Choix courageux des frères Berling et de Pascale Boeglin, directeurs du théâtre Liberté à Toulon

Liberté, j’attends ton nom

Choix courageux des frères Berling et de Pascale Boeglin, directeurs du théâtre Liberté à Toulon - Zibeline

Le théâtre Liberté entame une nouvelle et belle saison. Pleine de risques, sur tous les tons et les arts. Mais restreinte. Non pas faute à leurs directeurs, qui réaffirment leur ambition pour leur ville, mais parce que l’attentisme des collectivités les oblige à réduire le nombre de spectacles, à ne plus produire de grandes formes, à offrir nettement moins de places aux Toulonnais. Quel gâchis, quand on constate la ferveur des spectateurs lors de l’annonce de saison, quand on observe les chiffres de fréquentation exceptionnels, sur des spectacles pas toujours faciles, autour de problématiques méditerranéennes essentielles à défendre dans cette ville qui fut la première grande municipalité Front national… L’urgence à penser l’autre n’est-elle pas aujourd’hui manifeste ? Au nom de quel prétendu pragmatisme économique prend-on le risque de voir Toulon se refermer sur des amertumes qu’elle avait su dépasser ?

Car le savoir-faire des frères Berling et de Pascale Boeglin n’est plus à démontrer : la saison est, malgré les difficultés budgétaires, bien équilibrée, et offrant de beaux moments : deux grandes réussites du festival d’Avignon seront à Liberté : Le sorelle Macaluso et Le Prince de Hombourg (voir  www.journalzibeline.fr/critique/avignon-remet-sur-le-metier). De nombreux spectacles s’inscrivent dans des tournées régionales, prouvant que le Théâtre Liberté a su construire des collaborations, en invitant ses voisins, en travaillant avec eux, en coproduisant chaque fois que cela est possible. On aura donc ici comme ailleurs Carmen de Dada Masilo, Empty moves de Preljocaj (le 7 oct), Les âmes offensées de Macha Makeïeff ; L’or et la paille, Une nuit à la présidence de Jean-Louis Martinelli, Novecento de Baricco avec Dussolier et le Cabaret new burlesque soutenus par le Gymnase-Jeu de Paume…

On verra aussi la dernière création de Rodrigo Garcia, et celle d’Elise Vigneron ; Petits contes d’amour et d’obscurité, remarquable, de Lazare et L’Enéide mis en scène par Marie Vayssière, tous deux soutenus par les Bernardines. Plus spécifiquement, on notera la venue d’Ariane Ascaride pour incarner la fille de Molière, et celle des Bohringer père et fille pour leur spectacle sur les Brigades rouges ; la reprise du monologue Dreck mis en scène par Charles Berling (remarquable !) et la création de Calek, dans la même veine, monologue d’un homme au cœur de la Shoah ; le soutien aux compagnies varoises avec Kubilaï Khan qui ouvre la saison de ses Constellations, et la coproduction de Noces de Sang de Guillaume Cantillon ; la collaboration avec les structures varoises de musique et de cinéma, depuis l’Opéra de Toulon jusqu’aux Bijoux indiscrets de Claire Bodin, en passant par le Festival de Toulon et celui de la Musique d’écran.

Toutes les  musiques seront présentes cette année en commençant par Ibrahim Maalouf le 2 oct. Les propositions jeune public, très variées, seront concoctées pour la plupart avec le PôleJeunePublic du Revest : du cirque avec Mazut (les 10 et 11 oct) et Ali, très émouvant spectacle de Mathurin Bolze et des frères Thabet ; une création autour du Dictateur de Chaplin par le Teatro Delle Briciole ; les Brigands dans Offenbach ; les Contes chinois de Pierre Nouvel

Bref, l’offre de spectacles du Théâtre Liberté reste importante, variée et sans concession (malgré Boujenah et Nana Mouskouri…), et la diminution financière n’affecte pour l’heure que les productions propres des Frères Berling. Qui ont fait le choix de financer plutôt les productions des autres. Peu courant, non ?

AGNES FRESCHEL
Septembre 2014

Photo : Dreck-(c)-Sophie Hatier

Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr