« En son lieu » a été créée le 19 novembre à Montpellier. Christian Rizzo décrit cette pièce que personne n’a encore pu découvrir

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« En son lieu » a été créée le 19 novembre à Montpellier. Christian Rizzo décrit cette pièce que personne n’a encore pu découvrir - Zibeline

Christian Rizzo a créé En son lieu en plein confinement, sans public. Il raconte sa pièce, et comment le Centre chorégraphique de Montpellier, qu’il dirige, est plus que jamais un espace de travail pour les artistes.

Zibeline : Sur quelles bases s’est posé votre échange avec Nicolas Fayol ?

Christian Rizzo : Nicolas Fayol, même s’il a beaucoup d’expériences chorégraphiques, vient d’une technique du break, très au sol, urbaine, référencée spectaculaire. J’ai interrogé avec lui comment une pratique de danse, quand elle est observée, décortiquée, contient de l’intime, au-delà de la performance. J’ai vu éclore le corps d’un danseur qui ne perdait pas sa spécificité, et était en train d’en déployer d’autres. Ce solo est un portrait de Nicolas, un portrait que nous partageons. Un solo bicéphale. 

Puisque pour l’instant personne ne l’a vue, pouvez-vous décrire la pièce, comme on le fait d’un tableau à la radio ?

Il y a un homme qui rentre, un bouquet à la main, dans un espace carré et blanc, où sont posés une paire de bottes de jardin, trois cloches de vaches, une sorte de météorite, une poterie, et un luminaire d’architecture urbaine. Autour de ce plateau, il y a une foule de pieds de projecteurs. Et un énorme nuage arrive. Par sa pratique, l’homme va transformer l’espace en son propre lieu, son propre paysage. La force de la pièce est dans la fragilité qu’on a réussi à composer, en restant constamment au seuil de quelque chose.

Est-ce que vous avez vécu la représentation du 19 novembre comme une première ?

On a fait la générale et la première. J’y tenais, la situation était trop amère et trop dure, je voulais m’accrocher à ce qui restait tangible. Est-ce que la pièce est vraiment sortie pour autant ? L’enfant est sorti, mais il n’a pas crié ! J’ai en fait compris que la question du public est chez moi ancrée dès le premier jour où j’ai envie de faire un projet. J’ai l’impression de faire des pièces pour écrire des lettres d’amour à des gens que je ne connais pas. Ça m’a manqué de ne rien envoyer à personne. 

Vous n’avez pourtant pas fait le choix de proposer un direct live ou une captation diffusée en différé ?

Non. Parce que pour moi ce qu’il se passe au plateau c’est du vivant. Par contre, on a filmé, de l’intérieur, en essayant de fictionnaliser un peu plus, et d’en faire un film d’une quinzaine de minutes qui deviendra le premier objet public de En son lieu. Je voulais absolument qu’il y ait un partage public, qui ne soit pas un ersatz de la pièce, mais qui ait sa propre autonomie. Nous le diffuserons dès fin décembre. 

Et en ce qui concerne les tournées de vos autres spectacles ?

Oh là là !… À part tourner sur moi-même !… On avait une très grosse tournée de Une maison, en France et à l’international, et vraiment là c’est terrible. Le deuxième confinement fait que les reports qui avait été prévus n’ont pas pu avoir lieu. Et vouloir encore reporter risque de provoquer un arrêt de la prospective. Si on doit se trainer des boulets de saisons en saisons, toute la part créative, que nous avons tous pu développer lors de ce deuxième confinement, risque d’être mise en retrait. 

Mais le travail justement continue dans les structures.

Oui, et c’est très important. J’invite tous les artistes à venir répéter, à avancer, à finaliser leur projet. Le CCN est actuellement une vraie ruche. Pour l’instant, il faut sauver la création. La question du public, on la traitera dans un deuxième temps, quand nous aurons des certitudes sur la suite. La date du 15 décembre annoncée pour la réouverture des théâtres est il me semble très lié est au théâtre privé, notamment sur toutes les représentations qui ont lieu pendant les vacances, pendant que la plupart des lieux labélisés sont fermés. Nous ce qu’on attend surtout, c’est une visibilité sur janvier. Si on nous dit, les théâtre rouvrent, mais avec deux personnes dans la salle, c’est comme de dire les restaurants rouvrent mais on ne sert pas à manger !

Propos recueillis par ANNA ZISMAN
Novembre 2020

En son lieu
18 au 21 mars au 104, Paris
Représentation prévue à Montpellier en 2021, date non annoncée

Photo :  © Marc Domage