L’Outremonde de Théo Mercier à la Collection Lambert

Le sable y estVu par Zibeline

• 5 juillet 2021⇒26 septembre 2021 •
L’Outremonde de Théo Mercier à la Collection Lambert - Zibeline

Théo Mercier investit les souterrains de la Collection Lambert avec une merveilleuse proposition

Beaucoup de choses sont qualifiées d’immersives. Pour signifier qu’on est dedans, « en vrai », accaparé, traversé par les enjeux -du spectacle, d’un film, du jeu vidéo, d’une exposition. L’Outremonde de Théo Mercier va beaucoup plus loin. Il ne s’agit plus de faire ce pacte avec le public : si tu acceptes d’oublier le dispositif, tu vivras une expérience unique. Dans le sous-sol de la Collection Lambert, il se passe bien autre chose… Après la lecture d’un petit texte sibyllin qui introduit la nouvelle création de l’artiste metteur en scène, où il est tout de même question d’assimiler cette première phrase « Il n’y a pas de retour possible. », on pousse de lourdes lanières en plastique opaque. Avant même de se glisser dans l’ouverture, on comprend que rien ici n’est là pour faire comme si. Sans lunettes 3D, sans casque binaural pour nous accompagner dans la transition. On est ailleurs, dans les tréfonds de ce qui n’est pas franchement une mémoire collective ou un fantasme partagé, mais niché dans un songe qu’on aurait déjà fait mille fois, sans jamais s’en rappeler, et qui nous revient, d’un coup, sitôt entrés dans la première salle. Il y a là un pied droit, gigantesque. Coupé au-dessus de la cheville. Reste de sculpture classique. Posé sur un socle de sable, il est lui-même façonné de ce matériau volatile. Et pourtant il dégage une force rassurante, la clé d’un mystère qui sera peut-être percé -dans ce rêve éveillé qui commence. La lumière fluctue, un chien couché nous regarde de ses deux billes noires, en sable lui-aussi. Il a l’air de détenir une connaissance, celle de notre inconscient.

Secrets enfouis

Progressons dans ce paysage symboliste, familière des travaux de Théo Mercier. On retrouve les sphères noires ; en quoi sont-elles ? On n’ose pas toucher, et aucun cartel n’est là pour déflorer quoi que ce soit, ouf. Elles reflètent notre présence, témoins de notre voyage. Dans ce sous-sol de l’Hôtel de Montfaucon, nous flottons dans les abysses, aux confins d’une Atlantide enfin découverte. Tout est sable ou presque, des fragments de bâtisses ont résisté aux éléments. Des sons nous parviennent de la salle au pied, peut-être le chien a-t-il commencer à parler. Une forêt de troncs coupés, mais toujours debout, prouve encore une fois que le sable est plus fort qu’on ne croit. Le chien est encore là, recouvert par cette matière même dont il est constitué : il nous a attendu trop longtemps, c’est trop tard pour nous délivrer le message. Le temps tourne ; un couloir sordide nous invite à continuer le périple. Jusqu’à parvenir au début du début, au moment où les vraies questions se posent, prononcées par un enfant. « Est-ce que j’ai ouvert la bonne porte ? », « Est-ce que mourir, c’est naître à l’envers ? », « Si je parle aux morts, comment entendre leurs réponses ? ». Et tout ce sable, quelle forme prendra-t-il au fil des mois que durera Outremonde ? Peut-être que d’ici là, les arbres auront repoussé, le pied aura fait un pas, et le chien aura pu nous délivrer le secret.

ANNA ZISMAN
Juillet 2021

Outremonde, Théo Mercier
Jusqu’au 26 septembre
Collection Lambert, Avignon
collectionlambert.com

Et aussi
jusqu’au 26 septembre :
Tigres et vautours, Yan Pei-Ming (Lire ci-contre)
Sluggy Me, Mimosa Echard

jusqu’au 5 septembre :
Avant que la pelouse ne se venge…, David Shrigley
BROCCOLI, Loris Gréaud + Yvon Lambert
Purple America, Jérôme Taub
1988, œuvres de la Collection Lambert

Photographie : Théo Mercier, Vue de l’exposition « OUTREMONDE » Collection Lambert, Avignon © Théo Mercier et Erwan Fichou © Adagp, Paris, 2021

Collection Lambert

5 rue Violette
84000 Avignon