Le cinéaste marseillais Emmanuel Mouret met au menu l’Amour dans tous ses états

Les choses qu’on dit, les choses qu’on faitVu par Zibeline

• 11 septembre 2020⇒11 octobre 2020 •
Le cinéaste marseillais Emmanuel Mouret met au menu l’Amour dans tous ses états - Zibeline

Deux ans après Mademoiselle de Joncquières, Emmanuel Mouret présente Les choses qu’on dit, Les choses qu’on fait (sélection Officielle/Cannes 2020). Il y poursuit son analyse pointilleuse, distancée, tendre, indulgente des pauvres Aimants et Aimés, pris au filet de leurs contradictions. Partagés entre pulsions et raison, entre des désirs auxquels ils ne résistent pas et une bonne éducation qui leur rappelle à tout moment et ce qui ne se dit pas, et ce qui ne se fait pas. Car ils sont bien éduqués les personnages de Mouret. Ce sont des gens jeunes, beaux, cultivés, sans problème matériel, pétris de bonnes intentions, dont la violence, la douleur et la cruauté n’exploseront jamais. Casting sans faute pour interpréter les bien plus que 50 nuances du sentiment amoureux et faire vivre le scénario. Camilla Jordana est Daphné, enceinte de trois mois. Elle doit accueillir en l’absence de François, son mari incarné par Vincent Macaigne, un cousin de ce dernier, le timide Maxime dont Niels Schneider exprime avec une grande finesse les tribulations sentimentales. Une belle maison bourgeoise, dans le temps suspendu des vacances estivales, au cœur d’un Lubéron photographié par l’excellent Laurent Desmet : voilà un cadre idéal pour que les deux jeunes gens fassent du tourisme et connaissance, pour que naissent à l’occasion de ce tête à tête inopiné, confessions et histoires suivant la grande tradition littéraire des constructions emboîtées. Les récits en flashes back vont dès lors alterner. Les deux protagonistes devenant tour à tour narrateur de leur parcours sentimental où se croisent Gaspard (Guillaume Gouix), l’ami intime de Maxime, Victoire (Julia Piaton) et Sandra (Jenna Thiam), ses ex, et enfin Louise (Emilie Dequenne), la première épouse de François auquel Mouret donne le panache d’une grande amoureuse de tragédie. En Cupidon malicieux Emmanuel Mouret s’amuse à lancer ses flèches scénaristiques, à provoquer rencontres de hasard et retournements de sentiments, à cadrer des couples de cinéma, à jouer de plans-séquences, à créer des parallèles, à faire entendre des résonances et des discours sur l’amour : platonique, sexuel, conjugal, adultère. Le cinéaste marseillais multiplie les références -à Swann par exemple tombé amoureux de quelqu’un « qui n’était vraiment pas son genre » , et donne à la musique – Chopin, Schubert, Debussy, Satie, entre autres, le rôle essentiel d’une « voix off sentimentale » . Anti naturaliste, puisant ses forces dans une culture cinématographique, littéraire, philosophique, Mouret a maintes fois été rapproché d’Eric Rohmer, de Woody Allen, de Marivaux ou encore de Diderot. Ici, on pourrait y ajouter Platon pour un Banquet qui mettrait au menu l’Amour dans tous ses états.

ELISE PADOVANI
Septembre 2020

Photo : Copyright Xavier Lambours / Moby Dick Films

Emmanuel Mouret a présenté son film en avant-première au cinéma Les Variétés le 11 septembre.

Sortie  nationale : 16 septembre

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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