L'esprit de troupe de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano au Théâtre des 13 vents de Montpellier

Les 13 vents en poupe

L'esprit de troupe de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano au Théâtre des 13 vents de Montpellier - Zibeline

Ils abordent cette saison avec le même trac qu’avant « un deuxième rendez-vous amoureux ». On s’est dévoilé, cela s’est bien passé, mais on ne s’est encore rien dit, tout est contenu dans un espoir et une excitation pleine d’attente et de questions. Nathalie Garraud et Olivier Saccomano semblent pourtant ne pas avoir trop à craindre la désillusion du côté de leur seconde rencontre avec le public montpelliérain. Ils choisissent d’ailleurs de persister et de signer sur tout ce qu’ils ont mis en place l’an dernier pour leur première année de direction du centre dramatique national de Montpellier. Les soirées poésie dans un lieu choisi dans la ville, le plus souvent en adéquation plus ou moins directe avec le sujet ou l’invité. Le séminaire mensuel animé par Olivier Neveux (professeur d’histoire et esthétique du théâtre), qui poursuit son exploration des « Passages secrets » entre théâtre et politique (gratuit). Les ateliers (de lecture, de critique, de transformation de fripes, et, pour les adolescents, trois sessions autour de l’image de soi). La Troupe amateur, dont la création (conduite par Sophie Lequenne et Jonathan Moussalli) sera présentée dans le cadre du temps fort « Vacarme ! ». La production (cette année, entre autres, le deuxième volet du diptyque de Marie Lamachère et Barbara Métais-Chastanier, De quoi hier sera fait, et Essai sur le désordre entre générations, de Marion Aubert, commande pour « Collèges en tournée », dispositif du département de l’Hérault). L’itinérance des spectacles, avec ce souci de ne pas établir de hiérarchie entre des « petites formes », destinées à être jouées sur les petites scènes du territoire (la plupart en Métropole, mais le cercle s’élargit à l’ensemble du département), et les dispositifs prestigieux, réservés au grand plateau du Théâtre des 13 vents.

C’est à travers des prises de position comme celle-ci (et la parité tout naturellement respectée, comme une évidence facile à mettre en place, parmi les artistes invités) que le travail des co-directeurs infuse et convainc. Autant le public, qui depuis l’an dernier reprend le chemin du Domaine de Grammont qu’il avait déserté à la fin du mandat précédent, échaudé ou refroidit, c’est selon, par la programmation radicale de Rodrigo Garcia, que les artistes, qui se sentent considérés et accompagnés par des complices. La metteure en scène et l’auteur construisent leur politique de programmation sur une temporalité longue, véritable spécificité qu’ils réaffirment cette année : les artistes sont invités pour un mois, à présenter une ou plusieurs pièces de leur propre répertoire ou d’autres, à occuper le territoire pour une permanence géographique et artistique qu’ils conçoivent avec les directeurs du centre dramatique. C’est cet espace dans lequel ils ont adoré l’an dernier s’exprimer et donner à voir, et le bouche à oreilles a si bien fonctionné que nombre d’artistes demandent quand ils pourront, eux aussi, venir occuper les lieux, pour pouvoir ainsi développer un mouvement, une pensée, un souffle, que le public attrape et traverse au cours des dates multipliées des représentations, des formes déclinées dans des espaces différents, et des soirées mensuelles « Qui Vive ! », séries d’impromptus (pièces brèves, rencontres, projections, lectures ou autres, qui s’achèvent par un repas et un concert). Ça respire aux 13 vents !

Coups de cœur

La Beauté du geste
Première création in-situ du duo de directeurs, c’est un travail qu’ils développent depuis trois ans. On a déjà vu deux volets de cette « expérience théâtrale et politique » (lire journalzibeline.fr), qui aujourd’hui prend sa forme finale sur une scène « blanche comme une feuille » (à noircir, sans doute, de mots, de fureurs, de souvenirs), où les spectateurs se font face. Une pièce de théâtre se construit en direct, où les personnages sont des CRS, où les CRS sont des acteurs (de la vie d’aujourd’hui, des enjeux politiques contemporains). On bascule ensuite dans le troisième temps de la pièce : les personnages sont les accusés d’un procès qui repose la question de la représentation. Un effet loupe sur ces cinq corps qui sont là, et les possibles qu’ils contiennent, en ouverture de la saison. 3 au 18 octobre.

Saga / Rémi
Jonathan Capdevielle est l’invité de février. Artiste multiple, toujours étonnant, passionnant. On pourra revoir le magnifique Saga (26 & 27 février), créé en 2015, pièce du puzzle autobiographique qu’il nous livre depuis 2009, où l’improbable famille tarbaise déroule ses frasques dans un déluge de trouvailles scéniques, dans des scènes toutes plus poétiques et folles, où le théâtre s’impose comme un cadre rassurant et inspirant.
Rémi (3 au 5 mars), la nouvelle création, s’appuie sur le personnage de Sans famille, d’Hector Malot. Jonathan Capdevielle expérimente en effet aussi les adaptations littéraires (pensées pour À nous deux maintenant, d’après Bernanos). Celle-ci est, pour la première fois dans son répertoire, « tout public » (à partir de 8 ans). L’histoire du petit orphelin et du bonimenteur Vitalis sera sur scène un voyage initiatique à travers des masques (les animaux du spectacle qu’ils tournent de villages en villages), les voix (le metteur en scène est aussi ventriloque, d’où un rapport à la parole toujours singulier), et peut-être aussi, là encore, y retrouvera-t-on un peu du petit « Jojo », qui nous suivra jusqu’à chez nous puisque les spectateurs repartiront avec une fiction radiophonique, continuité sonore et illustrée du spectacle. Quant au Qui Vive ! élaboré par le marionnettiste, danseur, auteur, comédien (et ventriloque, donc), il promet d’être mémorable.

ANNA ZISMAN
Septembre 2019

Centre dramatique national – Théâtre des 13 vents
Domaine de Gramont, Montpellier
04 67 99 25 00 13vents.fr

Photo : La Beauté du geste, Nathalie Garraud et Olivier Saccomano © Jean-Louis Fernandez