, Opéra Confluence
Le 66 !, Victoria Duhamel, 13 au 16 juillet, Chapelle des Pénitents Blancs
Se souvenir de l’avenir, Edgar Morin et Nicolas Truong, 13 juillet, Cour d’Honneur
Autophagies, Eva Doumbia, 14 au 16, 18 au 20 juillet, Complexe socioculturel de La Barbière
De toute façon, j’ai très peu de souvenirs, Éric Louis, 15 au 18 juillet, Lycée Saint-Joseph
Liberté, j’aurai habité ton rêve jusqu’au dernier soir, Felwine Sarr et Dorcy Rugamba, 15 & 16, 18 au 20 juillet, Collection Lambert
The Sheep song, FC Bergman, 16 au 19, 21 au 25 juillet, Vedène
Misericordia, Emma Dante, 16 au 19, 21 au 23 juillet, Lycée Mistral
Pupo di Zucchero, Emma Dante, 16 au 19, 21 au 23 juillet, Lycée Mistral
Royan, la professeur de français, Frédéric Bélier-Garcia, 17 au 20, 22 au 25 juillet, Villeneuve-lez-Avignon
Czastki Kobiety, Kornél Mundruczó, 17 au 20, 22 au 25 juillet, Lycée Aubanel
Archée, Mylène Benoit, 17 au 20, 22 & 23 juillet, Cloître des Célestins
Le Sacrifice, Dada Masilo, 17 & 18, 20 au 24 juillet, Cloître des Carmes
Any Attempt will end in crushed bodies and shattered bones, Jan Martens, 18 au 20, 22 au 25 juillet, Lycée Saint-Joseph
La Trilogie des contes immoraux (pour l’Europe), Phia Ménard, 19 au 21, 23 au 25 juillet, Opéra Confluence
Gulliver, le dernier voyage, Madeleine Louarn et Jean-François Auguste, 19 au 21, 23 & 24 juillet, Théâtre Benoît-XII
Ink, Dimitris Papaioannou, 20 au 22, 24 & 25 juillet, La FabriquA
Le ciel, la nuit et la fête, Nouveau Théâtre Populaire, 20 & 21, 23 au 25 juillet, Avignon Université
Le Musée, Bashar Murkus, 20 & 21 juillet, 23 au 25 juillet, Chapelle des Pénitents Blancs
Le mur invisible, Lola Lafon et Chloé Dabert, 21 au 23 juillet, Musée Calvet
Sonoma, Marcos Morau, 21 au 22, 24 & 25 juillet, Cour d’Honneur
La petite dans la forêt profonde, Pantelis Dentakis, 22 au 24 juillet, Lycée Saint-Joseph