Afropea, la culture des Noirs européens à La Friche les 28 et 29 octobre

Les cheveux et les jours

• 28 octobre 2016⇒29 octobre 2016 •
Afropea, la culture des Noirs européens à La Friche les 28 et 29 octobre - Zibeline

Afropea affirme la spécificité de la culture des Noirs européens. Sur les scènes et dans la ville…

Un week-end de fête. Depuis plusieurs années Eva Doumbia affirme, et répète, que la scène afropéenne existe, et qu’elle reste très largement invisible dans les programmations. « Les seuls artistes Noirs programmés sont des Africains. Les afro-descendants n’ont pas de place ! ». La Friche produit ce week-end, consciente d’une sous représentation des noirs sur les scènes Marseillaise : ils y représentent plus de 10% de la population, selon les estimations les plus basses, les statistiques ethniques étant interdites.

À Paris, au Carreau du temple, spectacles, ateliers et salon avaient attiré plus de 12 000 visiteurs en un week-end. Si l’ambition à Marseille n’est pas de même ampleur, le but reste de faire venir les Afromarseillais, c’est-à-dire pour l’essentiel les Comoriens.

Car Afropéa défend, au delà d’une simple volonté de représentation, une véritable esthétique : féministe, fondée sur des formes émergentes et des préoccupations spécifiques. Ainsi les spectacles s’accompagneront de débats engagés, de danse et de musique, d’ateliers ouverts aux enfants ou aux adultes, et d’un salon, Boucles d’ébènes, où il sera question de mode et de beauté. En pratique !

Au programme

Les ateliers et salons ne sont pas anecdotiques, donc : il sera question d’accepter son corps, d’arrêter de tordre la beauté africaine aux canons du cheveu lisse, de lutter contre les tailles basses si peu seyantes aux grosses fesses et d’adopter le Wax, de partager un afro-goûter. Mais aussi de se demander si Noir est un gros mot, ce que signifie « métisser », d’aller voir au Gyptis les films de Djinn Carrérard et de se demander quelle est la place des afropéens dans le cinéma français, avec Rockaya Diallo et Alice Diop (le 1er novembre).

Pour ce qui est des spectacles proprement dits, ils se succèdent sans discontinuer les samedi et dimanche. Vous pourrez y voir deux textes de Toni Morrison (Mercy et Home) par les élèves de l’Erac mis en scène par Eva Doumbia, un solo de danse de Patricia Guannel inspiré par Habiter les frontières de Leonora Miano ; My body is a cage, de Ludmila Dabo, qui évoque l’épuisement physique des femmes en danse, en musique et en mots ; deux performances de Rebecca Chaillon, très physiques, plastiques, sur la violence familiale, le désir inassouvi ; une lecture de Léonora Miano par Eva Doumbia, accompagnée par l’exceptionnelle danseuse Kettly Noël ; un solo de Sabine Samba, danseuse hip hop, comédienne, danseuse et chorégraphe tout court, mise en scène par Renaud Cojo ; et Arable, parce que l’Afrique n’est pas que Noire, et que Karima El Kharrazede éprouve aussi ce « je scindé en deux corps et deux langues ».

Vous ne connaissez pas ces auteurs et ces artistes, à part l’américaine nobelisée Toni Morrison ? Il est temps, plus que temps, de vous y mettre !

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2016

Afropea
du 28 au 29 octobre
La Friche, Marseille

Photo : Habiter la Frontière © Elian Bachini

La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/