La Biennale des Imaginaires numériques 2020 à Aix, Marseille et Avignon

L’infinité des possibles

• 15 décembre 2020⇒24 janvier 2021 •
La Biennale des Imaginaires numériques 2020 à Aix, Marseille et Avignon - Zibeline

Après la lévitation en 2018, la thématique de l’éternité explorée par la Biennale des Imaginaires numériques a pour point de départ « la polarité et le paradoxe de la société d’aujourd’hui avec le transhumanisme et la collapsologie ». Mathieu Vabre, directeur de Seconde Nature, reconnaît l’audace de son projet d’ouvrir une troisième voie avec des artistes et des intellectuels qui « traitent le futur par le prisme de sa remise en cause avec le progrès ». Un questionnement commun à Céline Berthomieu, directrice de Zinc, qui précise : « Chroniques est un endroit de centralité des formes et des créations hybrides, une scène vivace, car il est naturel pour les artistes de s’emparer des arts numériques et des nouvelles technologies ». Ensemble, ils invitent 50 artistes nationaux et internationaux, mettent à l’honneur la scène taïwanaise, organisent 11 exhibitions à Aix, Marseille, Avignon, et exposent 60 œuvres dont 19 créations. Car la Biennale s’est dotée d’une plateforme de soutien à la production, à la création et à la diffusion des œuvres. L’objectif : montrer la pluralité des formes à travers un appel à projets auprès d’artistes émergents. Parmi les heureux élus, Eva Medin, tout juste lauréate du Prix des Amis du Palais de Tokyo, le franco-marocain Abdessamad El Montassir, la québécoise Véronique Beland, le belge Félix Luque Sanchez… Coproducteur de la plateforme, Ardénome à Avignon présente le travail de Jeanne Susplugas dans une exposition placée sous le signe d’une citation de Bashung, J’ai fait ta maison dans ma boite crânienne, voyage poétique à travers les synapses et les neurones du cerveau. Chambre d’écho de travaux qui reposent sur l’interaction et la porosité entre créations artistiques et innovations scientifiques et technologiques, Chroniques est un concentré expérimental et temporel qui donne à voir des formes novatrices comme elle donne à réfléchir sur les enjeux actuels : les mutations climatiques, l’économie post-capitaliste et post-énergies fossiles (Post Growth par le collectif Disnovation.org), la notion de spectre à l’heure du numérique (exposition collective Ghost in the machine). Et les questionnements philosophiques : l’impermanence du réel (le miroir d’eau de Kyil Khor de Félicie d’Estienne d’Orves, lauréate du Prix international de la Fondation Vasarely pour les arts numériques 2018), la mémoire, le visible et la disparition (Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais de Laurent Pernot). Le concept d’éternité, indissociable de la philosophie de la religion – « De Aeternitate Mundi ? » s’interrogeait Thomas d’Aquin – revêt ici plus que la seule question d’une durée indéfinie. Plus qu’un mythe, elle est la succession incessante d’instants selon Gilles Deleuze, ou le temps à l’état pur…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2020

Chroniques. Biennale des imaginaires numériques
15 décembre au 24 janvier
Divers lieux, Aix, Marseille, Avignon
chroniques.org

Photo : Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais , musée du Pavillon de Vendôme, Aix-en-Provence © Laurent Pernot