Où sont les femmes ? Pas derrière les platines lors des Nuits d'été à La Friche, en tout cas

Les hommes au Top !

• 19 juin 2016⇒27 août 2016 •
Où sont les femmes ? Pas derrière les platines lors des Nuits d'été à La Friche, en tout cas - Zibeline

Les soirées d’été sur le toit-terrasse de la Friche appellent chacun à venir faire la fête, au son de toutes les musiques. Ou presque : 5 femmes sur plus de 50 musiciens !

Elles existent depuis 4 ans, et l’an dernier les Nuits d’été avaient réuni plus de 57 000 personnes. Cette année ils récidivent, et doublent la mise : cela a commencé les 3 et 4 juin avec un week-end d’ouverture On Air concocté par le Cabaret Aléatoire et B:On Air, et 24 nuits sont prévues jusqu’au 27 août, soit 2 nuits par semaine, les vendredis et samedis. Plus deux soirées exceptionnelles les mercredis !

La Friche invite et coproduit les soirées de ses partenaires, le Cabaret aléatoire mais aussi cette année le Festival MIMI, Marsatac, Africa fête, les Suds, Salsa danse, Radio Grenouille, le GMEM et même… le Ballet National avec de jeunes danseurs en dialogue avec Carlos Valdès, et le Festival d’Aix pour un triple concert de musique arabe qui mixe oud, violon et chœur (le 25 juin) !

L’ouverture vers des univers musicaux si divers, dans l’esprit de fête partagée, est remarquable au regard des années précédentes. D’autant que les Grandes Tables concoctent des victuailles et un bar pas cher, s’affichant comme un véritable coproducteur de ces Nuits d’été. Les deux soirées exceptionnelles des mercredis s’annoncent particulièrement alléchantes : le Festival de Marseille programme Kinshasa Electric, un spectacle pour 4 danseurs congolais de la plasticienne belge Ula Sickle, sur un set de la DJ Baba Electronic (le 13 juillet) ; le Festival Jazz des 5 continents fait son ouverture, gratuite, avec un set de Ilahn Ersahin, pour un jazz énergique venu d’Istanbul…

Une exigence musicale et des conditions d’accueil exceptionnelles donc, une diversité de genre et de culture pour des Nuits pas seulement électro, univers souvent unicolore et dénuée d’accents lointains…

Divers, mais sans mixité !

Pourtant, malgré cette volonté affichée et réelle de mixité d’horizons, on constate une quasi absence de femmes ! Le Festival B:On air qui a ouvert les Nuits de la Friche le 4 juin et s’est prolongé le dimanche en s’occupant des tout petits de la crèche et des skaters, proposait quelques duos mixtes parmi une vingtaine d’artistes. Mais la suite est accablante : 4 femmes en tout sont programmées lors de ces 24 nuits qui alignent plus de 50 concerts : Pépé et ses platines subtiles ouvrira la soirée du MIMI (le 1er Juillet) suivi de deux hommes (AF Diaphra et Rubin Steiner) et l’anglaise Moxie une des soirées de Radio Grenouille le 12 août. En dehors de cela, tous les DJ programmés par Radio Grenouille sont des hommes, et tous ceux, sans exception, programmés par le Cabaret Aléatoire aussi. Le Festival de Marseille, avec ses deux femmes programmées, ne peut à lui seul sauver la mise…

La culture électro persistera-telle à exclure des scènes la moitié de l’humanité ? En 2013, lors du festival This is (not) music on notait déjà une incroyable domination masculine, doublée de clichés sexistes dans les expositions. Aujourd’hui, si la musique persiste, les expos et spectacles laissent une place, souvent mineure, aux femmes : les Regards sur Beyrouth (du 8 au 21 août), proposés par Photomed, exposent les œuvres de 4 photographes dont une femme : Laura Serani est la commissaire de Vélodrome, le Douzième homme, exposition photographique de Lionel Briot, Stefan Kaegi (Collectif Rimini Protokoll) encadre un workshop de La réplique pour comédiens (mixtes !) et proposera une sortie de travail le 15 juillet. Quant à Imageries du vol, proposé par le collectif Dessin Envolé (production Archaos), il est emmené par deux dessinatrices en voltige, un musicien et deux porteurs (le 29 juillet).

Il faudra attendre la rentrée de l’art contemporain, fin août, pour vérifier que les femmes sont dotées d’un cerveau susceptible de les amener vers l’art. ArtOrama, Astérides, le Tank art space programmeront des femmes, parfois majoritairement.

Le plus déprimant, dans l’affaire, est que lorsque l’on fait remarquer aux programmateurs cette absence de femmes ils en sont désolés, et ne l’ont même pas… vue ! Sauf Elodie Le Breut (le MIMI) qui notait , un peu sidérée, à la conférence de presse, qu’elle était attentive à la présence des femmes et programmait donc Pépé… Les autres disent : « c’est un hasard » ou « il n’y en a pas » sans même interroger leurs processus de légitimation. Si aucun de ces programmateurs ne s’attache à proposer de femmes DJ, ou seulement celles qui travaillent en duo mixte, il est certain qu’il n’y en aura pas plus à l’avenir…

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2016

Nuits d’été
jusqu’au 27 août
La Friche, Marseille

Photo : Pépé -c- Mathieu Mangaretto

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