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Cadavres exquis, Suite méditerranéenne au Musée Granet, Aix-en-Provence

Le paradis perdu de la Méditerranée

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Cadavres exquis, Suite méditerranéenne au Musée Granet, Aix-en-Provence - Zibeline

Chaque artiste invité au musée Granet a apporté un peu de sa culture, de son vécu et de son histoire, et la petite musique de la Suite méditerranéenne n’en finit pas de trotter dans la tête. Il faut dire que la partition a été composée par 15 artistes de 14 pays de l’euroméditerranée et qu’elle a des airs de Cadavres exquis… L’exposition aixoise réussit à instaurer un dialogue collectif tout en révélant des identités uniques. Chaque œuvre est le reflet du vivre ensemble dans une Méditerranée convulsive. La plus déstabilisante est sans doute celle composée par Sigalit Landau (Israël) : dans sa vidéo de la cueillette des olives, conçue comme une sorte d«’intifada d’olives» ou de «guerre essentielle», elle fait passer le chant pastoral pour un bombardement ! L’agitation des arbres secoués par les gaules, les fruits tombant au sol, le moteur des machines agricoles, les gestes répétitifs des hommes ; le rythme de l’image s’accélère, le bruit devient clameur assourdissante. C’est Apocalypse now !
La sculpture de Diana Al-Hadid (Syrie) fait trembler les murs de la tour de Babel en creusant ses parois comme une ruche, la forme évoquant une vision apocalyptique de l’Arche de Noé. À moins qu’il ne s’agisse de l’annonce «d’une chute funeste pour le destin humain» ? Pour dire la violence historique, Ilias Poulos (Ouzbekistan) a choisi la monumentalité de la fresque photographique et la fragmentation des visages des belligérants de la guerre civile grecque au lendemain de la deuxième Guerre mondiale. Juxtaposition d’images éclatées en mille morceaux qui, comme une mise en pièces de la réalité, signifient que tout peut arriver…
L’installation-vidéo de Lia Lapithi (Chypre) est d’une autre tonalité, légère et sensuelle, c’est un tableau vivant placé sous le signe d’Aphrodite. Au cours d’un banquet-performance filmé et reconstitué in situ, 17 femmes sont assemblées autour de l’artiste pour évoquer, entre deux mets, les délices de l’amour et de la jouissance. L’amour ici fait lien entre les générations et les cultures. Le phrasé musical de Fabrizio Corneli (Italie) emprunte au clapotis aquatique sa couleur bleue pour nous faire franchir une frontière invisible ; scénographie allégorique faite d’ombres spectrales instables, monde dématérialisé et muet avec lequel nous devrons composer…
Avec Bouchra Ouizguen (Maroc), c’est la musique du corps qui se fait lancinante. Déjà plébiscitée pour Madame Plaza, la chorégraphe apparait cette fois «dure comme la pierre du désert» dans lequel elle s’est laissé filmer. Sa performance place le spectateur au cœur de son environnement créatif : «là où s’origine le geste». Ainsi va l’exposition qui, note après note, fait entendre tous les points de vue, tandis que le catalogue fait circuler la parole des écrivains, poètes, philosophes, ethnologues, chercheurs et psychanalystes pour que le jeu du Cadavres exquis se poursuive.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2013

Cadavres exquis, Suite méditerranéenne

jusqu’au 13 avril

Musée Granet, Aix-en-Provence

04 42 52 88 32

www.museegranet-aixenprovence.fr


Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
04 42 52 88 32
http://www.museegranet-aixenprovence.fr/