"Les indépendances : 35 ans de décolonisations françaises", une exposition à Marseille du 31 mai au 2 juillet

L’exposition décoloniale

• 31 mai 2021⇒2 juillet 2021 •

L’espace d’exposition de la Mairie du 1/7 va accueillir Les indépendances : 35 ans de décolonisations françaises proposée par l’association Ancrages, centre de ressources histoires et mémoires des migrations à Marseille. Interview de sa directrice, Samia Chabani.

Zibeline : Comment est née cette exposition ?

Samia Chabani : Elle a été conçue par le groupe de recherche Achac avec lequel Ancrages est partenaire. Il est animé par l’historien Pascal Blanchard qui produit régulièrement des publications, des expositions mais aussi des rencontres autour des questions de l’histoire de la colonisation, de l’immigration et du post-colonialisme. Elle découle directement du livre qu’il a écrit avec Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (Décolonisations françaises – la chute d’un empire 1943-1977 La Martinière, 2020, ndlr), et de sa série de documentaires produits par France Télévisions (Du sang et des larmes, 2020, ndlr), dont on pourra voir quelques extraits pendant l’exposition.

Elle se présente sous quelle forme ?

Ce sont 15 panneaux autoportés qui évoquent deux périodes assez peu transmises dans les programmes scolaires en France, c’est-à-dire la période de la conquête coloniale et celle de la décolonisation. Mais c’est une exposition qui n’a pas juste vocation à être didactique, elle interroge aussi le présent, notamment à Marseille, qui a organisé deux expositions coloniales en 1906 et 1922, et a toujours été l’avant-garde des expéditions coloniales, la marquant profondément dans son architecture, dans son histoire, dans son peuplement, et aujourd’hui dans sa narration.

Interroger le présent, dans quel but ?

Il s’agit, par exemple, à propos de Marseille, de se demander ce qu’on a envie de dire qui ne soit pas « la grandeur perdue des colonies ». Il ne s’agit pas d’effacer cette période qui est fondatrice de la ville, de son économie, de sa population, mais de réinterroger la façon dont on écrit le récit de la ville : on n’arrête pas de dire que Marseille est une ville cosmopolite, ce n’est pas si simple que ça.

Les deux dates de l’exposition sont 1943 et 1977 : à quoi correspondent-elles ?

C’est un choix éditorial qui a été celui des auteurs et notamment celui de Pascal Blanchard. Il part des premières mobilisations en faveur de l’indépendance pour 1943, et 1977 correspond à la dernière accession à l’indépendance, celle de Djibouti. Un long parcours qui, ceci dit, ne commence évidemment pas en 43, mais qui date de la période de la conquête, avec la figure emblématique de l’émir algérien Abd-El-Kader (il a mené une lutte anticolonialiste au XIXèmes., ndlr), qu’on a un peu tendance à occulter aussi. D’ailleurs, en complément des extraits des documentaires de Pascal Blanchard, il y aura aussi dans l’exposition des extraits de ceux de Karim Miské, qui a fait le choix de porter son regard sur des figures de résistance à la colonisation, qui ont été invisibilisées (Décolonisations, 2017).

Le public sera-t-il accompagné ?

Oui, Ancrages sera très présente. C’est une exposition qui peut être assez facilement perçue comme un grand livre assez indigeste Les 1er et 9 juin sont des journées sanctuarisées pour accueillir des publics scolaires, centres sociaux et autres. Après, sur demande, on pourra accueillir des groupes. Nous n’avons pas annoncé de créneaux, mais tout le monde peut s’inscrire pendant le mois de juin, on se rendra disponible pour animer et assurer la médiation culturelle, il ne faut pas hésiter à se rapprocher de l’équipe d’Ancrages.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARC VOIRY
Mai 2021

Les indépendances : 35 ans de décolonisations françaises
31 mai au 2 juillet
Espace d’exposition de la Mairie du 1/7, Marseille
ancrages.org 

Photo : Vive l’UPC. Vive le FLN [Sénégal], photographie (diffusée dans un reportage de Paris Match), 1958 [26 août]. Manifestation lors de la tournée du général de Gaulle en Afrique subsaharienne, d’Alger à Dakar via Antananarivo à Madagascar. Crédit : Coll. Groupe de recherche ACHAC