Actoral 2018 : La frontière entre arts visuels et performances se floute de plus en plus

Les arts visuels au plateau

• 29 septembre 2018⇒7 octobre 2018 •
Actoral 2018 : La frontière entre arts visuels et performances se floute de plus en plus - Zibeline

Plus que jamais le festival actOral croise les arts et les écritures contemporaines en invitant à son bord nombre de plasticiens désireux de se confronter au plateau. La frontière entre arts visuels et performances se floutant de plus en plus, les mediums se superposent, s’emboîtent, s’interfèrent, les formes hybrides naissent dans un bouillonnement productif. Forcément expérimental : ce qui fait le sel du festival. On ne peut s’empêcher de penser aux années 1960/70 aux États-Unis quand le Judson Dance Theater et le White Mountains Community College faisaient dialoguer danse, musique, arts visuels, architecture… Mais avec les outils d’aujourd’hui.

On a repéré la présence de Julien Prévieux, Prix Marcel Duchamp 2014 et auteur des célèbres Lettres de non-motivation, aux manettes de deux laboratoires de gestes : au [mac] Musée d’art contemporain, Mordre la machine évoque l’anthologie dans une collection d’expériences, de formes et de stratégies ; à la Friche la Belle de Mai, Of balls, books and hats met en scène l’impact de la révolution technologique sur les corps et la gestuelle à travers quatre danseurs/acteurs, à la fois expérimentateurs et sujets d’expérience. Celle encore de Maria Hassabi qui performe régulièrement dans les musées, les galeries et les biennales d’art contemporain internationales (Staged ? entre danse et sculpture) ; du plasticien Alex Huot en duo avec Dave St-Pierre (Fléau conçu comme un acte d’amour). Sans oublier Julien Hetzel (All inclusive plonge le spectateur dans un espace muséal), Jan Fabre (Belgian ruels/Belgium rules aux Salins) ou encore Markus Öhrn en duo avec la danseuse Marie-Caroline Hominal pour « un solo avec elle » (Hominal/Öhrn). Théo Mercier, heureux de « déplacer son travail de sculpteur sur un plateau de théâtre et d’animer ses objets inanimés », est de retour à actOral avec trois temps invasifs à La Criée : l’installation Le Grand public, la performance Affordable solution for better living avec Steven Michel et une série de tableaux scéniques La Fille du collectionneur.

Le temps fort Prétexte #5 est également l’occasion « d’accompagner les plasticiens dans leur envie et leur plaisir d’aller dans le champ des arts vivants » souligne Hubert Colas qui invite Anne-Sophie Turion (On dirait le sud) et Jeanne Moynot (Fils d’hétéros) à exposer individuellement et à jouer un « two women show » : dans Le Poil de la bête, elles customisent les objets de leur atelier, les transfèrent sur scène, travaillent les effets spéciaux, confrontent leur processus de création et de fabrication à l’aléatoire et à la fragilité. Mais aussi Claude Lévêque (Pluie pourrie), Théo Mercier (Horizon d’os), et Julien Prévieux (Le lotissement). Toutes ces pièces sont exposées à Montévidéo jusqu’au 9 novembre.

Parallèlement à la performance Cock, Cock… Who’s there ?, Samira Elagoz propose l’installation The Young and the Willing où elle explore les rouages de la plateforme de rencontres Tinder. Même le cycle L’Objet des mots n’échappe pas à la contamination avec Pourpre créé par le tandem Théo Casciani, écrivain-plasticien, et le metteur en scène Yves-Noël Genod.

Frottements, complicités, communauté d’esprit : pour réussir la traversée, Hubert Colas revendique un esprit de famille entre le festival et ses invités, entre les artistes qui n’hésitent pas à faire tomber les frontières et se lancer dans l’inconnu.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Septembre 2018

Au programme cette semaine :

Julien Prévieux
Les 4 interprètes de Of balls, books and hats se livrent à une expérience/performance qui met en scène les nouveaux gestes de notre quotidien. Le doigt qui balaie l’écran du Smartphone, les signes implicites d’une négociation d’achat ou de vente, à l’image de ceux effectués dans le travail à la chaîne, sont catalogués et répétés, croisés, réinventés. Vers quels corps nous mènent les nouvelles technologies ? Une des trois créations ActOral 2018.
29 & 30 septembre
Friche de la Belle de mai

