Rencontre avec Jean Pierre Rehm, délégué général du FIDMarseille, en pleine préparation de l'édition 2021

Les Joyaux du FID

Rencontre avec Jean Pierre Rehm, délégué général du FIDMarseille, en pleine préparation de l'édition 2021 - Zibeline

Plus de 120 films à voir en salles ou en plein air, des compétitions « Internationale », « Française », « Premier », « Flash »… sans oublier la sélection non compétitive : Autres Joyaux.

Zibeline : C’est votre 2e festival post-Covid. Comment s’est passée cette année de travail ?

Jean-Pierre Rehm : D’abord, nous sommes reconnaissants d’avoir bénéficié, dans cette tourmente, d’heureuses circonstances. Nous avons été l’an passé le premier festival en présentiel. Les gens étaient extrêmement heureux de retourner dans les salles, de croiser les réalisateurs. Une vraie chance ! Cette année, il y a eu beaucoup d’inquiétudes. La décision de réouverture des salles récente. Et puis il y a eu le chamboulement des calendriers des festivals. En particulier celui de Cannes qui d’ordinaire se termine mi-mai et va cette année nous précéder de quelques jours en juillet ! De ce fait, en termes de logistique et de sélection, les choses ne sont pas facilitées ! Il y a des films qui sont en balance dans des sélections cannoises, nous dépendons de leurs décisions. Le chamboulement se poursuivant sur les autres festivals internationaux comme Locarno ou Venise. Plus que d’habitude, on se trouve plongés dans un maelstrom qui complique l’organisation et le choix des films pour la cohérence des sélections.

Pour trouver vos pépites, en temps normal, vous vous déplacez dans les festivals internationaux. Dans le contexte actuel tous les films ont été vus en ligne, n’est-ce pas un peu difficile ?

Oui c’est fastidieux et injuste eu égard au travail des cinéastes et festivals. Mais depuis plusieurs années, on reçoit un grand nombre de films. Il y a donc ceux que l’on découvre dans les autres festivals et qui ont pour nous le statut de première internationale et puis ceux que l’on choisit parmi ceux qui nous sont envoyés ; 90% des films proposés au FID sont des premières mondiales.

Est-ce compliqué pour les salles qui ont rouvert depuis peu d’accueillir le FID ?

Non, on sera aux Variétés, au Gymnase, à La Baleine et au Vidéodrome 2. S’ajoutera une salle que le FID n’a plus exploitée depuis fort longtemps: l’Odéon. Puis les Bernardines en journée, le théâtre Silvain et si tout se passe bien Le Miroir de la Vieille Charité qui offrira tous les soirs, dans sa cour, des projections de plein air.

Y a-t-il eu plus de films à visionner, comme à Cannes où Thierry Frémaux a été obligé de reculer l’annonce des films sélectionnés ?

Thierry Frémaux a, en fait, cumulé deux années car il y a eu peu de films labélisés Cannes 2020. Les films envoyés au FID sont en croissance constante. Cette année 70% pour le FIDLab !

Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul

Qui seront les invités d’honneur de cette 32e édition ? Y aura-t-il des hommages rendus ?

Nous aurons le plaisir d’accueillir le réalisateur thaïlandais, Palme d’or en 2010 pour Oncle Boonmee, Apichatpong Weerasethakul, qui sera quelques jours avec nous. Il connaît bien le FID pour y avoir concouru puis présidé un jury. On pourra voir une très large rétrospective de son œuvre, dont Cemetery of Splendour (Cannes 2015) et Mysterious Object at Noon, un film présenté au FID en 2000, qui a fait l’objet d’une restauration par la Film Foundation présidée par Martin Scorsese, internégatif en 16 mm créé à partir du positif de Weerasethakul car le négatif avait disparu. Pour les hommages rien n’est arrêté. L’an dernier, Michel Piccoli s’imposait. Pour 2021, tout dépend de Cannes. Si hommage il y a, il sera réduit. Je ne peux pas non plus à l’heure actuelle vous donner les noms des Présidents de jury.

La section Ecrans parallèles sera-t-elle maintenue ?

Oui. Sous le nouveau nom de Autres Joyaux. Des films hors compétition sans thématique définie. Comme celui  tout à fait étonnant de Priscilla Telmon & Mathieu Moon Saura, projeté à la Vieille Charité : Mano a mano, avec Éric Cantona en poète rocker « main à main » avec Rodolphe Burger.

Le FID est un festival international auquel assistent des réalisateurs venus des 4 coins du monde. Certains, sans doute ne pourront pas venir cette année.

Des réalisateurs américains et japonais ont déjà leurs billets tandis que les Anglais soumis à quarantaine ne peuvent pas venir pour l’instant. Nous sommes soumis aux réglementations internationales. Chaque fois que le réalisateur ne pourra pas être là, nous avons prévu des dispositifs numériques.

En 2020 la billetterie était dématérialisée et il n’y avait pas eu de journal ni de programmes papier : ces mesures seront-elles reconduites ?

Oui, la billetterie sera globalement dématérialisée comme le programme et le journal. Il faut rester prudent. Le festival a une vraie responsabilité.

Où se feront l’ouverture et la clôture ? Quels seront les films proposés ?

L’ouverture se fera au Théâtre Silvain, la clôture à l’Odéon. Les films ne sont pas encore choisis. Le calendrier fait que je ne peux pas être sûr des programmes, mais il faut sans doute vivre ces incertitudes comme des surprises à venir et non comme une frustration.

Le visuel est un « portrait d’algue ». Pouvez- vous nous parler de ce choix ?

Je connais le travail de Nicolas Floc’h depuis 20 ans. J’avais visité, au Frac, l’expo somptueuse de son travail sur le Parc Naturel des Calanques, complétée par d’autres photos, dont celle-ci, prise en Bretagne : un portrait d’algue. Me plaisait l’idée de saluer la Mer indissociable de Marseille, de pointer la préoccupation écologique et la beauté plastique de ce projet de longue haleine. Photographie prise en apnée, exprimant la puissance et la grâce d’un être qui s’avance vers nous en dansant. J’y ai vu l’entrelacs de pellicules antiques, mais encore le bouleversement qui se joue dans tout film, la plongée que permet le cinéma dans le monde du silence, du rêve, de la méditation, des histoires, des mythes.

Propos recueillis par ANNIE GAVA et ÉLISE PADOVANI
Le 25 mai 2021

Photo : Jean-Pierre Rehm © Annie Gava

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