Le festival « Les Hivernales » revient réveiller les corps et les coeurs à Avignon

Les Hivernales en plein réchauffementVu par Zibeline

• 26 janvier 2022⇒12 février 2022 •
Le festival « Les Hivernales » revient réveiller les corps et les coeurs à Avignon  - Zibeline

Le festival du CDCN d’Avignon compte beaucoup de femmes et de soli, où les corps s’emparent d’une actualité autant intime que sociétale.

Place aux jeunes, pour réveiller les corps et les cœurs, puisque c’est par les HiverÔmomes que débute le festival. Avec une très grosse proportion de créations 21, dont ce seront les premières présentations en région PACA. La plupart proposées en séances scolaires, mais certaines aussi pour le public familial où les tout-petits accompagneront leurs parents (Mouche ou le songe d’une dentelle, par le Collectif a.a.O, création, et Pompon, Cie Minuscropik).

Wendy Cornu (Cie Mouvimento) ouvre les Hivernales avec la première de Volutes, une expérience musicale : les 8 interprètes se laissent traverser par les sons, et improvisent dessus, tels les musiciens des ensembles polyphoniques médiévaux. Ils concrétisent ainsi la partition, qu’ils nous donnent littéralement à voir. Anna Massoni poursuit sa pratique du solo, dont elle retourne le principe : comment opérer un décentrement vers l’autre, alors même qu’on est seul·e sur le plateau ? Marta Izquierdo Muñoz libère les corps dans Guérillères, dont la teneur lui est venue après un voyage en Colombie ; la présence des FARC était encore toute proche, et l’idée de ces identités de combattantes, cachées, prêtes à l’action, s’est traduite en un spectacle organique et utopique. La créatrice de IMAGO-GO (2018), pièce tout en raideur dysfonctionnelle inspirée des mouvements des majorettes, propose ainsi un second volet consacré aux groupes féminins (dont celui d’un danseur aux côtés de deux femmes). Le néerlandais Jan Martens interprètera son hommage à la musicienne polonaise Élisabeth Chojnacka (1939-2017), sur les enregistrements que la claveciniste a laissés (Elisabeth gets her way) ; entre minimalisme et transe.

Frénésies dansantes
Meytal Blanaru avait « soif de [se] rencontrer et de rencontrer [son] corps » et produit un acte très fort dans son solo performance Rain. Victime d’un abus sexuel pendant son enfance, elle a « choisi de partager tout cela avec [nous] » dans une pièce rédemptrice. Boris Charmatz, dans les prémisses de son travail pour sa nouvelle création, se demandait « bien pourquoi [il n’a] jamais chorégraphié de solo ». C’est chose faite, et c’est lui, magnifique danseur, qui occupera la scène de la FabricA dans Somnole. Quand le geste naît de l’état semi-endormi, sans filtre, directement issu d’un cerveau qui s’autorise à rêver, à inventer. Autre « auto-solo », celui de Mette Ingvartsen qui s’interroge, dans sa pièce The Dancing Public, au sujet de ces mouvements d’éruptions extatiques qui avaient cours au Moyen-Âge. « Ces frénésies dansantes ont donné lieu à une pléthore d’explications », jusqu’à finalement que la pratique fut soupçonnée d’être une maladie. La chorégraphe choisit d’interpréter ces mouvements comme la manifestation d’une dissidence. À la sortie des confinements, elle livre son propre corps à cette pulsion libératoire. 

ANNA ZISMAN
Janvier 2022

Les Hivernales
26 janvier au 12 février
Divers lieux, Avignon
hivernales-avignon.com

Photo : Guérillères © lodudo produccion