Julien Hetzel
Après The Automated Sniper, présenté à Actoral en 2017, Julien Hetzel poursuit sa réflexion sur les stratégies de la guerre contemporaine avec All Inclusive. Dans cette nouvelle création (Première française), les œuvres d’art deviennent peu à peu toxiques et dangereuses. Celles qu’on veut à tout prix protéger (des obus de l’ennemi invisible) se retournent vers les spectateurs. Une performance à la croisée du théâtre, de la musique et des nouvelles technologies, à forte teneur politique et documentaire.
2 & 3 octobre
Friche de la Belle de mai

Jeanne Moynot & Anne-Sophie Turion
Le poil de la bête (premier spectacle du duo d’artistes, et création Actoral 2018), c’est l’histoire d’une femme (interprétée par les deux actrices) et de ses peurs. Un road movie en direct, sur le plateau où les trucages se font à vue, au pays de la frayeur, des affects mal gérés, des souvenirs irrationnels. Imagerie fascinante, parole crue, désirs affirmés : un spectacle percutant.
2 & 3 octobre
Théâtre des Bernardines

Marie-Caroline Hominal & Markus Öhrn
La chorégraphe et danseuse a passé un contrat avec le vidéaste metteur en scène : construire ensemble un solo féministe, où seraient dénoncée l’emprise du patriarcat. Öhrn fait alors revenir sa grand-mère, qui lui avait confié avant de mourir qu’elle aurait bien eu une autre vie, libérée du joug de son mari et de la religion. Le souvenir d’Eva Britt habite ce spectacle vengeur, transgressif, libératoire. (déconseillé aux moins de 16 ans).
2 & 3 octobre
Friche de la Belle de mai

Louis Vanhaverbeke
Interpelé par la fréquence de la question « comment puis-je être normal ? » posée sur Google, le performeur et slameur belge Louis Vanhaverbeke développe sa troisième création (Mikado remix) et interroge les frontières de la normalité.
3 & 4 octobre
Montévidéo

De Warme Winkel Wunderbaum
Gavrilo Princip. C’est le nom de l’auteur de l’attentat perpétré en juin 1914 à Sarajevo. C’est aussi le nom de la nouvelle création du collectif néerlandais De Warme Winkel Wunderbaum, qui emprunte autant les codes du film policier que la rigueur du documentaire dans une étonnante reconstitution des faits. Un spectacle qui sait mêler subjectivité et historiographie.
4 & 5 octobre
Théâtre du Merlan

Caroline Bergvall
Performance musicale, Ragadawn 43°2’ est le fruit d’une collaboration de l’artiste franco-norvégienne avec le compositeur Gavin Bryars, à écouter à l’aube (6 h 30), en plein air, comme « un chant d’accueil et de célébration ».
5 & 6 octobre
Mucem

Davy Pieters
The Unpleasant Surprise plonge les trois interprètes à la frontière de la sensation de peur, et des façons de s’en protéger, en la reléguant dans la banalisation. Abreuvés par les images de la violence du monde, basculeront-ils du côté de la panique ou se réfugieront-ils dans les bras de l’inconscience ?
5 & 6 octobre
Théâtre des Bernardines

Jan Fabre
Le multi artiste belge s’entoure d’une quinzaine de performeurs et musiciens de différentes nationalités pour cerner, en grandes pompes et tout en bouffonnerie, l’identité de son pays. Sur les textes de l’écrivain Johan de Boose, sous une masse de drapeaux grands formats, sur fond de farces et de drames, la Belgique apparaîtra comme un pays fier de ne pas être fier, portant haut une sorte de non-nationalisme.
5 & 6 octobre
Théâtre des Salins, Martigues

Alexander Vantournhout
Présenté en avant-première avant sa création en Belgique, Red haired men s’est élaboré à partir des textes que l’écrivain russe Daniil Harms a rédigés pendant les purges staliniennes. Alexander Vantournhout produit une pièce à la lisière de la danse, du théâtre, et du cirque, où la magie vient réconcilier les passions, les errements et les affres de l’Histoire.
6 & 7 octobre
Friche de la belle de mai

Théo Mercier
Théo Mercier, artiste protéiforme, présent sur plusieurs fronts cette année à Actoral, invente une visite dans un musée où les objets auraient disparu. Marlène Saldana pose nue et mime les fantômes énumérés en voix off. François Chaignaud compose une collection de danses. La trace, le manque, le souvenir habitent la scène. Une expérience sensorielle sur la quête de l’absent.
6 & 7 octobre
Théâtre de La Criée

ANNA ZISMAN
Septembre 2018

Photo : Julien Prévieux Patterns of Life, HD vidéo, 2015 (photographie de tournage) © Julien Prévieux

Retrouvez sur ce lien notre entretien avec Hubert Colas au sujet de sa création Désordre.