La belle saison du ZEF à Marseille. Entretien avec sa directrice, Francesca Poloniato

Le ZEF, plus que jamais « Au fil de l’autre »

La belle saison du ZEF à Marseille. Entretien avec sa directrice, Francesca Poloniato - Zibeline

En plein cœur du 14e arrondissement de Marseille, le ZEF a traversé l’été sur tous les fronts, se mobilisant auprès des associations locales. Plus que jamais, la scène nationale poursuit son projet Au fil de l’autre, porté par sa directrice Francesca Poloniato.

Zibeline : Comment avez-vous traversé la crise sanitaire ? 

Francesca Poloniato : Cet épisode a mis en exergue le projet du ZEF, qui est de « travailler avec ». Nous avons mis nos valeurs en application encore plus fortement qu’avant. Par un système de visioconférence, nous avons maintenu le même rythme de travail, hormis l’accueil spectacles ! Je n’ai pas eu recours au chômage technique. Ceux qui ne pouvaient pas basculer sur du télétravail se sont occupés du jardin, des poules ou du bricolage à la Gare Franche. D’autres se sont totalement investis sur le champ social. Main dans la main avec les magnifiques associations du 14e arrondissement, nous nous sommes retrouvés auprès des habitants, des enfants et adolescents qui n’allaient plus à l’école, dont certains ne mangeaient pas à leur faim. Nous avons créé des objets pédagogiques, imprimé des centaines d’attestations en différentes langues. Au déconfinement, nous avons poursuivi nos actions, en fédérant le travail associatif et les gestes artistiques, avec Alexis Moati, Sébastien Ly, Yohanne Lamoulère, Edith Amsellem… Nous avons balayé tous les arts -théâtre, photo, composition musicale…- afin de montrer qu’une scène nationale est pluridisciplinaire, et que nous étions présents, même sans être sur le plateau ! L’investissement a été énorme, pour un résultat fort. Il était important que les habitants se réapproprient leur  territoire. Tout cela a été positif, dans le sens où ça a mis en valeur ce en quoi nous croyons, et les raisons de notre présence. 

Comment abordez-vous cette nouvelle saison ? 

Avoir une salle non numérotée facilite les choses : lors de la réservation, l’équipe billetterie demandera combien de spectateurs viendront, s’ils seront en famille ou pas, afin de les placer au mieux dans la salle. Mais les gens auront-ils envie de revenir, de s’enfermer pendant une heure dans une salle ? Avec nos tarifs peu élevés, nous pouvons prendre le risque de jouer, même si seulement 80 spectateurs sont présents. Au Merlan comme à la Gare Franche, nos salles le permettent. Il faut voir aussi comment tout se passera pour les artistes, devront-ils passer un test ? On attendra la rentrée pour le savoir. Nous lançons la saison le 25 septembre, avec un bal chorégraphique.

C’est audacieux ! 

Le chorégraphe Sylvain Groud a anticipé : il a fabriqué de magnifiques masques et gants, de véritables accessoires à distribuer au public, qui permettront de mener son projet à bien. Il a fait en sorte que les gens en couple se touchent, pas les autres !

Comment se présente le reste de la saison ? 

C’est une belle saison, conçue en collaboration avec Caroline Guichard. Nous avons choisi des spectacles qui partagent nos valeurs. Nous accueillons Didier Ruiz avec Trans, qui explore très bien cette problématique, le Rémi de Jonathan Capdevielle adapté du classique d’Hector Malot, les conférences de Frédéric Ferrer, qui abordent des sujets graves -réchauffement climatique, développement durable – d’une façon extrêmement drôle… Ludique aussi, le Pas grand-chose de Johan Le Guillerm, ou encore Pierre Meunier et Marguerite Bordat avec Sécurilif, qui évoquent les paradoxes et absurdités du principe de sécurité. Un spectacle plus que jamais d’actualité ! Tout comme La beauté du geste, un magnifique spectacle qui parle des violences policières, porté par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, directeurs du CDN de Montpellier (lire aussi p 118-119). L’ouverture aura lieu en famille le 2 octobre avec un spectacle de jonglage, Encore la vie du Collectif Petit travers. Pour le jeune public, nous proposerons également Dans la peau de Don Quichotte de La Cordonnerie, un ciné concert avec des marionnettes, ou encore La mécanique du hasard d’Olivier Letellier. Sans oublier Buchettino, une adaptation du Petit poucet par Chiara Guidi, sur une ambiance sonore créée par Romeo Castellucci. On y ressent vraiment l’orage, ou l’arrivée de l’ogre ! Enfin, nous accordons toujours une part importante à la danse, avec Joanne Leighton, la nouvelle création d’Ambra Senatore, une pièce du répertoire –May B, de Maguy Marin-, mais aussi François Veyrunes, pour la première fois à Marseille. Les artistes associés, tels que Sébastien Ly, Baptiste Amann, Yohanne Lamoulère, seront présents tout au long de la saison, par des créations ou des actions. 

Enfin, cette saison parle des femmes. Nous organisons un parcours thématique par rapport à trois spectacles –Féminines de Pauline Bureau, Antigone ma sœur du Collectif La Palmera, Désobéir de Julie Berès– sur l’importance de savoir dire non : un message fondamental à faire passer. 

Propos recueillis par JULIE BORDENAVE
Septembre 2020

Photo : Francesca Poloniato © cmarc