Pourquoi Marseille est-elle aussi une capitale du raï ?

Le raï, une musique transnationale et circulatoire

Pourquoi Marseille est-elle aussi une capitale du raï ? - Zibeline

Deux questions à l’universitaire Gilles Suzanne* qui travaille sur les scènes artistiques en Méditerranée.

Zibeline : Comment Marseille est devenue un des lieux d’ancrage du raï ?
Gilles Suzanne : Il faut d’abord souligner la dimension transnationale et éminemment circulatoire de la musique raï. Si elle est née à Oran, elle s’est d’emblée organisée non seulement entre l’Algérie et le Maroc (entre autres, à Oujda), mais aussi dans le sillage de circulations denses et sur les trames diasporiques qui relient le Maghreb et l’Europe. C’est dans un maelström de musique, d’artistes, d’acteurs culturels et d’auditeurs que le raï a pris forme. À Marseille, dans les années 1980, son développement a probablement été lié à la présence de quartiers d’affaires et marchands dans le cœur de Marseille, notamment à Belsunce. Dans les années 1990, bien que l’avènement de Schengen ait certainement donné un coup d’arrêt à la vitalité de cette musique en même temps que la raréfaction des visas tarissait les flux migratoires, la scène raï marseillaise a (malheureusement) bénéficié de l’exil de nombreux artistes algériens qui fuyaient la guerre civile. En même temps, le raï était devenu une musique mondialisée. Dans les années 2000, cette scène s’est vraisemblablement développée à la faveur d’auditoires locaux plus étoffés.
Des artistes ont-ils vu leur carrière se développer en France grâce à Marseille ?
Nombre d’artistes, mais aussi de producteurs, d’éditeurs, et bien sûr, d’auditeurs, ont « fait leurs gammes » à Marseille. Il y a le célébrissime Khaled qui passa par le cabaret Mille et une nuits, au centre-ville, mais aussi Cheb Aïssa. Je ne sais pas si cet aspect est le plus fondamental pour qualifier le rôle de Marseille dans le dispositif transnational sur lequel repose la production, la diffusion et l’audition du raï. En tous cas, l’empreinte de cette musique est indéniable. Il suffit d’écouter certains titres d’IAM ou de Massilia Sound System pour en percevoir l’influence précoce. Mais aussi des chansons comme Oran-Marseille de Khaled ou Seknet Marseille de Cheba Zohra.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Février 2022

*enseignant chercheur au Laboratoire d’études en sciences des arts (Lesa), à Aix-Marseille Université.

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Photo Troupe Kif-Kif Bledi- © Eddy Lamazzi Arts Visuels

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