Pluridisciplinaire et variée, la programmation de la scène nationale de Martigues

Les Salins varient les plaisirs

Pluridisciplinaire et variée, la programmation de la scène nationale de Martigues - Zibeline

Pluridisciplinaire et équilibrée, c’est ainsi que Gilles Bouckaert, son directeur, qualifie la programmation du théâtre Les Salins. La quarantaine de spectacles balaye un large éventail de propositions théâtrales, dansées, musicales, circassiennes qui ont été pensées pour « tout le monde et pour tous les goûts ». Car même si le théâtre affiche un taux de remplissage de 95%, l’une des préoccupations de l’équipe est la diversité des publics, et la quête permanente de celles et ceux qui n’osent en pousser la porte et se laisser surprendre.

Le tour de la Méditerranée

Une des lignes directrices de cette programmation est une proposition de découvertes de spectacles d’artistes du pourtour méditerranéen : celui du danseur et chorégraphe sévillan David Coria, qui revisite le flamenco de sa danse puissante, avec Rafael Ramirez et Eduardo Leal ; celui des 14 artistes du Groupe acrobatique de Tanger qui puisent leur inspiration dans la richesse de l’histoire de l’acrobatie marocaine et la modernisent dans d’insensées et impressionnantes figures acrobatiques ; avec Norah Krief qui renoue avec son passé, chantant, en arabe, l’exil de ses parents égyptiens et rend hommage à Oum Kalsoum et aux femmes d’Orient (Al Atlal) ; ou avec le chanteur et virtuose du oud Dhafer Youssef.

Cinéma

Un autre thème traverse la saison, le cinéma, que l’on retrouve sous des formes diverses. Dans le cirque de The Rat Pack Compagnie qui détourne les clichés du film noir et de gangsters des années 30 dans un Speakeasy délicieusement déjanté. Avec Le bonheur (n’est pas toujours drôle), un hommage au monde de Werner Fassbinder que Pierre Maillet déploie en une saga de petites histoires qui racontent la grande. Ou encore avec le dernier film tourné par Buster Keaton, Steamboat Bill, Jr. en 1928 que le quatuor BL!NDMAN met en musique et en son avec un bruitage spatialisé.

Grandes formes

Très attendu à Martigues, la mise en scène de Ivo Van Hove de l’œuvre de Leoš Janáček Journal d’un disparu dans une forme opératique qui mêle aux voix de la mezzo-soprano Marie Hamard et du ténor Ed Lyon une composition contemporaine d’Annelies Van Parys, et transpose l’histoire de nos jours, auprès d’un photographe de renom qui s’éprend de son modèle… Attendus aussi la pièce de Mathurin Bolze pour 7 acrobates (Les hauts plateaux), L’Elephant man JoeyStarr, aux côtés de Béatrice Dalle dans une mise en scène de David Bobée, la toute nouvelle création de Jan Lauwers, Tout le bien, histoire d’amour dans une Europe malmenée, l’hommage de Jean-Claude Gallotta et ses danseurs à Serge Gainsbourg et sa Tête de chou, dans une nouvelle version enregistrée par Alain Bashung, l’adaptation pour la scène du roman de James Baldwin, Harlem Quartet, par Elise Vigier qui fait du combat pour l’égalité et contre les discriminations sexuelles et sociales un grand cri politique.

Et les plus jeunes ne sont bien sûr pas oubliés, avec des propositions à voir en famille : Est-ce que je peux sortir de table du Théâtre Bascule, la libre adaptation du livre de Claude Ponti, L’Arbre sans fin, par Les Compagnons de Pierre Ménard, le conte de Sabrina Chézeau, Les souliers mouillés.

Coup de cœur

7 d’un coup

Catherine Marnas a adapté le Vaillant Petit Tailleur des frères Grimm, en faisant du petit garçon un souffre-douleur. Celui qui, à l’école et partout, est victime de ces harcèlements qui font aujourd’hui de l’enfance un âge douloureux. Car la terreur des enfants, ce ne sont plus les loups qui dévorent, les marâtres, les ogres, mais les enfants de leur âge, qui les rejettent s’ils ne sont pas conformes à leur rôle assigné.

Olivier est maladroit, mal habillé, intello, rêveur. Dès la première scène il est, au sens propre, agressé. Il s’en sortira, parce qu’il réussit à tuer des mouches, s’en fait un trophée et devient vaillant. Qu’il affronte un géant, qu’il se laisse aider par son amie imaginaire, sa conscience qu’il appelle « confiance ».

Jouant entre deux genres, Sept d’un coup fait surgir des images, très belles, du conte : un géant grand comme un arbre, un roi et son sceptre, des fantômes flottants. Olivier, incarné par Olivier Pauls, les apprivoise avec son intelligence, gagne de l’assurance, affrontant au bout du conte les trois lascars de son école transformés en monstres noirs. Il épousera bien sûr la princesse, qui comme lui refuse d’être assignée au protocole et construit des cabanes. Tout est lisible et clair dans le récit, et les enfants y reconnaissent, sous le déguisement du conte, leur univers. Un conte moderne qui joue son rôle, en donnant des armes aux vraies terreurs enfantines.

Dominique Marçon et Agnès Freschel
Septembre 2019

Photo : Jounal d’un disparu © Jan Versweyveld

Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net