Place aux compagnies soutien la création artistique régionale. Entretien avec Christophe Chave, directeur artistique de La Distillerie

Les artistes fabriquent les lieux

• 9 octobre 2020⇒31 octobre 2020 •
Place aux compagnies soutien la création artistique régionale. Entretien avec Christophe Chave, directeur artistique de La Distillerie - Zibeline

Place aux compagnies réaffirme pour la 5e année son soutien à la création artistique régionale. Entretien avec Christophe Chave, directeur artistique de La Distillerie, à Aubagne

Zibeline : Comment avez-vous pensé la programmation de Place aux Compagnies malgré les contraintes ?

Christophe Chave : J’avais déjà fait mon choix artistique pour l’édition de mai, ce sont donc les mêmes compagnies qui seront accueillies. On a voulu la reporter et non pas l’annuler, par souci d’accompagnement des artistes et dans la connaissance de leur nécessité financière actuelle. L’argent public est là, et revient de fait à la production des spectacles dans le cadre de ce dispositif de soutien à la production. 

Comment êtes-vous soutenus financièrement par les tutelles ?

On reçoit 7000 euros de la Ville d’Aubagne, 2500 euros du Conseil départemental ; ensuite ce sont des choix internes de financement des projets, on prend sur du fonctionnement. Cette année, exceptionnellement suite à la crise, la Drac nous a donné un petit coup de pouce dans le cadre de l’opération Rouvrir le monde dans laquelle on s’inscrit. J’espère que cette aide sera renouvelée, sachant que Place aux Compagnies est un dispositif qui s’inscrit dans la reconnaissance des lieux intermédiaires, ce que soutient et reconnaît la Drac. 

Allouez-vous la même aide à chaque compagnies accueillie ? 

Absolument, sur une base de 2000 euros par semaine de résidence, avec un accompagnement technique et logistique : un régisseur technique et une chargée de production et de diffusion qui met en relation les compagnies et les potentiels acheteurs, diffuseurs, producteurs de la région. Plus la mise à disposition des lieux 24h sur 24.

C’est la 5e édition, est-ce que vous sentez des demandes plus croissantes de la part des compagnies ?

Évidemment. Je pense que ça vient de la nécessité grandissante des compagnies. Il y a une précarité qui s’accentue au fil des années, parce qu’il y a des changements qui sont fait au niveau des subventionneurs, des producteurs, ne serait-ce que par la mise en commun de certains théâtres, les gros englobant les petits, ce qui engendre une diminution des structures de productions, de diffusion. Un petit lieu comme La Distillerie ne vise pas le remplissage mais la faisabilité, la viabilité des projets artistiques, et donne aux artistes la possibilité de créer. 

Avez-vous plus de partenaires au fil des années ?

Le temps passant fait que certains s’intéressent de plus en plus à Place aux compagnies et aux choix artistiques qui y sont faits. Outre les partenaires historiques (Comoedia, Joliette, Vitez, 3bisf…), des structures comme le Centre dramatique des villages du Haut Vaucluse par exemple commencent à voir quelles sont les possibilités de diffusion et de production, de même que l’Entrepôt à Nice. On essaye de créer des dynamiques sur l’ensemble de la région. À terme ce dispositif pourrait éventuellement devenir une sorte de label ou de patente qui le ferait exister à part entière. Des lieux intermédiaires ou des petits lieux de diffusion (Par les villages, Comptoir de la Victorine, Théâtre de la Cité, L’Entrepôt, le Strapontin…) pourraient rentrer dans le dispositif, et, devenant autonomes, faire un Place aux compagnies selon leurs moyens et quand ils le désirent. Le but est de faire en sorte que la production de toutes les compagnies de la région puisse avoir lieu. La dynamique est là !

Comment voyez-vous l’avenir de ce type de structures ?

Je suis, politiquement parlant, très attaché à la reconnaissance des lieux intermédiaires.
C’est-à-dire que l’État doit donner les moyens suffisants aux lieux et aux compagnies. Ils resteront toujours complémentaires des scènes existantes qu’elles soient nationales, conventionnées, CDN, etc. Il ne faut pas que ce soit des « machines à précarité » pour les compagnies, ces petits lieux n’ayant pas suffisamment de moyens pour avoir un accompagnement « juste ». Je remercie les artistes qui soutiennent d’une manière explicite ces lieux intermédiaires, et je ne cesserai de dire que leur engagement fabrique ces lieux. Sans eux on n’existerait pas. 

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2020

Place aux compagnies
Jusqu’au 31 octobre
Divers lieux, Aubagne
ladistillerieaubagne.fr/place-aux-compagnies/

Photo : Le charme obscur d’un continent © Cie Déliaisons